Par Luc-Roger Mbala Bemba
KINSHASA,17 mai(Xinhua)-- Le premier ministre de
République démocratique du Congo (RDC), Adolphe Muzito a publié le 24
avril 2009 quatre décrets relatifs à la transformation des entreprises
publiques congolaises en entreprises commerciales.
Selon le premier ministre congolais, le gouvernement
a pris cette décision en vue de permettre à ces entreprises publiques de
devenir compétitives sur l'échiquier national et international et
d'ouvrir ces entreprises à des opérateurs économiques privés.
"Conséquence des décrets gouvernementaux portant
mesures transitoires relatives à la transformations des entreprises
publiques publiés le 24 avril dernier par le premier ministre
Adolphe Muzito, l'Etat congolais propriétaire de ces entreprises va
se désengager totalement ou progressivement pour certaines de ces
entreprises destinées à devenir des sociétés commerciales (20
actuellement) et progressif dans celles destinées à devenir des
établissements publics qui sont aussi à 20", a déclaré à Kinshasa le
ministre congolais du Portefeuille, Jeanine Mabunda.
Elle a poursuivi en affirmant que
cinq autres entreprises publiques vont être transformées en services
publics. La ministre congolaise du Portefeuille a tenu à préciser que,
en se désengageant progressivement, l'Etat propriétaire
entend garder un certain contrôle sur la vie nationale dans la
plupart des secteurs vitaux, en ce qui concerne les 20 entreprises
transformées en établissement publics comme les Finances avec le Fonds
de promotion de l'Industrie (FPI), le Commerce avec l'Office Congolais
de contrôle (OCC) et la communication avec l'Agence Congolaise de
presse (ACP) et la Radio Télévision Nationale (RTNC).
Par contre, Symphorien Dunia, président de
l'Intersyndicale des Entreprises publiques a quant à lui exprimé son
inquiétude face aux implications et aux conséquences négatives de la loi
sur la réforme des entreprises publiques promulguée par le chef de
l'Etat Congolais.
"C'est une réforme sauvage qui ne tient pas compte
de dimension humaine et sociale. Ces entreprises étaient engagées dans un
processus de redressement. Malheureusement,le gouvernement n'en a
pas tenu compte. Nous regrettons vraiment que le personnel,
l'intersyndicale n'ait pas été associés et impliqués dans cette
réforme", a t-il confié.
M.Dunia a de fait demander au gouvernement de
surseoir à l'application de ces décrets portant la réforme des entreprises
publiques.
Professeur en Communication et Marketing aux
Facultés Catholiques de Kinshasa et à l'Université de Kinshasa, Aimé
Kayembe craint que cette réforme concrétisée par les décrets
n'aboutisse à un échec et qu'elle crée, par conséquent, plus de
problèmes qu'elle va en résoudre.
Selon M. Kayembe, le grand problème réside dans la
gestion peu orthodoxe de ces entreprises . "Il ne faut pas perdre de vue
que ces entreprises qui participaient pleinement autrefois à
l'alimentation du trésor publique sont devenus aujourd'hui des
canards boiteux à cause de la mégestion, la corruption qui ont
gangrené la société congolaise. je crains que cette réforme ne soit
encore et une fois de plus qu'un coup d'épée dans l'eau. Car si l'on ne
lutte pas contre la corruption, la concussion et la mégestion au sein des
ces entreprises, pratiques réalisée très souvent en complicité avec des
tenants du pouvoir politique, cela ne servira à rien", a-t-il martelé.
Economiste et chercheur à l'Université Protestante
du Congo, Sandrine Mabiala a comparé cette réforme à la politique de la
Zaïrianisation lancée en 1973 par l'ancien président
Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko.
"J'ai comme l'impression que nos dirigeants ne
tirent pas les leçons du passé. En 1973, le président Mobutu Sese Seko a
procédé à ce genre de réforme qu'il a appelé 'la Zaïrianisation', à
savoir la nationalisation progressive des biens commerciaux et des
propriétés foncières qui appartenaient à des ressortissants,
sociétés et groupes financiers étrangers.", a -t-elle déclaré.
Elle a ajouté qu'en réalité cette mesure qui
s'inscrivait dans soucis de reappropriation nationale de l'économie ainsi
que la redistribution des richesses acquises pendant la colonisation a
été un véritable échec, car la population et les bénéficiaires de
cette politique n'étaient pas préparé ni impliqué à cette décision.
Mlle Mabiala a appelé le gouvernement à se ressaisir
en organisant un débat sur cette question auprès des spécialistes et
autres intellectuels congolais. "Il y va de l'avenir de notre pays",
a-t-elle souligné.