LOS ANGELES, 10 mai
(Xinhua) -- Des minorités aux Etats-Unis ont conjugué leurs efforts pour
sensibiliser toute la société à la vigilance contre le crime de haine
visant les minorités et les immigrés, alors que la récession économique
frappe ce pays.
Les communautés latino-américaine et asiatique aux
Etats-Unis ont été choquées, lorsque deux jeunes blancs ayant tué un
Latino-américain ont récemment été acquittés par un jury entièrement
composé de blancs.
En juillet 2008, Luis Ramirez, un immigré
latino-américain qui travaillait dans une usine, a été tué par une bande
d'adolescents blancs haïssant la communauté latino-américaine croissante
dans leur petite ville minière de Shenandoah, en Pennsylvanie. Les
deux accusés ont été acquittés de toutes les charges sérieuses contre
eux, y compris le meurtre de 3e degré et l'intimidation ethnique.
M. Ramirez, 25 ans, a perdu la vie après avoir reçu
des coups de pied à la tête, pendant que ses attaquants criaient des
expressions racistes en le frappant à coups redoublés.
Au cours du procès, un témoin a confirmé que l'un
des amis de la victime avait tenté d'arrêter les brutalités, mais que l'un
des attaquants lui avait dit : "Dis à tes amis mexicains de quitter
la ville, ou ce sera ton tour après lui".
Henry Solano, président par intérim et conseiller
général du Fonds pour la défense légale et l'éducation des Américains
d'origine mexicaine (MALDEF), a appelé sur Internet à la
signature d'une pétition, et en 72 heures, il a reçu 25.000
signatures.
Sous la pression, le Département de la justice des
Etats-Unis a annoncé la semaine dernière l'ouverture d'une enquête sur la
mort de M. Ramirez.
"Il s'agit d'un premier pas important et nous
continuerons à faire pression pour qu'au niveau fédéral, les charges
contre le crime de haine soient bientôt formulées vis-à-vis des attaquants
qui ont tué M. Ramirez", a déclaré M. Sonalo.
La communauté asiatique s'est jointe à la communauté
latino-américaine pour appeler à la vigilance contre le crime de
haine visant les minorités, car l'économie américaine est en déclin
et de plus en plus de gens perdent leurs emplois.
Carmina Ocampo, avocat du Centre légal des
Américains d'origine asio-pacifique à Los Angeles, a établi un lien entre
le cas Ramirez et celui de Vincent Chin, un Américain d'origine
chinoise tué lors de la précédente récession économique.
Il a estimé que le cas Ramirez est tout à fait
familier aux juristes qui travaillent pour les droits civiques.
Selon M. Ocampo, M. Ramirez a été humilié avec des
expressions racistes et battu jusqu'à ce que mort s'en suive lors d'une
bagarre avec un groupe d'adolescents blancs ayant beaucoup bu.
Similairement, M. Chin, 20 ans, a été brutalement tué à Detroit par
deux ouvriers automobiles blancs qui le prenaient pour un Japonais, en lui
criant dessus des expressions racistes.
Le meurtre de M. Ramirez s'est produit au moment où
le sentiment anti-immigration, surtout contre les immigrés
latino-américains, s'accroît aux Etats-Unis, exacerbé par l'actuelle
crise économique. Celui de M. Chin s'est produit à l'occasion de
l'escalade de l'hostilité vis-à-vis des Asiatiques, surtout des Japonais
qui ont été montrés du doigt pour le chômage des ouvriers
américains.
Les années 1980 étaient une période dangereuse pour
la communauté asiatique et aujourd'hui c'est pareil pour les
Latino-Américains, selon Helen Zia, une activiste de renom pour les
droits civiques des Américains d'origine asiatique.
Dans le cas de M. Ramirez comme dans celui de M.
Chin, les tueurs ont déclaré que leur action doit être excusée, parce
qu'ils avaient bu, que les victimes étaient agressives et qu'ils se
bornaient à de l'autodéfense au cours d'une bagarre d'ivrognes.
Dans le verdict au niveau étatique, les tueurs de M.
Chin n'ont été condamnés qu'à trois ans de prison avec sursis. Les
Américains d'origine asiatique en furent choqués, ils ont ensuite
lancé une campagne nationale, à l'initiative des Citoyens Américains
pour la Justice (ACJ), afin de revendiquer la condamnation des tueurs et
l'intervention des autorités fédérales.
En résultat, le cas de M. Chin constitue la première
plainte portée par les autorités fédérales américaines contre le crime de
haine dont un Asio-Américain a été la victime. Malheureusement, les
meurtriers de M. Chin ont été acquittés encore une fois de toutes les
charges contre eux, y compris le crime de haine, par un jury entièrement
composé de blancs à Cincinnati. Les assassins de M. Chin n'ont purgé aucun
jour de peine de prison.
Face à l'injustice dans le verdict des tueurs de M.
Ramirez, a indiqué M. Ocampo, le MALDEF appelle aussi le Département de la
justice à ouvrir une enquête et à poursuivre les auteurs du meurtre
pour crime de haine.
Il a souligné que le cas de Chin est appris
aujourd'hui dans toutes les écoles où il y a des Asio-Américains, pour que
toute une nouvelle génération d'Asio-Américains s'intéresse à
l'histoire des Asio-Américains et à l'activisme.
En fin de semaine dernière, un documentaire intitulé
"Qui a tué Vincent Chin", réalisé par Christine Choy et Renee
Tajima-Pena, sur la mort de M. Chin, a été projeté lors du Festival
cinématographique asiatique et pacifique de Los Angeles.
L'une des images les plus impressionnantes et
frappantes du film est celle de la mère de Chin, Lily Chin, l'une des plus
courageuses héroïnes de la campagne Chin. Son visage était
déformé par la douleur, lorsqu'elle a parlé de la mort de son fils et
réclamé la justice.
Mai est le mois de l'Héritage des Américains
d'origine asio-pacifique. La communauté asiatique le doit à Vincent Chin
et se rappelera comment elle-même et d'autres communautés de couleur
se sont réunies afin de réclamer la justice pour M. Chin, a ajouté M.
Ocampo.
De l'autre côté, la Chambre des représentants des
Etats-Unis a adopté le 27 avril dernier une loi pour que le Département de
la justice poursuive les auteurs de crime de haine contre les
lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transexuels, entraînant la
mort ou des blessures graves.