Par Raphaël MVOGO
YAOUNDE, 30 avril (Xinhua) -- A Yaoundé, capitale du
Cameroun, un ancien manager de Microsoft teste son projet ambitieux de
télémédecine, malgré toutes sortes de difficultés qu'il pourrait
rencontrer: coupures d'électricité, coût élevé ...
Le 22 avril, date du lancement du projet Genesis
Telecare, le Camerounais Jacques Bonjawo, PDG de Genesis Futuristic
Technologies aux Etats-Unis, a réussi à réaliser la connexion
d'Abong-Mbang, une zone rurale enclavée de l'est du Cameroun, à
Yaoundé.
Deux fois, M. Bonjawo et ses adjoints ont démontré
la capacité d'examiner un patient à partir de Yaoundé. A travers un réseau
spécial, ils ont pu obtenir en direct l'électrocardiogramme d'un
patient qui se trouvait à Abong-Mbang et le médecin a pu observer en
direct les résultats sur son écran d'ordinateur.
Abong-Mbang est le tout premier site qu'il souhaite
relier. A partir de ce site et six médecins, il envisage de créer
plusieurs sites à travers le pays. Et tous les sites prévus seront reliés
au centre, où se trouvent les médecins qui vont justement consulter
les malades à distance.
Le principe est simple. Un patient qui a besoin de
se faire consulter doit se rendre à l'un de ces sites. Là où un technicien
de la santé l'aide à se connecter à l'un des centres où se trouve un
médecin. La connexion s'effectue à travers un ordinateur de leur
réseau.
Premier Africain à occuper à 37 ans un poste de
manager au siège de Microsoft à Redmond, où il a servi de 1998 à 2006,
Jacques Bonjawo s'intéresse à travailler de manière plus étroite
avec l'Afrique, notamment son pays natal, après son départ du géant
de logiciels américain.
"Après avoir terminé ma mission à l'Université
virtuelle africaine, j'ai eu envie de changer d'air et faire autre chose
ayant un caractère novateur. Je suis passionné des projets innovants
qui apportent de la nouveauté", déclare M. Bonjawo dans un entretien avec
Xinhua.
Cet ingénieur informatique avait été président du
conseil d'administration de l'Université virtuelle africaine, un
programme d'enseignement à distance mise en place en 1997 grâce à une aide
de la Banque mondiale.
"J'ai estimé que les questions de santé présentent
d'énormes défis. C'est un secteur qui offre des possibilités d'innover en
mettant la technologie appropriée au service de la médecine. En tant
que PDG de Genesis Futuristic Technologies, j'ai donc décidé de réaliser
un projet de télémédecine au Cameroun", rappelle-t-il.
Mais comment pourra-t-il mener avec succès le projet
de télémédecine au Cameroun, un pays qui fait face à des défis liés
aux coupures intempestives et à l'absence d'électricité dans
certaines régions?
"Au projet d'Université virtuelle africaine, j'ai
connu plus ou moins les mêmes lamentations. Toujours est-il que nous
sommes parvenus à construire cette institution qui est devenue pérenne
et on peut dire que les challenges étaient plus ou moins les mêmes :
les coupures et l'absence d'électricité", raconte-t-il.
Pour réaliser ce projet, il reconnaît que les coûts
sont " excessivement élevé" et se chiffrent à des centaines de millions
de francs CFA, peut-être 700 ou 800 millions (1,42 ou 1,63 million de
dollars). Et, les dépenses se poursuivent tous les jours.
Mais, il avoue que les tarifs appliqués aux malades
doit tenir compte du niveau de vie des populations. "En zone rurale, les
frais de consultation s'élèvent à 600 francs CFA (1,2 dollar)
dans les hôpitaux publics. Nous allons maintenir ces prix-là",
précise- t-il.
"Dans les zones urbaines, nos prix seront en moyenne
5.000 francs CFA (près de dix dollars). Je précise d'ailleurs que ce
projet est entièrement financé sur fonds propres", poursuit-il.
Pour ce projet, M. Bonjawo a reçu la caution
institutionnelle, sans compter une convention de partenariat avec le
ministère de la Santé publique et un accord avec l'UNESCO et un autre avec
la Société nationale des télécommunications (CAMTEL).
Ces partenaires étrangers seront des relais. "Si
nous avons un cas clinique qui ne peut pas être résolu par nos médecins,
ils pourront être sollicités pour apporter la solution",
explique-t-il.
Malgré que le public n'en soit pas encore imprégné,
et que les initiateurs de projets rencontrent parfois des blocages de la
part des de la part de responsables administratifs et politiques, M.
Bonjawo est déterminé à mener jusuq'au bout son projet.
"Nous sommes sur une bonne voie. Nous
n'entendons pas reculer. Mon objectif premier, c'est de pouvoir, dans un horizon
de trois à cinq ans, créer des sites dans bon nombre de régions du pays
et apporter des services de santé de qualité à nos
concitoyens", souligne-t-il.