Par Bineta Diagne
DAKAR, 24 avril (Xinhua) -- Logé au coeur de Saly
(Petite Côte, 80 km de Dakar), l'institut Diambars ("champion", en wolof)
entraîne et forme les jeunes futurs stars du football sénégalais. La
plupart sont des adolescents et n'ont qu'un objectif en tête: le football
de haut niveau, à l'image de leurs idoles sénégalais évoluant en
Europe.
Maillot de football rouge, Souleymane Cissé, 19 ans,
dit avec assurance: "Moi, je jouerai dans les clubs anglais, comme
Liverpool ou Manchester".
"Ou bien dans des clubs espagnols, comme au Réal de
Madrid et au FC Barcelone", interrompt Mactar Mbow, 20 ans, assis sur une
marche d'escalier où il bouquine un livre de Léopold Sédar Senghor.
A la tête de ce projet inauguré en 2003, figurent
l'ancien gardien de l'équipe de France, Bernard Lama, le milieu de
l'équipe de France Patrick Vieira (né au Sénégal) et le béninois Jimmy
Adjovi Bosco.
Le centre accueille une centaine d'adolescents
formés au football de haut niveau. Tous ont été recrutés lors de sessions
de détection en région et à Dakar. Sur place, les pensionnaires sont
nourris, logés et suivent des cours gratuitement.
A Diambars, les élèves alternent cours dans un
bîtiment encore bien neuf, repos et entraînements intensifs sur des
pelouses désormais synthétiques. La formation dure cinq ans. Le critère
pour s'y maintenir est d'avoir un niveau scolaire correct.
"Tout récemment, un bon footballeur a dû quitter le
centre parce qu'il avait 9 de moyenne", insiste un formateur
physique.
Souvent originaires de milieux déshérités, ces
jeunes ont dû s'acclimater à la rigueur du centre.
"Au début, c'était difficile, se souvient Mactar.
Nous n'avions pas l'habitude de ce rythme, nous n'avions que 13 ans. Mais
au fur et à mesure, nous nous sommes adaptés", poursuit-il.
"J'ai atteint un niveau suffisamment élevé cette
année pour me présenter au baccalauréat littéraire", se réjouit Yigo
Senghor, 20 ans, un jeune de Dakar.
Originaire de la Médina, un quartier populaire de la
capitale sénégalaise, Saliou Ciss, 20 ans, tire des bénéfices
considérables de cet enseignement.
"Je n'ai jamais été à l'école. J'ai commencé les
études ici à l'institut Diambars", explique-t-il. A Diambars, Saliou
apprend notamment le français, l'anglais, l' espagnol et même
l'informatique.
Saliou a choisi de s'orienter dans la filière
"multimédia", afin "de trouver un travail dans l'audiovisuel si le
football ne marche pas" pour lui.
Dans les couloirs aérés du centre, un panneau
d'information notifie le programme diététique de chaque promotion.
"Chaque catégorie des jeunes a son programme annuel
et même hebdomadaire de repas", relève le responsable de la formation,
Boubacar Gadiaga.
En avril, le centre s'est doté d'une salle de
musculation flambant neuf, équipée de vélos, d'altères et même des
plateformes vibrantes permettant la récupération des muscles après
l'effort. A raison de deux séances en salle par semaine, les neuf
formateurs comptent améliorer les performances des jeunes.
"Grâce à la nouvelle salle de musculation, nous
intégrons désormais une phase de réé ducation des joueurs blessés dans nos
programmes", indique M. Gadiaga.
A Diambars, les jeunes s'entraînent à un rythme
soutenu. Ils suivent avec attention l'évolution de leurs aînés. Une bonne
poignée estime que la "génération de 2002", qui avait mené le
Sénégal en quarts de final au Mondial, est révolue. Début avril,
l'attaquant sénégalais El Hadji Diouf, l'idole de ces jeunes, a
décidé de prendre sa retraite internationale.
"El Hadji Diouf a pris sa retraite, bientôt ca sera
le tour de Mamadou Niang et des autres", anticipe Mactar Mbow.
"Nous allons en profiter pour nous mettre en valeur
afin de saisir leurs places, ajoute-t-il, car c'est une génération qui
est finie. Pour nous, à Diambars, c'est des places à récupérer".
Six jeunes de Diambars ont rejoint des
clubs français, quatre sont en stage à Lorient en vue d'une intégration dans
une équipe.