WASHINGTON, 24 avril
(Xinhua) -- Le Fonds monétaire international (FMI) a publié vendredi un
rapport sur l'Afrique subsaharienne, estimant que la crise financière
mondiale a "un impact sensible" sur cette région.
"La crise mondiale a un effet sensible sur la
région, qui s'exerce par plusieurs canaux. La demande d'exportations
africaines a diminué et les cours de la plupart des produits de base
ont baissé. Le resserrement du crédit à l'échelle mondiale ainsi que
l'aversion au risque des investisseurs ont entraîné l'inversion des flux
d'investissements de portefeuille, découragé l'investissement étranger et
rendu plus coûteux le financement du commerce", a indiqué Mme Antoinette
Monsio Sayeh, diretrice du Département Afrique du FMI, dans un
communiqué.
Elle a aussi fait état d'un recul "envisageable" des
envois de fonds des travailleurs émigrés.
Pour le FMI, l'impact de la crise sur les systèmes
financiers de la région été limité, mais le relentissement économique va
" vraisemblablement" accroître le risque de crédit et le volume des
actifs improductifs et fragiliser les bilans des institutions
financières et des entreprises.
"Les perspectives de l'Afrique se sont fortement
dégradées à cause de la crise financière mondiale", indique le communiqué.
Selon les prévisions, poursuit le texte, la
croissance économique de l'Afrique subsaharienne sera de 1,5% en 2009
avant de remonter à un peu moins de 4% en 2010, taux qui reste
inférieur au niveau enregistré avant la crise.
Ces prévisions impliquent une décélération prononcée
de la croissance par rapport à 2008 et une forte révision à la baisse
des prévisions publiées en octobre dernier. Il faut désormais s'
attendre à une nette détérioration des positions budgétaires et
extérieures jusqu'en 2010.
Les pays exportateurs de pétrole et d'autres
produits de base seront particulièrement touchés. Tant que les
perspectives mondiales seront incertaines, la balance des risques restera
orientée essentiellement à la baisse.
Selon le FMI, la priorité doit être, pour tous les
pays d' Afrique subsaharienne, de limiter les effets négatifs de la crise
sur la croissance économique et la lutte contre la pauvreté, tout en
pré servant les progrès accomplis ces dernières années au prix de grands
efforts, notamment la stabilité macroéconomique et la viabilité de la
dette.
"La riposte des pouvoirs publics doit être adaptée à
la situation particulière de chaque pays. Face à la fragilisation
des balances des paiements, il faut résister à la tentation de
recourir au protectionnisme ou de rétablir les contrôles
administratifs", estime le FMI.
DES PRINCIPES GUIDANT LA POLITIQUE
Le FMI a recommandé des principes qui doivent guider
la politique économique sur fond de crise:
-- Utiliser la marge de manoeuvre budgétaire
disponible. La crise financière mondiale va ré duire les recettes
publiques. S' ils peuvent financer l'accroissement de leur déficit
budgétaire, les pays qui sont parvenus à la stabilité macroéconomique et à
des niveaux d'endettement viables devraient maintenir les dépenses
prévues.
Quelques pays peuvent aussi recourir à une relance
budgétaire discrétionnaire, en prenant notamment des mesures sociales
additionnelles pour protéger les populations pauvres. Les pays
exportateurs de produits de base qui ont accumulé de l'épargne
pendant la vague de prospérité pourraient être en mesure de procéder
progressivement aux ajustements nécessaires en puisant dans leurs
réserves. Dans les pays où la marge de manoeuvre budgétaire est restreinte
ou inexistante, la seule solution pourrait être de resserrer la politique
budgétaire à court terme. Un soutien accru des donateurs faciliterait
l'ajustement.
-- Autant que possible, assouplir la politique
monétaire et laisser le taux de change s'adapter à la conjoncture externe.
La chute des prix des produits de base devrait donner une impulsion
dé flationniste qui pourrait permettre à certains pays
d'assouplir leur politique monétaire. Dans les pays où les termes de
l'échange se sont détériorés ou les flux de capitaux se tarissent, la
monnaie devra se déprécier en termes réels.
-- Surveiller de près les facteurs de vulnérabilité
dans les institutions financières et être prêt à agir rapidement. Il
faudra parfois être prêt à revoir les priorités de manière à privilégier
les mesures à court terme, telles qu'une intensification de la
surveillance afin de faciliter la détection rapide des risques. Cela
dit, les priorités à court terme ne doivent pas détourner les autorités des
réformes à engager à plus longue échéance pour renforcer et diversifier
leurs systèmes financiers.
DAVANTAGE D'AIDE EST NECESSAIRE
Le FMI a indiqué que pour maintenir et accélérer le
rythme des réformes entreprises ces dix dernières années dans la
conjoncture défavorable actuelle, l'Afrique aura besoin de davantage
d'aide, dont au moins le doublement de l'aide promis par les chefs d'Etat
du G8 lors du sommet de Gleneagles en 2005.
ÉBien que les pays donateurs subissent aussi des
tensions, ils doivent honorer leurs engagements. Sans un soutien accru de
leur part, la lutte contre la pauvreté et le développement de
l'Afrique pourraient être retardés de plusieurs années et la stabilité
politique pourrait même être menacée dans certains pays", a
soulignée le FMI.
Le FMI a affirmé qu'il révise actuellement ses
instruments de prêt de manière à leur donner plus de souplesse et vise à
doubler ses prêts concessionnels en faveur des pays à faible revenu.