BEIJING, 24 avril (Xinhua) -- Le président
américain, Barack Obama, a dévoilé fin mars une nouvelle stratégie visant
à lutter contre les groupes d'insurgés en Afghanistan et au Pakistan et
rencontrera les présidents de ces deux pays début mai à
Washington pour un rare échange trilatéral.
Par ailleurs, M. Obama s'entretiendra séparément
avec le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a-t-on appris mercredi
de sources officielles américaines.
L'administration Obama juge la coopération
afghano-pakistanaise essentielle pour le succès de sa nouvelle
politique dans la région, mais des responsables américains ont
affirmé que leurs inquiétudes les plus sérieuses et les plus
immédiates concernent le Pakistan.
Le sénateur américain John Kerry a déclaré, au terme
de sa visite au Pakistan, qu'il était préoccupé par le fait que le
"Pakistan se trouve dans un moment de péril" et que le plan du
gouvernement américain "n'est pas une réelle stratégie".
Néanmoins, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary
Clinton, a simplement averti que le Pakistan devient une "menace mortelle"
pour le monde, en référence à la récente prise par les talibans
du district de Bunner dans le nord-ouest du Pakistan, à une centaine
de kilomètres de la capitale pakistanaise, Islamabad.
Avec la progression des insurgés talibans vers
Islamabad ces derniers jours, les Etats-Unis se sont dits jeudi
"extrêmement préoccupés" par la situation de la sécurité au
Pakistan.
LES LIENS SERONT RESSERRES
Les Etats-Unis veulent maintenir des relations
militaires larges avec le Pakistan pour aider Islamabad à combattre la
menace croissante des groupes d'insurgés, a affirmé mardi un responsable
du Pentagone.
Michele Flournoy, la sous-secrétaire américaine à la
Défense, a déclaré que Washington avait l'intention de fournir à l'armée
pakistanaise une formation et des conseils sur les tactiques
anti-insurrection et d'appuyer les opérations en cours avec des
renseignements et d'autres types d'aides.
Mme Flournoy a fait cette déclaration au moment où
le gouvernement américain commence à appliquer sa nouvelle stratégie
pour l'Afghanistan et le Pakistan, stratégie qui insiste sur la
combinaison d'actions militaires et d'initiatives de
développement économique et social dans les régions non stables.
Le nouveau plan américain cherche un nouveau
"partenariat stratégique" entre Washington et Islamabad. Les Etats-Unis
souhaitent voir le Pakistan lancer des opérations pour chasser
les groupes d'insurgés de leurs abris de sûreté qui leur servent de
bases pour mener des attaques transfrontalières en Afghanistan, ont
indiqué des sources gouvernementales.
Cependant, les responsables américains et afghans
affichent leur inquiétude depuis la semaine dernière suite à l'accord
signé par le président Zardali visant à introduire la charia, à savoir
la loi islamique, dans la division de Malakand, dans la province
frontalière du Nord-Ouest, y compris la vallée de Swat, en
échange d'une trêve avec les insurgés talibans.
VOLTE-FACE
La récente visite dans la région effectuée par
Richard Holbrooke, l'émissaire américain pour l'Afghanistan et le
Pakistan, a mis au jours des divergences nettes entre les Etats-Unis et le
Pakistan au sujet des opérations anti-terroristes.
Avec l'annonce de la nouvelle politique américaine,
le "manque de confiance" de longue date semble se transformer en une
impasse complète.
Après la visite de M. Holbrooke, le ministre
pakistanais des Sciences et de la Technologie, Azam Khan Swati, a déclaré
que "les politiques américaines ne sont pas amicales, mais hostiles".
"Ne vendons pas notre pays et ne nous détruisons pas
nous-mêmes pour 10 milliards de dollars ou tout autre montant car la
paix dans le pays n'a pas de prix", a souligné M. Swati.
Les politiques américaines pour le Pakistan ont
connu une série de volte-face, a indiqué un professeur à Islamabad,
ajoutant que les relations américano-pakistanaises se sont toujours basées
sur des intérêts stratégiques immédiats et non pas sur un véritable
partenariat à long terme.
UNE AIDE OU UNE DOULEUR
Lors d'une conférence des donateurs pour le Pakistan
tenue fin février à Tokyo, les Etats-Unis ont promis un grand programme
d'assistance qui, selon eux, est nécessaire pour appuyer la
faible économie pakistanaise et la lutte contre les insurgés
extrémistes.
Le Pakistan a mis en garde sur la tentation de fixer
des conditions à l'aide et le Premier ministre, Yousuf Raza Gilani, a
affirmé qu'une "aide soumise à une série de conditions ne permettra
pas d'aboutir aux résultats escomptés au Pakistan".
"Islamabad a marqué certaines lignes rouges qui ne
peuvent être franchies par les Etats-Unis", a souligné le ministre
pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mahmmod Qureshi, lors
d'une conférence de presse donnée conjointement avec M. Holbrooke.
"Le Pakistan a réaffirmé aux Etats-Unis qu'il
n'acceptera aucune botte étrangère sur son sol", a ajouté M.
Qureshi.
Islamabad dénonce les attaques américaines dans les
régions tribales le long de la frontière afghane, arguant que ces
attaques entravent les efforts du Pakistan pour contenir les combats et
qu'elles desservent les objectifs de la guerre contre le
terrorisme.
De son côté, Washington estime que ces attaques
se sont avérées efficaces et qu'elles doivent se poursuivre.