KINSHASA, 24 avril (Xinhua) -- Le projet de
construire un pont route-rail sur le fleuve Congo reliant Kinshasa à
Brazzaville ravive une controverse autour de cette initiative de longue
date en République démocratique du Congo (RDC).
La semaine dernière, le secrétaire général de la
Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), Sylvain
Ngoma, a présenté à Kinshasa au Premier ministre de la RDC, Adolphe
Muzito, l'offre de la Banque africaine de développement (BAD) pour la
construction d'un tel point.
"La BAD est disposée à débloquer 230 millions de
dollars pour les études de pré-faisabilité et de faisabilité pour la
construction rapide du pont sur le fleuve Congo" qui devrait relier
les deux capitales les plus rapprochées du monde, a déclaré le week-end
Sylvain Ngoma, ancien Premier ministre de la République du Congo.
Ce projet, initialement conçu en 1991, n'a pas été
mis en oeuvre faute de financement et de solutions aux différents
problèmes internes des deux Congo.
Il a été ensuite inscrit dans le cadre de
l'intégration régionale prônée par le Nouveau Partenariat pour le
Développement de l'Afrique (NEPAD), adopté en 2001 à Lusaka (Zambie) pour
promouvoir le développement et les investissements sur le continent
africain.
Selon les experts du NEPAD, l'insuffisance des
échanges commerciaux inter-africains est une des causes majeures de la
paupérisation de l'Afrique. Et ils préconisent que les Etats
africains se doivent d'échanger plus avec leurs voisins au niveau
régional sous l'égide de l'Union africaine (UA).
Pour la CEEAC, la construction du pont route-rail
reliant Kinshasa à Brazzaville sur le fleuve Congo est une opportunité
"non négligeable" pour la RDC.
Mais à Kinshasa, on ne juge pas prioritaire ce
projet qui date de près d'une dizaine d'années.
La construction de ce pont route-rail "ne peut être
possible qu'après des études de son impact sur les ports congolais de
Matadi et Boma", a indiqué le ministre congolais du Plan, Olivier
Kamitatu Etsou.
Ces deux ports, situés dans la province du Bas-Congo
représentant 60 % des recettes douanières de la RDC, très loin
devant les postes douaniers de Kasumbalesa au Katanga, et de Kasindi
et Bunagana dans la province du Nord-Kivu.
Or, a souligné M. Etsou, la construction du pont
route-rail Kinshasa-Brazzaville équivaut à la suppression de ces deux
grands ports congolais, à la disparition de l'Office de gestion du fret
maritime (OGEFREM), de l'Office congolais de contrôle (OCC), à la
diminution de l'activité de l'Office national de transport (ONATRA),
de trois entreprises de l'Etat congolais, mais aussi de nombreuses agences
en douanes.
Cela signifie la disparition de 60% des recettes
douanières pour l'Etat congolais et la diminution de l'activité économique
sur l'ensemble de la province du Bas-Congo, estiment des
analystes congolais.
Les mêmes soucis sont surtout très remarqués parmi
les populations du Bas-Congo qui crient à leur asphyxie
qu'occasionnerait la construction d'un tel pont au détriment du
développement économique de la province.
Selon Léon Kiadi, professeur d'université et expert
en économie, le rebondissement de ce projet participe à la réalisation des
plans de voir la RDC partager ses richesses avec les pays
voisins, sans tenir compte du développement du pays ni du bien-être de ses
populations.
Si la BAD veut réellement aider la RDC dans son
développement, elle doit plutôt financer la construction du port en eau
profonde à Banana et non le pont entre Kinshasa et Brazzaville, a commenté
le professeur Kiadi.
A ses yeux, un tel projet "deviendrait une source
de conflits entre, d'une part, la RDC et son voisin d'en face et,
d'autre part, entre la RDC et la CEEAC".