Par Raphaël MVOGO
YAOUNDE, 12 avril (Xinhua) -- La France et les
Etats-Unis ont respectivement envoyé un navire de guerre dans les eaux du
golfe de Guinée, et ce pour renforcer la coopération en matière de la
sécurité énergétique et stratégique, estiment des analystes.
Le navire de guerre américain USS Nashville est
ancré dès le 1er avril au large de Limbe, à environ 350 km au sud-ouest de
Yaoundé, et "coïncide" avec le départ du navire français BPC
Tonnerre, qui a fait escale à Douala, capitale économique du
Cameroun.
Le navire américain arrive "pour près de deux
semaines de formation et de projets communautaires dans le cadre de
(programme) Africa Partnership Station", indique l'ambassadrice des
Etats-Unis au Cameroun, Janet Garvey, dans une interview publiée le
quotidien officiel Cameroon Tribune.
Africa Partnership Station est une stratégie
concertée conçue par la Marine américaine pour aider les nations côtières
de l'Afrique du Centre et de l'Ouest à assurer la sécurité et la
surveillance dans le golfe de Guinée. L'USS Nashville est le plus
grand navire inscrit dans cette stratégie pour l'an 2009.
"Nous ne sommes pas ici pour assurer la sécurité ou
pour lutter contre les pirates, mais nous donnons plutôt aux pays hôtes la
formation nécessaire pour combattre ces maux eux-mêmes", affirme Mme
Garvey.
En fait, les deux navires ont mené conjointement un
exercice planifié de coordination et de communication "pour consolider le
partenariat régional visant à sécuriser les activités maritimes dans
le golfe de Guinée", selon un communiqué publié par les chancelleries
américaine et française.
"Cet exercice s'est déroulé au large des côtes de
Limbe suite à l'escale du BPC Tonnerre à Douala, venu dans le cadre d'une
mission d'étude consacrée à l'insécurité dans le Golfe de Guinée, et
avant l'arrivée de l'USS Nashville, actuellement en escale à Limbe dans le
cadre du programme Africa Partnership Station", poursuit le texte.
Selon l'ambassadeur de France au Cameroun Georges
Serre, l'objectif est de mettre en place d'une "veille internationale
contre un fléau qui gêne les activités normales de commerce, de
production de richesses et de vie d'un certain nombre de
populations".
Au moment où les pirates dictent leur loi dans les
eaux du golfe d'Aden, au large de la Somalie, ces opérations font penser
à des actions de lutte contre ce phénomène dans le golfe de Guinée,
également en proie à des attaques armées.
"Le Nigeria, la Guinée équatoriale et le Cameroun
renferment de très grandes réserves de gaz, il devient évident que c'est
une zone riche en hydrocarbures", note à Xinhua le géostratège Joseph
Vincent Ntuda Ebodé, chef du Centre de recherche et d'études
politiques et stratégiques à l'Université de Yaoundé II.
"Mais, les hydrocarbures ne sont pas la seule
ressource de cette région. On peut ajouter les forêts, en terme de bois et
d'essences rares, mais aussi en terme de biodiversité", ajoute le
professeur Ntuda Ebodé.
Cette région est plus proche de l'Occident que le
golfe Persique ou le golfe d'Aden, explique M. Ntuda Ebodé, cette
position "facilite l'exportation, non seulement de ces ressources
naturelles du sol et du sous-sol, mais également de tous les grands
produits agricoles d'exportation".
"Il est évident que l'insécurité maritime, non
seulement dans le golfe d'Aden, mais également dans le golfe de Guinée,
devient une préoccupation internationale", observe M. Ntuda Ebodé.
"Et de ce point de vue, les énormes richesses que
recèle cette région et dont une bonne partie est convoitée aussi bien par
l'Europe, l'Amérique que par l'Asie constituent des éléments majeurs
pour comprendre les initiatives complémentaires ou concurrentielles des
Etats-Unis et de la France", dit-il.
"Il s'agit pour ces grands Etats d'utiliser les
moyens impressionnants de leurs marines militaires pour sécuriser une
zone qui est un grand bassin d'exploration et d'exploitation
pétrolière, dans laquelle opèrent un certain nombre de compagnies
transnationales", renchérit Mathias Eric Owona Nguini,
sociopolitiste à l'Université de Yaoundé II.
"Ces opérations permettent également à chacun de ces
Etats de positionner et de mobiliser un dispositif de surveillance dans
cette sous-région, de manière à se marquer mutuellement", explique M.
Owona Nguini.
Les pays de la région se permettent au
moins "d'avoir une logistique d'appui qu'ils ne pourraient pas
mobiliser eux-mêmes", estime M. Owona Nguini, soulignant qu'il "faut
d'importants moyens matériels et opérationnels pour dissuader avec efficacité
les groupes pirates qui sont eux-mêmes en voie de
professionnalisation".