Par Raphaël MVOGO
YAOUNDE, 11 avril (Xinhua) -- Les défenseurs des
cultures africaines ont convenu cette semaine de réorganiser les
institutions du continent et de la diaspora en vue de la protection
et la promotion des cultures africaines, notamment les langues qui
menacent de disparaître.
A l'issue de sa première édition tenue de mardi à
jeudi à Yaoundé, au Cameroun, le Sommet des institutions culturelles
d'Afrique et de la diaspora africaine (Sicadia) a décidé de
mettre sur pied un secrétariat permanent, composé de plusieurs
institutions régionales.
Ce mécanisme de suivi et de pilotage regroupe
l'Observatoire des politiques culturelles en Afrique (OCPA, basé à Maputo
au Mozambique), le Centre régional de recherche et de documentation
sur les traditions orales et pour le développement des langues
africaines (Cerdotola, basé à Yaoundé au Cameroun), et le Centre
pour les arts et les civilisations noires et africaines (CBAAC, basé
à Lagos au Nigeria).
Avec un mandat émanant de l'Union africaine (UA), il
associera par ailleurs le Centre d'études linguistiques et historiques par
traditions orales (Celto), qui est l'équivalent du Cerdotola en
Afrique de l'Ouest.
Sur recommandation de la Conférence des ministres en
charge de la Culture de l'UA, le Sicadia a également approuvé la création
d'un fonds pour le patrimoine du monde africain.
Destiné à la mise en oeuvre de la vision de
renaissance africaine de l'UA, le Sicadia a réaffirmé "la demande
pressante de la Commission de l'UA faite aux gouvernements pour qu'ils
procèdent à la ratification de la Charte pour la renaissance
culturelle africaine", a déclaré à Xinhua le professeur Charles
Binam Bikoï, secrétaire exécutif du Cerdotola.
La Charte de l'UA pour la renaissance culturelle
africaine a été adoptée en 2005, deux ans après la Convention de l'Unesco
sur la diversité culturelle. Mais jusqu'à présent, à peine la moitié
des Etats africains l'ont ratifiée.
Sur la base de sa nouvelle orientation, le "Sicadia
sera représenté en tant que tel aux différents événements culturels
organisés sur le continent. C'est le cas par exemple du prochain
Festival panafricain d'Alger (NDLR : prévu en juillet en Algérie) et
du deuxième Congrès culturel panafricain (NDLR : prévu en octobre à
Libreville au Gabon)", a expliqué M. Binam Bikoï.
Valorisation des langues africaines
Ces dernières années, l'UA multiplie ses
concertations en vue de la sauvegarde, la valorisation et la promotion des
traditions orales et des langues africaines, qui subissent l'assaut des
cultures étrangères, en l'occurrence occidentales depuis l'époque
coloniale, et dont certaines sont aujourd'hui menacées de
disparition.
A l'instar du Celto, le Cerdotola a déjà organisé,
en octobre 2007, un colloque international sur "le rôle des langues
transfrontalières et la place des langues de moindre diffusion en
Afrique centrale", en partenariat avec l'Académie africaine des
langues (Acalan), un organisme de l'UA basé à Bamako au Mali.
Pour garantir le développement et l'intégration
africaine, l'Acalan se charge de de mettre en place des commissions de
langues transfrontalières.
"Il existe environ 6.000 langues dans le monde, dont
le tiers sont parlées en Afrique", a indiqué l'historien camérounais
Jean- Pierre Ntamag dans un exposé au colloque du Sicadia à Yaoundé, en
reprenant une étude du linguiste français Claude Hagège.
"Malgré leur grand nombre, les langues africaines
sont marginalisées à l'échelle de la planète en ce début du 21e
siècle", a regretté M. Ntamag, lors du colloque sur "l'Afrique et la
culture africaine dans le monde globalisé du 21e siècle".
A la fin du système colonial, la plupart des Etats
indépendants africains ont adopté les langues des colonisateurs
comme langues officielles de leurs pays, a rappelé le jeune
chercheur camérounais.
Reprenant une étude récente de l'Unesco et de la
Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced),
le professeur Binam Bikoï a déploré que dans le contexte où l'on
enregistre une forte marchandisation de la culture, la part de
l'Afrique se réduit à la portion congrue d'environ 1%.
S'alignant sur l'UA, les Nations Unies avaient
décrété 2006 Année des langues africaines pour promouvoir et célébrer ces
langues.