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L'Afrique cherche la promotion de ses cultures par le Sicadia
  2009-04-12 07:28:54  

     Par Raphaël MVOGO 

     YAOUNDE, 11 avril (Xinhua) -- Les défenseurs des cultures africaines ont convenu cette semaine de réorganiser les  institutions du continent et de la diaspora en vue de la  protection et la promotion des cultures africaines, notamment les  langues qui menacent de disparaître. 

     A l'issue de sa première édition tenue de mardi à jeudi à  Yaoundé, au Cameroun, le Sommet des institutions culturelles  d'Afrique et de la diaspora africaine (Sicadia) a décidé de mettre sur pied un secrétariat permanent, composé de plusieurs  institutions régionales. 

     Ce mécanisme de suivi et de pilotage regroupe l'Observatoire  des politiques culturelles en Afrique (OCPA, basé à Maputo au  Mozambique), le Centre régional de recherche et de documentation  sur les traditions orales et pour le développement des langues  africaines (Cerdotola, basé à Yaoundé au Cameroun), et le Centre  pour les arts et les civilisations noires et africaines (CBAAC,  basé à Lagos au Nigeria).  

     Avec un mandat émanant de l'Union africaine (UA), il associera par ailleurs le Centre d'études linguistiques et historiques par  traditions orales (Celto), qui est l'équivalent du Cerdotola en  Afrique de l'Ouest.  

     Sur recommandation de la Conférence des ministres en charge de la Culture de l'UA, le Sicadia a également approuvé la création  d'un fonds pour le patrimoine du monde africain. 

     Destiné à la mise en oeuvre de la vision de renaissance  africaine de l'UA, le Sicadia a réaffirmé "la demande pressante de la Commission de l'UA faite aux gouvernements pour qu'ils  procèdent à la ratification de la Charte pour la renaissance  culturelle africaine", a déclaré à Xinhua le professeur Charles  Binam Bikoï, secrétaire exécutif du Cerdotola. 

     La Charte de l'UA pour la renaissance culturelle africaine a  été adoptée en 2005, deux ans après la Convention de l'Unesco sur  la diversité culturelle. Mais jusqu'à présent, à peine la moitié  des Etats africains l'ont ratifiée.  

     Sur la base de sa nouvelle orientation, le "Sicadia sera  représenté en tant que tel aux différents événements culturels  organisés sur le continent. C'est le cas par exemple du prochain  Festival panafricain d'Alger (NDLR : prévu en juillet en Algérie)  et du deuxième Congrès culturel panafricain (NDLR : prévu en  octobre à Libreville au Gabon)", a expliqué M. Binam Bikoï.  

     Valorisation des langues africaines  

     Ces dernières années, l'UA multiplie ses concertations en vue  de la sauvegarde, la valorisation et la promotion des traditions  orales et des langues africaines, qui subissent l'assaut des  cultures étrangères, en l'occurrence occidentales depuis l'époque  coloniale, et dont certaines sont aujourd'hui menacées de  disparition.  

     A l'instar du Celto, le Cerdotola a déjà organisé, en octobre  2007, un colloque international sur "le rôle des langues  transfrontalières et la place des langues de moindre diffusion en  Afrique centrale", en partenariat avec l'Académie africaine des  langues (Acalan), un organisme de l'UA basé à Bamako au Mali.  

     Pour garantir le développement et l'intégration africaine,  l'Acalan se charge de de mettre en place des commissions de  langues transfrontalières. 

     "Il existe environ 6.000 langues dans le monde, dont le tiers  sont parlées en Afrique", a indiqué l'historien camérounais Jean- Pierre Ntamag dans un exposé au colloque du Sicadia à Yaoundé, en  reprenant une étude du linguiste français Claude Hagège. 

     "Malgré leur grand nombre, les langues africaines sont  marginalisées à l'échelle de la planète en ce début du 21e siècle", a regretté M. Ntamag, lors du colloque sur "l'Afrique et la  culture africaine dans le monde globalisé du 21e siècle".  

     A la fin du système colonial, la plupart des Etats  indépendants africains ont adopté les langues des colonisateurs  comme langues officielles de leurs pays, a rappelé le jeune  chercheur camérounais. 

     Reprenant une étude récente de l'Unesco et de la Conférence  des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), le professeur Binam Bikoï a déploré que dans le contexte où l'on  enregistre une forte marchandisation de la culture, la part de  l'Afrique se réduit à la portion congrue d'environ 1%.  

     S'alignant sur l'UA, les Nations Unies avaient décrété 2006  Année des langues africaines pour promouvoir et célébrer ces  langues.