LOME, 4 avril (Xinhua) -- Le sommet du G20 à Londres
n'a défendu que l'intérrêt des grandes banques et des grandes
entreprises, qui vont s'enfoncer dans de graves problèmes, a averti
samedi l'économiste et universitaire togolais Koffi Sodokin, dans une
interview exclusivement accordée à l'Agence Xinhua.
"Ceux qui se sont réunis à Londres ont défendu
finalement l'intérrêt des grandes banques, des grandes entreprises qui
sont américaines, européennes qui ont déjà des problèmes et qui vont
s'enfoncer à nouveau dans de graves problèmes", a déclaré Koffi
Sodokin, économiste togolais et enseignant à l'Université de Lomé.
Selon cet économiste, c'était pour éviter ce qu'on
va appeler une "crise de surendettement" qui va amener encore à une
déconfiture du système financier mondial.
Il a estimé que la réunion du G20 à Londres doit
être considérée comme un "début de table-ronde" pour trouver des
solutions aux problèmes que vit le monde actuellement, indiquant
qu'il faut que cette table-ronde appelle à d'autres table-rondes
pour pouvoir "discuter véritablement de vrais problèmes" que le
monde vit aujourd'hui.
"Ce n'est qu'à cette condition-là que les pays
riches dans leurs efforts peuvent accompagner les pays en développement
dans leur stratégie de lutte contre la pauvreté", a-t-il justifié.
Pour Dr. Sodokin, par rapport aux fonds destinés à
sauver les pays émergents, la question qui reste posée est de savoir si
les dispositions prises par cette réunion pour mettre en place un
nouvel ordre économique mondial doivent "mettre de côté" une
catégorie de pays faisant partie de la mondialisation ou les
intégrer.
Il précise que les nouveaux fonds qui vont être mis
à la disposition du FMI ont pour but d'éviter qu'il n'y ait une crise
au niveau des pays émergents qui pourrait finalement plomber tous
les efforts faits aujourd'hui, et de sauver le système monétaire
international.
"C'est une bonne chose mais cela me semble laisser
de côté les pays très pauvres parce que le problème aujourd'hui c'est une
bonne répartition des revenus mondiaux", a-t-il relevé, avertissant
que si ces revenus ne sont pas bien répartis, il y aura toujours des
problèmes de pauvreté.
"Quand le revenu mondial n'est pas bien réparti et
que vous avez des parties de la population mondiale qui sont restées
pauvres, la conséquence sera l'émergence des groupes terroristes qui
tentent de mettre à mal le bon fonctionnment de ce système mondial", a
estimé l'économiste Sodokin.
Il a fait savoir que l'objectif de ces fonds n'est
pas précisé et que cela est "inquiétante".
"Il n'y a pas de manière précise de nouvelles
règles", a-t-il par ailleurs ajouté, notant qu'il y a un "volontarisme" de
réguler le système financier internatinonal, mais qu'on n'a pas mis
l'accent sur ce qu'il fallait faire en terme de régulation des
marchés internationaux.
Pour lui, on n'a pas de règles précises en terme de
ce qui doit déterminer désormais le fonctionnment des marchés financiers
aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, en Europe etc, et également les
questions de rémunération des traders, la question des parachutes
dorées et des stocks options.
Par ailleurs, sur la décision du G20 concernant les
paradis fiscaux, Dr. Sodokin reconnaît qu'il y a des efforts qui ont été
faits étant donné que certains paradis fiscaux ont été identifiés et
qu'on a demandé aux Etats qui les abritent de revoir les règles de
fonctionnement de ces paradis fiscaux, mais avec l'objectif de pouvoir
garder la fiscalité dans les pays d'origine des entreprises.
L'universitaire togolais Sodokin a
qualifié la décision de " bénéfique et salutaire" pour beaucoup de pays
aussi bien développés qu'en développement, faisant remarquer
cependant qu'il faut faire des "efforts supplémentaires" pour que les
règles à cet effet soient "plus précises" et qu'on
puisse mettre "véritablement " des garde-fous pour éviter une crise prochaine.