LOME, 4 avril (Xinhua) -- L'économiste togolais
Koffi Sodokin, enseignant à l'Université de Lomé au Togo, a qualifié de
"social" et "salutaire" le discours du président chinois Hu Jintao sur la
régulation financière internationale au sommet du G20 tenu jeudi
à Londres, lors d'une interview exclusivement accordée samedi à
l'Agence Xinhua.
"Le président chinois a fait un discours qu'on peut
appeler un discours social", a dit Koffi Sodokin, docteur en économie et
enseignant à l'Université de Lomé.
"En mon sens, le discours du président Hu Jintao est
un discours salutaire notamment par rapport à ses déclarations sur
la régulation financière internationale", a-t-il ajouté, expliquant
que la question de la régulation s'était posée lorsqu'il fallait
créer les Institutions de Bretton Woods.
Selon cet universitaire togolais, la question était
de déterminer le modèle de régulation, le modèle d'ajustement pour
la finance internationale, à un moment où, des plans John Keynes et
Harry White s'affrontant, le choix a été porté sur le plan White
fondé sur le "carcan néo-libéral" où on devait laisser le marché
fonctionner et qui est le fondement du fonctionnement du FMI et de la
Banque mondiale jusuqu'à maintenant.
Dr. Sodokin a estimé que le plan Keynes, proposant
la mise en place d'un système de solidarité permettant de faire la
compensation directe entre les excédents et les déficits de tous les
pays qui allaient faire partie d'un système monétaire international, n'a
pas été retenu parce qu'on avait pensé que des grands pays comme les
Etats-Unis allaient faire beaucoup de sacrifices et que de petits pays
allaient bénéficier de ces sacrifices.
"Aujourd'hui, le monde a besoin d'une régulation
internationnale assez approfondie", a-t-il souligné, fustigeant
le fait que les avertissements des organisations altermondialistes
n'avaient pas été écoutées.
"Il a fallu une crise hypothécaire aux Etats-Unis
qui finalement s'est étendue au monde entier pour que les
gouvernements les plus puissants de ce monde se rendent compte du
fait que véritablement le monde va mal", a relevé cet économiste
togolais.
A son avis, le FMI et la Banque mondiale n'ont pas
joué " véritablement leur rôle d'ajustement" comme cela devait l'être.
Dans ce sens, il souligne que la disposition de la réunion du G20
qui consiste à renforcer la position financière du FMI pour lui
permettre de venir en aide aux pays non industrialisés est
" salutaire" mais que le problème "reste profond".
"Le FMI reste le FMI avec ses dogmes néo-libéraux
qui conditionnent son fonctionnement", a-t-il insisté, expliquant que
les fonds mis à la disposition de cette institution "ne sont pas
destinés à aider les pays les plus pauvres, mais plutôt à sauver les
pays émergents".
"Le problème reste toujours. Si on sauve les pays
émergents pour éviter qu'il n'y ait de problèmes à leur niveau qui
pourrait affecter la finance internationale, quel est le plan
d'aujourd'hui du G20 en ce qui concerne les pays dits pauvres comme le
Togo, le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, etc", s'est-il
interrogé.
Dr. Sodokin rappelle qu'il y a sans doute les
initiatives PPTE (Programme pour pays très endettés) et le programme FRPC
du FMI ( Facilité de réduction de la pauvreté et pour la croissance), mais
qu'on est dans une nouvelle disposition où les pays sous développés
ou très pauvres ont également besoin d'un plan quand les fonds mis à la
dispostions du FMI ne sont destinés qu'aux pays émergents.
"Il faut savoir que le monde fait un tout et que le
problème peut surgir de toute part", a-t-il averti, soulignant que c'est
dans ce sens que le discours du président Hu Jintao est un discours
"salutaire".
"Dans son discours, on peut noter une
petite nuance par rapport à ce que le G20 a déclaré, du fait qu'il met l'accent
sur les pays en développement alors que le G20 met l'accent sur
les pays émergents", a-t-il fait remarquer, indiquant qu'il faut que
le plan de "sauvetage" de la finance mondiale soit "vraiment global"
de manière qu'il implique plus, encore dans deux ou trois ans, de peuples
des pays qui soient confrontés à des problème de "pauvreté extrême".