STRASBOURG (France), 2 avril (Xinhua) -- Le sommet
de l'Otan vendredi et samedi à Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne)
marque le 60e anniversaire de l'Alliance atlantique, qui, 20 ans
après la Guerre froide, est en train de définir un nouveau
concept stratégique.
Pour ce premier sommet organisé conjointement par
deux membres (Allemagne et France)dans son histoire, l'Otan a inscrit à
l'ordre du jour des sujets tels que l'Afghanistan, les relations avec la
Russie, le rapprochement de la France et ses conséquences sur les
relations entre l'Otan et l'Union européenne, ainsi que la
préparation d'un nouveau concept stratégique pour l'Alliance.
A part la question d'Afghanistan, plutôt
opérationnelle mais cruciale pour la crédibilité de l'Otan, les autres
sujets sont plutôt liés à des choix stratégiques profonds.
Le choix d'organiser un sommet sur les deux côtés du
Rhin semble vouloir illustrer la réussite de la réconciliation
européenne et l'importance du couple franco-allemand en Europe aussi
bien que sur la scène internationale.
La France officialise à cette occasion son retour
complet à l'Otan. Elle l'avait conditionné par ailleurs par une avance
substantielle dans la constructin de l''Europe de la défense".
Le président français Nicolas Sarkozy a convaincu
ses concitoyens que la France serait "plus influente" au sein de
l'Alliance atlantique, que ce soit en matière de prise de décision et
de l'élaboration du nouveau concept stratégique.
L'UE arrivera-t-elle à prendre un poids plus
important au sein de l'alliance, alors que le rapport de force a changé de
manière substantielle dans la relation entre les deux rives de
l'Atlantique? Un choix pour Bruxelles aussi bien que Washington.
Le secrétaire général de l'Otan Japp de Hoop
Scheffer a déclaré jeudi après-midi devant les dirigeants du futur à
Strasbourg qu'une relation de maturité devrait être établie entre l'Otan
et la Russie.
Sur des questions tels que la lutte contre le
terrorisme, la sécurité énergétique, ou l'Afghanistan, la coopération de
la Russie semble être indispensable. Le débat à ce sujet et sur
l'élargissement de l'Otan doit être acharné au sommet
Strasbourg-Kehl.
Le conflit d'août dernier en Géorgie, interprété de
différentes façons, a néanmoins suscité une attention particulière sur la
relation entre la Russie et l'Otan.
"Il est clair que nous ne permettrons pas à la
Russie d'entraver l'élargissement de l'Otan. Ce processus est un élément
essentiel de notre objectif qui consiste à consolider l'Europe en
tant qu'espace de sécurité unifié et démocratique - un objectif qui
n'est pas négociable. Mais les relations entre l'Otan et la Russie sont
trop précieuses pour les laisser s'enliser dans des discussions relatives
à l'élargissement ou, a fortiori, à la défense antimissile ou au Kosovo",
écrit récemment le secrétaire général de l'Alliance militaire dans la
"Revue de l'Otan".
En 1949, les alliés se sont engagés dans un
mécanisme de "sécurité collective" en Europe. Aujourd'hui, l'Alliance
maintient la paix au Kosovo, elle s'est engagéeprofondément en Afghanistan,
elle forme des forces de sécurité iraquiennes et fournit un soutien
à l'Union africaine.
Elle est devenue une organisation politique aussi
bien que militaire, pour la défense des "valeurs communes" en Europe aussi
bien que dans d'autres régions de la Planète, estiment certains
analystes.
"L'Otan doit étouffer ces ambitions dans l'?uf et
reconnaître que toute initiative visant à faire de l'organisme une
Alliance mondiale de démocraties ne fera qu'accélérer sa perte, et non son
renouveau", écrit pourtant Charles Kupchan, membre du "Council of
Foreign Relations", dans le dernier numéro de la Revue de l'Otan. Il
invite les membres de l'Otan à "faire preuve de réalisme et de
sobriété".
Dans la préparation du nouveau concept de l'Alliance
atlantique, la question de l'Afghanistan représente plutôt un "champ
d'expérimentation".
Selon Kees Homan, un spécialiste hollandais dans les
relations internationales, seules les troupes américaines, canadiennes,
britanniques et hollandaises sont sur le front de combat avec les
talibans, alors que la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne
évitent d'engager leurs troupes directement sur les champs de
bataille en Afghanistan.
La définition d'une nouvelle stratégie
en Afghanistan, où l'Otan doit absolument réussir, sera un défi pour
les membres de l'alliance réunis à Strasbourg et à Kehl. Et la définition
d'un nouveau concept stratégique n'en est pas moins, vu la différence
des intérêts des membres de l'Otan.