KINSHASA, 27 mars(Xinhua) -- Vital Kamerhe,
président de l'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement de la
République démocratique du Congo (RDC), a démissionné mercredi de son
poste, en présence de 404 députés sur les 500 que compte cette
institution.
C'était au cours d'une séance plénière, mettant
ainsi fin au bras de fer qui l'opposait à sa famille politique. Dans un
bref discours, il a souligné qu'il posait cette démission à la demande
de son parti. Cet événement fait craindre la suite de la démocratie
dans ce pays.
"J'ai été astreint à la démission avec en prime une
forte campagne de diabolisation et des injures gratuites sur ma
personne à travers toute la presse, écrite et audiovisuelle tant privée
que publique", a déclaré M. Kamerhe devant la plénière pour justifier
sa démission.
Il a affirmé que s'il n'avait pas démissionné avant,
alors que le bras de fer entre lui et sa famille politique, le Parti du
Peuple pour la Reconstruction et le Développement (PPRD), remonte au
mois de janvier, c'est parce qu'il ne voulait pas démissionner en dehors
de la plénière qui l'avait élu et par respect aux
règles démocratiques.
En démissionnant, il n'a pas voulu entrer en
rébellion ave ce que cela aurait pu comporter.
"J'ai opté pour la voie la moins périlleuse et la
moins coûteuse pour le peuple congolais qui a démontré, à travers les
années, son attachement à la démocratie", devait-il indiquer.
M. Kamerhe a été élu au perchoir à l'issue des
élections législatives de 2006 dont le PPRD du président Joseph Kabila
était sorti majoritaire. Le 21 janvier dernier, il a indiqué à la Radio
Okapi de l'ONU qu'il n'était pas informé de le présence sur le
territoire congolais des troupes rwandaises, venues traquer les
rebelles rwandais.
Cette déclaration a été mal perçue par le PPRD qui
pilote la plateforme AMP regroupe trois partis. Considérant cette
déclaration comme un désaveu du président Joseph Kabila, l'AMP a
exigé qu M. Kamerhe démissionne.
Annonçant sa démission, M. Kamerhe a réitéré qu'il
n'avait pas été informé de la présence des troupes rwandaises en
RDC.
"Mais en même temps, j'étais aussi à l'écoute de
notre peuple, pour préserver les acquis démocratiques et se conformer à la
légalité constitutionnelle et ainsi briser définitivement la spirale
de l'éternel recommencement caractéristique de la marche de nos
institutions depuis 1960, à cause des querelles politiciennes", a-t-il
ajouté.
Il n'a donc pas voulu inscrire son nom "dans
l'histoire de blocage des institutions acquises chèrement par notre peuple
au prix de son sang."
Au travers des réactions, si quelques des membres de
sa famille politique comme le vice-président du PPRD Aubin Minaku ont
exprimé sa joie de voir M. Kamerhe partir de la tête de l'Assemblée
nationale, d'autres membres de ce parti ainsi que ceux de
l'opposition craignent pour la suite de la démocratie en RDC.
Un membre du PPRD, qui a requis l'anonymat pour des
raisons évidentes, se pose beaucoup d'interrogations.
"Si un homme de confiance du président Joseph Kabila
qu'a été Vital Kamerhe a été contraint à la démission de la manière non
démocratique, que peut-on faire des autres membres qui ne sont
pas proches du président".
Pour ce membre du PPRD, c'est Vital Kamerhe qui a
battu campagne au premier comme au deuxième tour pour que Kabila soit
élu président de la République. C'est encore lui qui l'a rapproché de
son opposant Jean-Pierre Bemba contraint à l'exil aujourd'hui.
Kamerhe a su redorer l'image de la démocratie en RDC
par sa conduite des débats au sein de l'Assemblée nationale, sans
oublier que c'est lui qui a implanté le PPRD lors de ses tournées à
travers le pays. Il n'a donc pas apprécié l'imposition de la
démission de M. Kamerhe qui s'apparente à une dictature
naissante, conclue-t-il.
Le secrétaire général du Mouvement pour la
libération du Congo (MLC), François Muamba a exprimé ses regrets à la
émission de Kamerhe.
"Les hommes passent, mais les institutions restent.
Mais pour qu'elles restent, les institutions doivent être dotées de lois
et règles respectées par tous", a affirmé M. Muamba, faisant
allusion aux déclarations du président Joseph Kabila qui ne voulait pas
voir Kamerhe rester à la tête de l'Assemblée nationale à cause de sa
petite phrase.
Pour François Muamba, "M. Kamerhe s'est battu
jusqu'au bout pour que les règles qui nous régissent soient respectées et
l'Assemblée nationale soit une institution forte."
En attendant l'élection du nouveau bureau
de l'Assemblée, conclue-t-il, la primauté d'un parti politique sur
les institutions nationales est un germe de la dictature qu'il
faut arrêter tout net.