BEIJING, 27 mars (Xinhua) -- Au moment où la crise
financière mondiale révèle la vulnérabilité inhérente du système monétaire
mondial et ses dangers, les débats sur la création d'une
nouvelle monnaie de réserve supra-nationale s'intensifient.
Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque centrale de
Chine, a indiqué dans un article publié lundi qu'une nouvelle monnaie de
réserve supra-nationale devait remplacer les monnaies de réserve
nationales et servir d'appui au système monétaire mondial.
Pour M. Zhou, une nouvelle monnaie de réserve
mondiale, basée sur un panier d'importantes monnaies et gérée par une
organisation multilatérale, telle que le Fonds monétaire international
(FMI), devrait dépasser les intérêts nationaux des pays qui émettent la
monnaie de réserve et devrait contribuer à la stabilisation du
système financier international et au développement de l'économie
mondiale.
John Lipsky, premier vice-directeur du FMI, a estimé
que l'idée d'une nouvelle monnaie de réserve mondiale était une
"proposition sérieuse".
Il est "naturel" de réfléchir à un nouveau système
monétaire mondial à l'heure où nous traversons une crise financière
dévastatrice, a-t-il noté lors d'une conférence de presse tenue
mardi à Washington.
Pour M. Zhou, "la fréquence et l'intensité
croissante des crises financières après l'effondrement du système de
Bretton Woods signifient que le coût d'un tel système dans le monde
dépasse ses intérêts. Le prix devient plus élevé, non seulement pour
les utilisateurs, mais également pour les émetteurs de la monnaie de
réserve".
Il a également proposé d'étendre le rôle du droit de
tirage spécial (DTS), créé par le FMI en 1969 au commerce international,
à l'établissement des prix des marchandises, à l'investissement et à
la comptabilité des entreprises.
La proposition de M. Zhou s'inscrit dans d'un débat
mondial plus vaste sur la réforme du système monétaire international.
Les Nations Unies et certains grands pays émergents
ont appelé à la réforme du système monétaire mondial pour empêcher
d'autres crises financières, comme celle en cours, d'affecter l'économie
mondiale dans les années à venir.
Une équipe, conduite par le Prix Nobel d'économie,
Joseph Stiglitz, a déclaré que le danger d'un système de réserve basé
sur la devise d'un seul pays est connu depuis bien longtemps, la
croissance de la dette sabotant la confiance et la stabilité.
Des responsables russes ont indiqué la semaine
dernière que Moscou proposera la création d'une nouvelle monnaie de
réserve internationale lors du prochain sommet des leaders des pays du
G20, prévu le 2 avril à Londres.
La proposition a été soutenue par un certain nombre
de pays émergents comme le Brésil, l'Inde, la Corée du Sud et l'Afrique
du Sud, selon des responsables russes.
Bien que les Etats-Unis, pays émetteur du dollar
américain, qui occupe plus de 60% de la monnaie de réserve dans le monde,
écartent la nécessité d'une nouvelle monnaie de réserve, ils ne
feront pas obstacle à de nouvelles idées au sujet de la réforme du
système monétaire mondial, selon des analystes.
"Je suis sûre que les discussions se poursuivront
sur ce problème et sur d'autres approches pour améliorer le
fonctionnement du système international", a affirmé M. Lipsky.
Vanessa Rossi, chercheur en économie internationale
à l'Institut Chatham de Londres, a déclaré "que l'idée de créer une
nouvelle monnaie de réserve mondiale devrait être accueillie
favorablement par plusieurs pays ces prochaines années".
"Il convient de réduire quelque peu la pression
constatée ces dernières années", a indiqué Vanessa Rossi à la Radio Free
Europe.