KHARTOUM, 24 mars (Xinhua)
-- Le président soudanais Omar el-Béchir a entamé lundi une visite
surprise en Erythrée, sa première visite à l'étranger depuis que la Cour
pénale internationale (CPI) a émis un mandat d'arrêt contre lui début
mars.
Pour les responsables soudanais, ce déplacement à
l'étranger a une grande importance, bien qu'elle n'ait duré que quelques
heures, compte tenu des risques importants que court le président
soudanais en quittant son pays après la délivrance du mandat d'arrêt
de la CPI.
Cette visite a montré que l'inculpation de la CPI ne
saurait empêcher le président soudanais à exercer ses devoirs
constitutionnels de chef d'Etat et à voyager à l'intérieur ou à
l'extérieur de son pays, ont noté des responsables soudanais.
Kamal Obeid, ministre d'Etat au ministère soudanais
de l'Information, a réitéré à la presse à l'aéroport de Khartoum
après le retour de l'avion du président soudanais au terme de sa
visite en Erythrée : "nous ne reconnaissons pas la CPI et, par
conséquent, nous ne saurions reconnaître les conséquences de
toute décision de sa part".
Il a démenti que la visite de M. el-Béchir en
Erythrée était "inattendue et secrète".
"Bien entendu, cette visite n'est pas inattendue car
elle a fait suite à une invitation du président érythréen, et n'était
pas secrète car l'avion du président ne pouvait pas décoller de
l'aroport de Khartoum et s'envoler vers l'autre aéroport sans en
informer les parties concernées", a noté le responsable soudanais.
"Cette visite était parfaitement prévue dans le
programme du président de la République soudanaise", a-t-il ajouté.
Mahjoub Fadel, conseiller de presse du président
soudanais, a indiqué que la visite a démontré que les institutions
étatiques soudanaises peuvent assurer les visites du président, et que le
président peut agir constitutionnellement comme d'habitude.
Il a décrit la visite de M. el-Béchir en Erythrée
comme "une clé pour la formation d'un large front visant à contrebalancer
les organisations occidentales qui sont devenues une épée au-dessus
du cou de l'Afrique".
Lors d'une conférence de presse tenue avec son
homologue érythréen à la fin des entretiens à Asmara, capitale
érythréenne, M. el-Béchir a déclaré que le mandat d'arrêt de la CPI
n'avait aucun impact sur ses déplacements à l'intérieur ou à l'extérieur
de son pays, a rapporté l'agence de presse SUNA.
"Les décisions de la CPI n'affecteront pas nos
déplacements à l'intérieur ou à l'extérieur du Soudan et ces décisions ne
demeureront que de l'encre sur du papier", a déclaré M. el-Béshir.
Le président soudanais a fait savoir que sa visite
fait suite à l'invitation du président Afewerki qui tenait à manifester
son soutien à l'égard du Soudan.
Selon SUNA, le président érythréen Afewerki a
réitéré la condamnation de son gouvernement concernant le mandat d'arrêt
de la CPI, qualifiant la décision de la cour de campagne politique
visant à nuire à la sécurité et la stabilité du Soudan et à
compliquer la question du Darfour.
"Nos problèmes sur le continent africain nous sont
imposés de l'extérieur", a souligné le président érythréen, soulignant la
capacité des dirigeants africains à surmonter ces problèmes.
Des observateurs locaux ont indiqué que la visite
surprise du président soudanais en Erythrée vise à envoyer un message à la
communauté internationale montrant que le mandat d'arrêt de la CPI ne
saurait limiter les activités du président el-Béchir à l'extérieur de son
pays.
Ces deux derniers jours, des manifestations ont eu
lieu à Khartoum pour demander à M. el-Béchir d'annuler ses voyages à
l'étranger, y compris son déplacement prévu au sommet annuel de
la Ligue arabe à Doha (Qatar) fin mars.
Les autorités soudanaises ont indiqué que la
décision finale sur la présence du président el-Béchir au sommet de Doha
n'a pas encore été prise.