Par Raphaël Mvogo
YAOUNDE, 23 mars (Xinhua) -- Pour la première fois,
un centre de recherche sur le paludisme ouvrira ses portes bientôt au
Cameroun.
"Selon l'accord signé avec le gouvernement
camerounais, c'est l'Hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé qui va abriter
cette structure qui est un don du gouvernement chinois", a déclaré un
responsable du Bureau du conseiller économique et commercial de
l'ambassade de Chine dans la capitale camerounaise, Shen Yi,
interrogé par Xinhua.
"C'est la première fois que la République populaire
de Chine intervient dans un centre de recherche sur le paludisme en
Afrique. Avant, elle avait l'habitude d'envoyer des équipes médicales dans
les pays africains, par exemple celles déployées à l'Hôpital
gynéco-obstétrique de Yaoundé, à l'hôpital de Mbalmayo et à
l'hôpital de Guider", a expliqué M. Shen.
Le projet est évalué à 3 millions de yuans, soit
près de 200 millions de francs CFA, et sa mise en place prévoit une
période trois ans. Le financement comporte un don en médicaments et en
équipements.
"Chaque année, il va envoyer une mission d'experts
pour travailler sur le terrain pendant environ quarante-cinq jours.
Mais la gestion du centre sera mixte: il y aura une équipe technique
chinoise et une équipe camerounaise", a indiqué M. Shen.
Dans le cadre de la cérémonie d'ouverture annoncée
dans les prochains jours, il est fait état de l'arrivée de quatre experts
chinois pour un séjour de cinquante jours prévoyant des visites dans
deux des localités les plus touchées par le paludisme au Cameroun.
"Le climat en Chine, notamment dans les provinces du
sud, est identique à celui des pays d'Afrique subsaharienne. Le paludisme
y sévissait avant. Maintenant, ce n'est plus le cas. Le gouvernement a
beaucoup investi dans la recherche scientifique. On a pu mettre au point
un traitement très efficace contre cette maladie. Le gouvernement entend
faire bénéficier les résultats de cette recherche aux pays africains
amis", a soutenu M. Shen.
"Le paludisme est un grand problème de santé. Il
cause beaucoup de morts. Le gouvernement chinois a décidé d'octroyer des
centres de recherche à quatorze pays africains", a-t-il poursuivi.
Le Cameroun est justement présenté comme l'un des
pays durement affectés par cette maladie. D'après le ministère de la Santé
publique, "il constitue la première cause de morbidité dans le
pays".
Il existe un Programme national de lutte contre le
paludisme, dont une enquête réalisée en 2004 avait révélé un taux de 40,1%
de morbidité chez la population générale.
"Avec un taux brut de mortalité infantile de 74% (0
à 1 an) et infanto-juvénile (0 à 5 ans) de 144%, ainsi que le taux de
mortalité maternelle de 669 pour 100.000 naissances vivantes, les
enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes représentent
les groupes les plus vulnérables", avait souligné cette étude.
"Les enfants de moins de 5 ans (17%) et les femmes
enceintes (5% ) représentent un total de 22% de la population totale avec
les risques de morbidité et mortalité les plus élevés",
concluait-elle.
Au cours de la grossesse, informent les
spécialistes, le paludisme est cause des avortements, des accouchements
prématurés, de la mort-inutéro, de la mortinatalité, du faible poids de
naissance ainsi que de l'anémie du nouveau-né. Le Programme national
de lutte contre le paludisme précise que "les femmes enceintes présentent
une diminution de l'immunité qui les rend plus susceptibles" à cette
maladie.
Le gouvernement camerounais met notamment en oeuvre
un plan stratégique national de lutte contre le paludisme, conduit par le
Programme national de lutte contre le paludisme. En conformité avec
les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) fixés par les
Nations Unies, cette stratégie prévoit de " réduire de 50% la morbidité et
la mortalité liées au paludisme, en particulier dans les populations à
risque d'ici 2010".
En dehors du Fonds mondial de lutte contre le sida,
la tuberculose et le paludisme, et de l'Organisation mondiale de la
santé (OMS), des pays étrangers tels que la Chine figurent parmi les
partenaires du pays dans son combat contre cette endémie.
"La Chine fait beaucoup pour le Cameroun, surtout
dans ce domaine de la lutte contre le paludisme. Chaque année, il y a au
moins deux médecins camerounais qui se rendent en Chine pour un
cours sur le paludisme, d'une durée d'un mois. En 2008 par
exemple, le directeur de la lutte contre la maladie (au ministère de la
Santé publique) et une de mes collaboratrices ont participé à cette
session de formation", a déclaré à Xinhua le secrétaire permanent du
Programme national de lutte contre le paludisme, le Dr Prosper Ndong à
Bessong.
"C'est une coopération qui dure depuis longtemps.
Avec ce centre de recherche qui se met en place, nous espérons qu'il y
aura encore plus de formations", a-t-il ajouté.
Dans ce pays d'Afrique centrale, il est fait état de
plusieurs souches du virus du paludisme et des résistances aux
traitements.
"Le moustique et le parasite s'adapte en
fonction du médicament. C'est ainsi qu'on a découvert que la
chloroquine n'agissait plus sur le plasmodium. C'est pourquoi la recherche
est importante", fait observer le Dr Ndong à Bessong.