JERUSALEM, 4 février (Xinhua) --
En dépit de la baisse de la récente confrontation avec l'armée israélienne
dans la bande de Gaza, le Hamas ne semble plus rechercher la
reconciliation avec son rival, le Fatah, laissant la nation palestinienne
divisée et toutes les chances pour les négociations de paix
israélo- palestiniennes incertaines.
Le Hamas a fermement rejeté la proposition d'une
réconciliation nationale sous l'égide de l'Organisation de libération de la
Palestine (OLP), faite par le président de l'Autorité palestinienne
Mahmoud Abbas, et a accusé Abbas de se ranger du côté d'Israël au cours
des 22 jours de l'opération israélienne " Plomb durci".
"Abbas et ses partisans s'attendaient à la ruine du
Hamas et de sa résistance pour rentrer à Gaza sur les chars israéliens
après la fuite de la plupart d'entre eux dans leur sous-vêtement en
juin 2007", a déclaré un haut responsable politique du Hamas Mohamed
Nazzal.
Ziad Abu Amr, analyste politique palestinien et
ancien ministre des Affaires étrangères au sein de l'Autorité
palestinienne, a indiqué à Xinhua: "Je ne vois aucun signe de
rapprochement immédiat entre le Fatah et le Hamas (...) mais la
possibilité pour le futur reste ouverte".
Il a souligné que la division actuelle entre les
Palestiniens n'était pas tenable sur le long terme pour le Hamas, étant
donné que Gaza reste coupé du monde et la seule façon de mettre un
terme au siège serait de mener des négociations par un front
palestinien uni.
"La position palestinienne dans toute négociation
dépendra du dégré d'unité qu'ils ont réussi à accomplir", a-t-il
estimé.
Quoique l'OLP ait eu à représenter les intérêts du
peuple depuis 1964, des mouvements islamistes créés plus tard, tels que
le Hamas et le Jihad islamique, n'en ont jamais fait partie malgré un
accord en 2005 pour leur inclusion.
L'OLP, qui a officiellement reconnu l'Etat hébreu
dans les Accords d'Oslo, reste l'unique représentant légitime du peuple
palestinien sur le plan international, y compris ceux qui sont dans
les camps de réfugiés au Liban, en Jordanie et en Syrie.
Néanmoins, le soutien populaire dont bénéficie le
Hamas à la fois à Gaza et en Cisjordanie limite, sur le plan pratique, le
pouvoir de négociation de l'OLP.
A la suite de la défaite infligée aux forces du
Fatah par le Hamas et la prise subséquente de Gaza en juin 2007, les
relations entre le Hamas et le Fatah se sont rapidement détériorées.
Pendant que le Fatah a bénéficié du soutien et de la
reconnaissance de l'Occident, le Hamas est devenu de plus en plus
isolé.
"Je pense que les chances d'une réconciliation entre
le Fatah et le Hamas pour travailler ensemble comme un gouvernement
d'union nationale sous l'égide de l'OLP sont maintenant plus faibles
qu'avant la guerre qui a mené à l'exil du Fatah de Gaza", a indiqué
à Xinhua Ghassan Khatib, vice-président de l'Université de Birzeit proche
de Ramallah.
"Même s'il y avait une nouvelle élection qui
demanderait d'abord un accord et les deux parties ne sont pas dans une
position de s'entendre même sur une élection", a-t-il ajouté.
Quoique l'opération "Plomb durci" d'Israël aurait,
du point de vue des services de renseignements israéliens, asséné presque
un coup fatal à la puissance militaire du Hamas, le mouvement
islamiste reste néanmoins renforcé par un soutien populaire
croissant.
"Le Hamas est devenu plus fort politiquement en
raison des nombreux dégâts subis au cours de sa résistance à l'armée
israélienne", a affirmé Khatib.
Il a noté que le sondage qui sera rendu public jeudi
pourra montrer un changement dans le soutien au Hamas.
"La hausse de la popularité part du fait qu'il y a
eu une énorme sympathie publique de la part des Palestiniens en
Cisjordanie et à l'étranger. Quiconque est attaqué par Israël,
l'ennemi, deviendra populaire et plus fort", a-t-il estimé, et
d'ajouter: "Plus n'importe quel groupe est attaqué par Israël, plus
ce groupe devient crédible aux yeux du peuple palestinien".
Khatib a relevé qu'il était crucial à ce qui est
qualifié de victoire par le Hamas de montrer qu'il ne s'est pas rendu en
continuant de lancer tout type de missiles qu'il détient encore même
après avoir accepté un cessez-le-feu le 18 janvier, afin de garantir qu'il
garde sa crédibilité et sa réputation d'un véritable groupe qui combat
pour la liberté.
Toutefois, Abbas a dénoncé fermement le Hamas pour
avoir rompu le cessez-le-feu de six mois avec Israël en décembre, estimant
que les roquettes qu'il a tiré sur le sud d'Israël ont provoqué sa
réponse militaire à Gaza.
"Le Hamas joue avec le futur du peuple, ils jouent
avec le sang du peuple, le destin du peuple et le rève du peuple. Pourquoi?
A cause des agendas qui ne sont pas palestiniens", a déclaré Abbas,
soulignant que le Hamas sert les intérêts iraniens et syriens.
Dans une attaque au dirigeant du Hamas exilé, Khaled
Mechaal qui vit à Damas, Abbas a indiqué qu'il était irresponsable pour
les leaders palestiniens de promouvoir le conflit alors qu'ils sont
en sécurité avec leurs familles.
"La direction par l'envoi des messages à partir des
lieux sécurisés, pour jeter le peuple dans la perdition alors que vous
êtes en sécurité et vos familles sont installées et à l'abri, ce
n'est pas responsable", a déclaré Abbas.
Quoique l'estime du président palestinien reste
largement non ternie à l'étranger, sa popularité dans les territoires
palestiniens a dégringolé en raison entre autres de l'échec du
processus politique qu'il a engagé avec les discussions de paix
d'Annapolis.
"Le Hamas existe en Cisjordanie et y avait aussi
réellement remporté les élections législatives de janvier 2006. En fait,
il pourrait être plus fort actuellement en Cisjordanie qu'à Gaza", a
indiqué Khatib.
Il a néanmoins exclu les chances du Hamas de
s'emparer militairement de la Cisjordanie eu égard à la présence de
l'armée israélienne à travers la région.
Khatib a noté que les conditions d'un équilibre
actuel du pouvoir pourraient rester en place, avec le Hamas contrôlant
Gaza et une continuité d'un gouvernement soutenu par le Fatah en
Cisjordanie.
"D'après ce que je vois, Israël est très à l'aise
avec l'arrangement actuel. Dans l'esprit du leadership israélien, le
futur de la Cisjordanie est différent de celui de Gaza", a-t-il
affirmé.