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Bilan 2008 : La crise financière ne fait pas moins de dégâts en  Afrique
  2008-12-15 17:55:46  

  Par Tai Beiping  

     NAIROBI, 15 décembre (Xinhua) -- Alors que le tsunami  financier frappe le monde entier, certains observateurs optimistes affirment que l'Afrique, peu liée aux économies occidentales et  faiblement exposée aux risques financiers, ne subira qu'un impact  limité.  

     Les optimistes ont peut-être des arguments, mais les  consommateurs et investisseurs à Nairobi ont, eux, déjà ressenti  le choc, et la Banque africaine de développement a révisé le taux  de croissance de l'économie africaine de 6,5% à moins de 5% pour  l'année 2008. 

      

     REDUCTION DE L'AFFLUX DES CAPITAUX 

     Beaucoup de pays africains comptent considérablement sur des  aides et des investissements étrangers. Les pays riches,  actuellement refroidis par leurs problèmes domestiques, sont  devenus peu enthousiastes à l'idée d'accorder des donations et  des prêts. 

     Le Kenya a signé avec l'Union européenne (UE) un accord  budgétaire de 400 millions d'euros en décembre dernier. Cependant, le dirigeant de la délégation de l'UE, Eric Van Der Linden, a  indiqué récemment que le Kenya devrait sastisfaire à une série de  conditions avant de recevoir le montant de l'aide. 

     Parallèlement, un contrôle plus strict des portefeuilles a  également obligé de nombreux Occidentaux à annuler leurs safaris  africains planifiés. Cela nuira à l'industrie du tourisme, un  moteur économique important des pays africains. 

     A cause de la baisse de fréquentation touristique, les îles du  Cap-Vert, situées au large des côtes occidentales de l'Afrique,  ont connu un brusque déclin économique, le taux de croissance de  l'économie tombant par exemple de 10,8% en 2006 à environ 7%  cette année. 

     Quand il est de plus en plus difficile de retrouver un emploi  dans les pays industrialisés, les Africains travaillant à  l'étranger envoient moins de revenus chez eux, ce qui fait  retomber leurs familles dans la pauvreté. 

     Pour certains Africains, la crise financière ne concerne pas  seulement l'argent, mais également leur espoir d'un avenir  meilleur par la voie de l'enseignement. 

     Des millions d'enfants à l'échelle mondiale, dont une partie  importante vit en Afrique, seraient obligés de quitter l'école si  des donateurs ne tenaient pas leurs promesses dans les temps, ont  averti récemment les Nations Unies. 

      

     LA VIE INSOUTENABLE POUR LES PAUVRES 

     La pauvreté est une maladie chronique pour de nombreux pays  africains. Les troubles financiers mondiaux qui ont provoqué la  dépréciation des monnaies locales face au dollar, ont rendue la  vie des Africains pauvres encore plus difficile . 

     Au Kenya, un dollar vaut désormais environ 80 shillings, contre 62 shillings au début de cette année. Cela est presque  insoutenable pour les pauvres. Dans la majorité des supermarchés  au Kenya, un paquet de farine de maïs de deux kilos vaut  actuellement 120 shillings, soit le revenu de 40% de la population du pays pour un jour de travail. 

     La dépréciation des monnaies locales est évidente également  dans les pays tels que la Côte d'Ivoire, le Nigeria et l'île  Maurice. 

     Par ailleurs, les principaux indices de la bourse de Nairobi  ont chuté de plus de 30% entre juin et fin octobre, alors que de  plus en plus d'investisseurs étrangers se retirent du marché  local. 

     Comment vont les pays riches du continent ? L'Afrique du Sud,  la plus importante économie de la région, a connu une croissance  de 0,2% au troisième semestre, contre 5,1% sur la même période de  l'année dernière. 

     Le pays a révisé également la prévision de croissance de cette  année de 4,0% à 3,7%, après quatre années consécutives d'expansion économique à 5,0% par année. 

      

     TRISTESSE HORS LES FRONTIERES FINANCIERES 

     En cette époque de globalisation économique, l'Afrique ne peut  se protéger des effets du séisme financier en provenance des  Etats-Unis. La population africaine ne souffre pas moins que celle des pays développés, et la seule différence est qu'elle souffre  d'une tristesse qui dépasse celle provoquée par la crise  financière. 

     Le déclin économique mondial n'aurait pas pu frapper l'Afrique  "à un pire moment", le continent luttant déjà contre la pénurie et les crises humanitaires, selon le chef de la Banque africaine de  développement, Donald Kaberuka. 

     "Ces 24 derniers mois, l'Afrique a été secouée par des crises  successives, alors que le monde a été affecté par une crise  financière ces douze derniers mois", a-t-il indiqué lors du  sixième forum annuel sur le développement africain à Addis Abeba  début décembre. 

     Quand le monde développé guérit ses économies, l'Afrique a,  elle, plus de blessures à panser, telles que les conflits armés en République démocratique du Congo, les pirates en Somalie, ainsi  que les dizaines de millions de personnes qui font face à la  pénurie et au danger des épidémies mortelles.