WUHAN, 1er décembre (Xinhua) -- Les gouvernements
locaux se lancent dans la recherche de nouveaux investissements, alors que
la politique macro-économique du gouvernement central est passé
du désir de freiner l'inflation à la volonté d'éviter un
ralentissement de la croissance.
Selon le plan de relance économique, annoncé début
novembre par le gouvernement central chinois, près de 4 000 milliards de
yuans ( 585,9 milliards de dollars, soit l'équivalent de 78% des
revenus fiscaux de la Chine en 2007) sera investi au cours des deux
prochaines années pour stimuler la demande interne et améliorer les
conditions de vie des Chinois.
"Ce plan prévoit un important investissement, mais
il n'est pas facile d'assurer un partage équitable de ce grand cadeau.
Seuls ceux qui ont élaboré de bons projets seront bien placés
pour obtenir un financement", a indiqué Qiu Yunyang, directeur chargé
de la Commission municipal pour le développement et la réforme de
Zaoyang, dans la province du Hubei (centre).
"Les projets financés par l'Etat ne rapporteront pas
de profits à court-terme, mais ils assureront à long-terme un
bien-être social et un meilleur environnement propices aux
investissements", a souligné ce directeur.
Début 2009, les travaux d'un très important gazoduc,
d'un financement de 93 milliards de yuans (13,6 milliards de dollars),
doivent être lancés à Zaoyang. Une fois achevé en 2011, ce
gazoduc sera utilisé pour transporter du gaz de la région autonome Hui du
Ningxia (nord-ouest) à Hong Kong (sud).
A l'instar du Hubei, plusieurs provinces ont annoncé
leurs plans d'investissements. La province du Yunnan (sud-ouest)
prévoit de décaisser 3 000 milliards de yuans (439,4 milliards de
dollars) pour les domaines de l'énergie et des transports.
Le Guangdong (sud) envisage d'investir 2 300
milliards (336,9 milliards de dollars) de yuans d'ici cinq ans dans
l'amélioration du réseau de transports, alors que Beijing prévoit
d'injecter 120 à 150 milliards de yuans (17,6 à 21,9 milliards de dollars)
d'ici deux ans dans les secteurs des transports et du chauffage.
Depuis septembre, des signes trahissent l'arrivée en
Chine des effets de la crise financière mondiale. Parmi eux figurent la
baisse de la demande d'électricité, celle des ventes de la
sidérurgie et celle de l'activité dans le secteur immobilier.
L'économie chinoise risque de connaître "un
ralentissement sans précédent", et le taux de croissance pourrait tomber
sous le seuil de 8%, a averti l'économiste Fan Gang, membre de la
commission de politique monétaire de la banque populaire de Chine
(banque centrale).
Comme la stimulation de la consommation intérieure
est un long processus, le gouvernement chinois a recouru au soutien à
l'investissement, outil qu'il avait déjà utilisé en 1997 pour lutter
efficacement contre la crise financière asiatique.
Restriction et contrôle
Le gouvernement central a déjà approuvé 100
milliards de yuans (14,6 milliards de dollars) d'investissements pour le
quatrième trimestre de 2008. Dans ce panier, 20 milliards (2,9 milliards
de dollars) sont déjà réservés à des projets finalisés, il ne reste
que 80 milliards de yuans (11,7 milliards de dollars) sur la table à
partager entre les provinces, indique un rapport publié par la commission
provinciale pour le Développement et la Réforme de l'Anhui (est).
"Nous (gouvernements locaux) n'aurons pas le droit
de toucher au fonds de financement. Les sommes seront directement versées
aux investisseurs. Notre rôle consiste à créer des emplois, à
stimuler la consommation et à collecter davantage de revenus fiscaux", a
souligné Qiu Yunyang, responsable de la ville de Zaoyang.
La Commission d'Etat pour le Développement et la
Réforme qui coordonne le développement économique de la Chine, favorise
les " projets déjà en cours et qui nécesssitent un fort apport en
capital , et les nouveaux projets capables de renforcer le dynamisme
de la croissance économique".
Selon des responsables locaux, 60% des
investissements de l'Etat seront réservés aux infrastructures et à
l'immobilier, le reste étant destiné au secteur industriel affecté par la
crise financière.
"Ces mesures vont dans la bonne direction. Mais il
est nécessaire d'être vigilant sur les investissements précipités. La
tâche de la restructuration ne doit pas être ignorée, sinon nous
devrons payer cher pour les investissements excessifs", souligne
Xiao Bai, directeur général de la compagnie d'ingénierie et de
recherche WISDRI, basée à Wuhan.
En vertu des règles actuelles, chaque projet doit
être conforme à la réglementation de la protection environnementale,
et respecter les plans d'utilisation de terre et de capitaux. Chaque
projet fera l'objet d'une étude de la faisabilité.
Les projets grands consommateurs de ressources et
susceptibles de polluer l'environnement ont peu de chance de passer le
strict examen que va leur faire subir le gouvernement central, commente
Qiu Yunyang.
Le contrôle des crédits constitue l'autre moyen de
prévenir les investissements aveugles, relève le superviseur bancaire de
la ville de Xiantao (du Hubei), Guo Kunming. Toutes les institutions
bancaires doivent soumettre leurs nouveaux prêts aux contrôleurs,
a-t-il dit.
Selon Zhang Ping, ministre chargé de la
Commission d'Etat pour le Développement et la Réforme, le gouvernement central
va mettre l'accent sur la responsabilité des financiers participant à
la mise en oeuvre des projets et dans toutes les phases de
l'opération: examen des dossiers, exécution, et contrôle.