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Cameroun : que cache la nouvelle attaque rebelle à Bakassi ? (PAPIER D'ANGLE)
  2008-10-22 08:08:36  

      YAOUNDE, 21 octobre (Xinhua) -- Plus de deux mois après le  transfert d'autorité définitif de la péninsule de Bakassi au  Cameroun par le voisin nigérian, les autorités camerounaises  dénoncent une nouvelle attaque dans cette zone menée par un groupe armé non identifié. 

     "Dans la matinée du samedi 18 octobre 2008 vers 11h30, aux  environs de Jabane dans la presqu'île de Bakassi, un chalutier a  été attaqué par deux flying boats pirates dans les eaux  territoriales camerounaises", a souligné dans un communiqué le  lieutenant-colonel Moïse Adeck, chef de la division de la  communication du ministère camerounais de la Défense. 

     "Nos forces stationnées au groupement opérationnel sud à Jabane ont réagi en prenant en chasse les assaillants", a ajouté le  responsable militaire camerounais, faisant état "d'une embarcation coulée du côté des assaillants" et "aucune perte humaine ou  matérielle" côté camerounais. 

     Dimanche, une organisation dite rebelle et dénommée "Bakassi  Freedom Fighters", qui affirme se battre pour l'émancipation de la péninsule, a revendiqué cette attaque. "C'est nous qui avons  attaqué le chalutier. Nous voulions prendre le poisson quand les  militaires camerounais nous ont attaqués", a déclaré le commandant Ebi Dari, porte-parole de ce mouvement, cité par Radio France  Internationale (RFI). 

     Cette nouvelle attaque suscite des inquiétudes au sein de  l'opinion camerounaise, qui s'interroge sur cette résurgence  d'insécurité à Bakassi après les cérémonies du 14 août 2008  marquant la fin du litige frontalier entre le Cameroun et le  Nigeria, conformément à l'Accord de Greentree du 12 juin 2006 sur  la mise oeuvre de l'Arrêt du 10 octobre 2002 de la Cour  Internationale de Justice (CIJ), basée à La Haye aux Pays-Bas.  

     "Ces attaques à répétition donnent raison à ceux qui  affirmaient, quand le Cameroun a totalement recouvré sa  souveraineté sur Bakassi à travers la cérémonie du 14 août dernier à Calabar, que le plus dur maintenant, c'est la sécurisation des  frontières", a souligné le quotidien indépendant Le Messager dans  son édition de lundi 20 octobre 2008. 

     Ce journal qui paraît à Douala, la métropole économique  camerounaise, estime que "quoi qu'il en soit, l'équation de la  paix est très loin d'être résolue".  

     Le 27 juin 2008, face aux députés de l'Assemblée nationale à  Yaoundé, la capitale, Remy Ze Meka, ministre camerounais délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, avait  effectivement laissé entendre que les forces de défense et de  sécurité étaient désormais confrontés à Bakassi à "un conflit de  type nouveau avec un ennemi invisible". 

     Il faisait allusion à l'émergence de "nouveaux phénomènes" tels que la pêche illicite, les trafics de drogue, la piraterie  maritime et les prises d'otages menés par des bandes armées fuyant les forces de l'ordre nigérians et qui ont fait de Bakassi leur  base arrière. Selon M. Ze Meka, il s'agit de "personnes attirées  par les richesses de la zone".  

     Chef du Centre de recherche et d'études politiques et  stratégiques de l'Université de Yaoundé II, le professeur Joseph  Vincent Ntuda Ebodé, politologue, rappelle en effet qu'"une étude  de la Banque mondiale de 2003 indique que cette zone renfermerait  10% de réserves mondiales de pétrole de très bonne qualité". 

     "Si ces statistiques s'avéraient fondées, cela signifierait  d'abord qu'au stade actuel l'Afrique et le golfe de Guinée  renfermeraient plus de pétrole que le Moyen-Orient. Mais, cela  signifierait aussi que cette zone deviendrait comme le Moyen- Orient une zone sous haute tension", commente-t-il. 

     D'une superficie de 1.000 km2, la péninsule de Bakassi est  également déclarée riche en ressources halieutiques. Elle a été  envahie par le Nigeria en décembre 1993. Le 14 août 2006, le  Cameroun a recouvré à 80% sa souveraineté sur ce territoire.  

     Mais à l'approche du transfert d'autorité sur les 20% restants  le 14 août 2008, des attaques des groupes armés se sont  multipliées.  

     Par exemple, le 9 juin, le sous-préfet d'une unités  administratives de la presqu'île et cinq soldats camerounais dont  un officier supérieur avaient été enlevés. Leurs corps avaient été retrouvés quelques jours plus tard dans la mangrove. 

     Le 12 juillet, trois autres militaires camerounais avaient  également été tués à la suite d'une opération menée par des hommes non identifiés contre un poste de l'armée camerounaise.  

     Une douzaine de jours plus tard, une autre attaque, attribuée à "une bande armée sans attributs militaires apparents, navigant  dans trois embarcations motorisées", avait fait douze morts, dont  deux soldats camerounais et dix assaillants. 

     Dans un communiqué publié le 12 juin, le chef d'état-major des  Armées camerounaises, le général de division René Claude Meka,  avait estimé que ce sont des opérations "qui relèvent du  terrorisme international" et "deviennent de plus en plus  récurrentes dans plusieurs espaces maritimes africains, notamment  au large de la Somalie et dans le Golfe de Guinée". 

     Mais le même jour, un groupe rebelle nigérian appelé Niger  Delta Defence and Security Council (conseil de sécurité et de  défense du delta du Niger) avait adressé une lettre aux autorités  camerounaises dans laquelle il revendiquait l'attaque qui avait  coûté la vie à 21 éléments de l'opération Delta de l'armée  camerounaise en novembre 2007. 

     Cette organisation expliquait son action par le fait qu'elle  n'avait pas été consultée lors des négociations entre le Cameroun  et le Nigeria en vue de l'application de l'Arrêt de la CIJ. 

     Pour sa part, Bakassi Freedom Fighters annonce qu'il va  multiplier les attaques si le gouvernement camerounais n'accepte  pas de négocier avec ses membres sur le sort des populations de la presqu'île. 

     Depuis l'époque de la guerre avec le Nigeria, suite à  l'occupation de Bakassi par ce dernier, les forces  gouvernementales camerounaises déploient un dispositif  opérationnel connu sous le nom d'opération Delta. En marge de la  mise en oeuvre du programme de développement de la zone élaboré  par le gouvernement, des unités de gendarmerie et de police  viennent également d'être créées. 

     A la suite de la quatrième session de la Commission mixte tenue du 9 au 11 octobre 2008 à Yaoundé, les gouvernements camerounais  et nigérian ont publié une déclaration dans laquelle ils ont  annoncé leur volonté de coopérer dans le cadre de la sécurité à  leur frontière commune.  

     "Le fait que les Occidentaux soient en train de fuir pour ainsi dire le Moyen-Orient et que les ressources du golfe de Guinée  soient à la fois de bonne qualité et proches de l'Occident peut  encourager des politiques de coopération en matière de sécurité  susceptibles de renforcer la nature paisible de la presqu'île  plutôt que de détonner son caractère explosif", soutient le  professeur Ntuda Ebodé.