BAMAKO, 20 octobre (Xinhua) -- L'an 2008 sera
inscrit en lettres d'Or dans les annales du processus de développement de
la Chine. Auréolée par ses incontestables succès tous azimuts, la
Chine a également dû relever des défis d'ordre naturel et humain.
C'est dans ce contexte que l'Agence de presse Xinhua (Chine
Nouvelle) a approché le plus "Chinois" de tous les Maliens,
l'éminent écrivain, docteur Seydou Badian Kouyaté pour faire la
genèse du modèle chinois.
A 83 ans, ce pionnier de l'indépendance du Mali fut
entre 1960 à 1968 respectivement ministre du Plan, du Développement, de
l'Industrie et puis ministre de l'Agriculture, de la première
République. Celui qui a effectué cette année son 34e voyage en
Chine, revisite le parcours de la Chine et ses rapports de
fraternité avec le Mali.
Réputé "Monument de la littérature africaine",
Seydou Badian Kouyaté a publié de nombreuses oeuvres dont "Sous l'orage",
"La mort de Chaca", manuels d'enseignement aux écoles africaines et
sujets d'études aux académies étrangères.
Xinhua : Que vous inspire la Chine d'aujourd'hui
?
Seydou Badian Kouyaté : Un grand pays ami du Mali
qui dispose d'assez de volonté, de courage et d'opiniatreté pour réaliser
ses ambitions. La Chine est aujourd'hui le reflet d'une volonté
politique de ses différents dirigeants à faire toujours
davantage. Elle est toujours présente pour soutenir les efforts des pays en
voie de développement, particulièrement le Mali. J'ai vu d'abord une
Chine qui avait très peu de moyens, lorsque je l'ai visitée à la tête
d'une importante délégation malienne, pour la première fois en septembre
1962. Il y avait le rationnement à l'époque comme modèle de départ pour la
construction de la société. Les délégations étrangères étaient
généralement conduites dans les magasins de l'Amitié.
Je dois reconnaître que la coopération chinoise a
beaucoup apporté à notre pays au début de notre indépendance. Les
premières usines maliennes notamment celles du textile, les sucreries, la
tannerie, l'usine de cigarette, les rizeries dans la zone office du
Niger sont l'oeuvre de la Chine. Il y a aussi la coopération militaire
très exaltante que je ne compte pas beaucoup en parler. Sur le plan de la
coopération technique, il faut aussi noter l'apport des médecins chinois
et la création d'une usine pharmaceutique.
Xinhua : Quel est le secret de l'émergence
extraordinaire de la Chine ?
Seydou Badian Kouyaté : C'est le fruit du travail,
de la discipline et surtout d'une bonne politique de développement des
dirigeants chinois. Le Président Mao Zedong a libéré la Chine du
joug de l'impérialisme. Deng Xiapiong a réalisé l'ouverture au monde
entier tout en maintenant la rigueur, la discipline et le culte du travail
bien fait. Le parti est resté unique, mais l'économie s'est ouverte à la
concurrence et à la coopération internationale. C'est un exemple que
l'Afrique aurait pu imiter, mais le complexe des décideurs africains
devant l'Occident, a fait que nous avions imité nos anciens maîtres et nous
pataugeons aujourd'hui dans la pauvreté.
Le modèle chinois est un cas d'école. Vous voyez que
le capitalisme qu'on disait triomphant il y quelques années, ne
l'est plus. Le nouvel ordre économique mondial fait que les pays
capitalistes sont amenés maintenant à renationaliser les banques.
Tant que les Africains continueront à suivre l'Occident, ils n'iront
nulle part. Ils seront toujours à la traîne et dépendants de ces pays qui
n'ont aucun modèle à proposer encore.
Xinhua : Sur quoi est basée la coopération
Mali-Chine ?
Seydou Badian Kouyaté : C'est un rapport entre
gagnant-gagnant. Mais c'est le Mali qui gagne beaucoup plus dans cette
coopération. Le Président Mao Zedong a dit que si tous les amis de la Chine
resteront pauvres, la Chine ne sera pas libre dans sa conscience.
Elle se libérera totalement et davantage au fur et à mesure que ses
amis progresseront. C'était la doctrine de Mao et c'est ce qui motive
toujours l'amitié et le soutien de la Chine envers les pays en voie de
développement.
Xinhua : Pourtant on ne cesse pas de vilipender la
Chine dans le monde et même en Afrique. Quelles explications avez-vous
pour cela ?
Seydou Badian Kouyaté : C'est vrai qu'il y a des
opérateurs économiques chinois un peu partout à travers le monde. Si
beaucoup d'entre eux sont très corrects et sérieux, certains le sont
malheureusement moins. Et au moindre faux pas de ces derniers,
les Occidentaux s'en saisissent pour discréditer la Chine. Les
dirigeants chinois doivent faire attention à ce que chaque opérateur
chinois soit un exemple reflétant la vision et la philosophie de la Chine.
Que chaque Chinois à l'extérieur se comporte comme un ambassadeur et
garant de l'image de la Patrie chinoise. Les ressortissants des autres
pays de l'Occident font du n'importe quoi partout, mais il suffit qu'un
Chinois dérape pour que tous les médias occidentaux s'en fassent échos.
C'est parce que l'Occident est jaloux et a aussi peur de l'émergence de la
Chine.
Xinhua : Pensez-vous que le modèle chinois peut
faire école au Mali ?
Seydou Badian Kouyaté : Je ne sais pas. Nous avons
été très laxistes en Afrique. Et les Occidentaux ne permettront pas
d'ailleurs. La Chine est modeste, elle se doit de toujours marcher en
sa guise dans le monde. Elle n'a pas l'ambition d'une puissance mondiale,
bien qu'elle ait les moyens et la force. Les Chinois veulent progresser en
toute modestie, sur les deux jambes, par le travail et la rigueur. La
Chine se considère toujours comme un pays en déveveloppement, elle n'a pas
le complexe des grandes puissances. Elle veut toujours demeurer membre du
tiers monde.
L'avenir de la coopération entre le Mali et la Chine
dépendra du peuple malien et du courage politique des dirigeants et de
leur vision de l'avenir du Mali. Nous avons beaucoup à apprendre de la
Chine. Tant qu'on sera inféodé à l'Occident, la coopération avec la
Chine ne sera pas très efficace et très féconde. Il faut que le Mali se
libère mentalement pour comprendre que l'indépendance, c'est aussi la
possibilité de choisir ses partenaires et ses amis.