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"Le Mali et l'Afrique ont beaucoup à apprendre de la Chine", dit Seydou Badian Kouyaté (INTERVIEW)
  2008-10-21 09:05:11  

     BAMAKO, 20 octobre (Xinhua) -- L'an 2008 sera inscrit en  lettres d'Or dans les annales du processus de développement de la  Chine. Auréolée par ses incontestables succès tous azimuts, la  Chine a également dû relever des défis d'ordre naturel et humain.  C'est dans ce contexte que l'Agence de presse Xinhua (Chine  Nouvelle) a approché le plus "Chinois" de tous les Maliens,  l'éminent écrivain, docteur Seydou Badian Kouyaté pour faire la  genèse du modèle chinois. 

     A 83 ans, ce pionnier de l'indépendance du Mali fut entre 1960 à 1968 respectivement ministre du Plan, du Développement, de  l'Industrie et puis ministre de l'Agriculture, de la première  République. Celui qui a effectué cette année son 34e voyage en  Chine, revisite le parcours de la Chine et ses rapports de  fraternité avec le Mali. 

     Réputé "Monument de la littérature africaine", Seydou Badian  Kouyaté a publié de nombreuses oeuvres dont "Sous l'orage", "La  mort de Chaca", manuels d'enseignement aux écoles africaines et  sujets d'études aux académies étrangères.  

     Xinhua : Que vous inspire la Chine d'aujourd'hui ? 

     Seydou Badian Kouyaté : Un grand pays ami du Mali qui dispose  d'assez de volonté, de courage et d'opiniatreté pour réaliser ses  ambitions. La Chine est aujourd'hui le reflet d'une volonté  politique de ses différents dirigeants à faire toujours davantage. Elle est toujours présente pour soutenir les efforts des pays en  voie de développement, particulièrement le Mali. J'ai vu d'abord  une Chine qui avait très peu de moyens, lorsque je l'ai visitée à  la tête d'une importante délégation malienne, pour la première  fois en septembre 1962. Il y avait le rationnement à l'époque  comme modèle de départ pour la construction de la société. Les  délégations étrangères étaient généralement conduites dans les  magasins de l'Amitié.  

     Je dois reconnaître que la coopération chinoise a beaucoup  apporté à notre pays au début de notre indépendance. Les premières usines maliennes notamment celles du textile, les sucreries, la  tannerie, l'usine de cigarette, les rizeries dans la zone office  du Niger sont l'oeuvre de la Chine. Il y a aussi la coopération  militaire très exaltante que je ne compte pas beaucoup en parler.  Sur le plan de la coopération technique, il faut aussi noter  l'apport des médecins chinois et la création d'une usine  pharmaceutique.  

     Xinhua : Quel est le secret de l'émergence extraordinaire de la Chine ? 

     Seydou Badian Kouyaté : C'est le fruit du travail, de la  discipline et surtout d'une bonne politique de développement des  dirigeants chinois. Le Président Mao Zedong a libéré la Chine du  joug de l'impérialisme. Deng Xiapiong a réalisé l'ouverture au  monde entier tout en maintenant la rigueur, la discipline et le  culte du travail bien fait. Le parti est resté unique, mais  l'économie s'est ouverte à la concurrence et à la coopération  internationale. C'est un exemple que l'Afrique aurait pu imiter,  mais le complexe des décideurs africains devant l'Occident, a fait que nous avions imité nos anciens maîtres et nous pataugeons  aujourd'hui dans la pauvreté. 

     Le modèle chinois est un cas d'école. Vous voyez que le  capitalisme qu'on disait triomphant il y quelques années, ne l'est plus. Le nouvel ordre économique mondial fait que les pays  capitalistes sont amenés maintenant à renationaliser les banques.  Tant que les Africains continueront à suivre l'Occident, ils  n'iront nulle part. Ils seront toujours à la traîne et dépendants  de ces pays qui n'ont aucun modèle à proposer encore.  

     Xinhua : Sur quoi est basée la coopération Mali-Chine ? 

     Seydou Badian Kouyaté : C'est un rapport entre gagnant-gagnant. Mais c'est le Mali qui gagne beaucoup plus dans cette coopération. Le Président Mao Zedong a dit que si tous les amis de la Chine  resteront pauvres, la Chine ne sera pas libre dans sa conscience.  Elle se libérera totalement et davantage au fur et à mesure que  ses amis progresseront. C'était la doctrine de Mao et c'est ce qui motive toujours l'amitié et le soutien de la Chine envers les pays en voie de développement. 

      

     Xinhua : Pourtant on ne cesse pas de vilipender la Chine dans  le monde et même en Afrique. Quelles explications avez-vous pour  cela ? 

     Seydou Badian Kouyaté : C'est vrai qu'il y a des opérateurs  économiques chinois un peu partout à travers le monde. Si beaucoup d'entre eux sont très corrects et sérieux, certains le sont  malheureusement moins. Et au moindre faux pas de ces derniers, les Occidentaux s'en saisissent pour discréditer la Chine. Les  dirigeants chinois doivent faire attention à ce que chaque  opérateur chinois soit un exemple reflétant la vision et la  philosophie de la Chine. Que chaque Chinois à l'extérieur se  comporte comme un ambassadeur et garant de l'image de la Patrie  chinoise. Les ressortissants des autres pays de l'Occident font du n'importe quoi partout, mais il suffit qu'un Chinois dérape pour  que tous les médias occidentaux s'en fassent échos. C'est parce  que l'Occident est jaloux et a aussi peur de l'émergence de la  Chine.  

     Xinhua : Pensez-vous que le modèle chinois peut faire école au  Mali ? 

     Seydou Badian Kouyaté : Je ne sais pas. Nous avons été très  laxistes en Afrique. Et les Occidentaux ne permettront pas  d'ailleurs. La Chine est modeste, elle se doit de toujours marcher en sa guise dans le monde. Elle n'a pas l'ambition d'une puissance mondiale, bien qu'elle ait les moyens et la force. Les Chinois  veulent progresser en toute modestie, sur les deux jambes, par le  travail et la rigueur. La Chine se considère toujours comme un  pays en déveveloppement, elle n'a pas le complexe des grandes  puissances. Elle veut toujours demeurer membre du tiers monde.  

     L'avenir de la coopération entre le Mali et la Chine dépendra  du peuple malien et du courage politique des dirigeants et de leur vision de l'avenir du Mali. Nous avons beaucoup à apprendre de la  Chine. Tant qu'on sera inféodé à l'Occident, la coopération avec  la Chine ne sera pas très efficace et très féconde. Il faut que le Mali se libère mentalement pour comprendre que l'indépendance,  c'est aussi la possibilité de choisir ses partenaires et ses amis.