BERLIN, 9 (Xinhua) -- La Chine a connu de
considérables transformations depuis que le pays a adopté une politique de
réformes et d'ouverture il y a trente ans, a affirmé le sinologue
allemand Thomas Heberer, dans une interview écrite accordée à
Xinhua.
M. Heberer, qui vivait en Chine lors du lancement
des réforme et de l'ouverture, a indiqué que les transformations avaient
eu lieu juste sous ses yeux et méritaient qu'il passe sa vie à les
observer.
"La Chine est très complexe, en changement constant,
et réserve toujours de nouvelles surprises. Pour une entité si complexe
(économiquement, politiquement, socialement et culturellement), une
recherche s'étalant sur une vie entière ne suffit pas",
a-t-il remarqué.
Le sinologue et professeur des Politiques de l'Asie
de l'Est à l'université de Duisbourg-Essen s'est rendu pour la première
fois en Chine en 1975. Entre 1977 et 1981, il a travaillé à Beijing en
tant qu'éditeur et traducteur pour l'édition allemande de
l'hebdomadaire chinois Beijing Review.
Depuis lors, il passe environ deux ou trois mois en
Chine par an principalement pour mener des recherches dans différentes
régions du pays sur un éventail de sujets très large.
Ses études couvrent des thèmes tels que "Fonction de
l'économie individuelle pour le marché du travail et l'économie urbaine en
Chine", "L'urbanisation rurale et le changement social en Chine" et
"La participation, la légitimité et la sécurité sociale en Chine".
La Chine, dans les années 70, était un pays très
pauvre où il n'y avait presque rien à acheter. Beaucoup de denrées
essentielles quotidiennes étaient rationnées. Les rares magasins qui
existaient n'avaient pas non plus beaucoup à offrir. Même à Beijing, il y
avait peu de restaurants, et tous étaient fermés à 19H00.
"Les restaurants étaient souvent bondés et il y
avait presque toujours quelques personnes qui attendait derrière nos
chaises, nous enjoignant de manger plus vite pour qu'il puissent prendre
leur repas avant la fermeture", a rappelé le professeur.
Peu après l'application de la réforme rurale en
1979, l'approvisionnement en Chine s'est rapidement amélioré, a déclaré
M. Heberer, ajoutant que des marchés ruraux, où les légumes et
les fruits provenant d'autres parties du pays étaient en vente,
étaient apparus. Des artisans et des marchands ambulants ont
commencé à fournir des services.
Selon lui, la politique de réforme et de
modernisation n'a pas seulement développé l'économie, mais a également
enclenché un processus complet de changement social et politique.
Il a contesté l'affirmation récurrente selon
laquelle la Chine serait devenue un pays plus libéralisé et moderne
économiquement, mais pas politiquement.
"Ce point de vue ne néglige pas seulement le
changement intervenu dans la sphère politique et dans les structures et
institutions politiques, notamment le déclin de l'influence de
l'idéologie et le renforcement du système judiciaire , mais
également les discussions de plus en plus libres dans la société et
au sein du Parti", a indiqué M. Heberer.
Bien sûr il y a le revers de la médaille. Le savant
allemand a également cité de nombreux problèmes engendrés par la
transformation rapide de la Chine et qui sont d'énormes défis
pour les dirigeants de la Chine: le taux de chômage croissant,
conséquence des réformes économiques structurelles, un système
d'aide sociale qui reste insuffisant, la corruption, l'écart des
revenus qui se creuse entre les différentes classes sociales et
régions, la pollution de l'environnement...
En tant qu'expert de la Chine, M. Heberer croit que
les gens doivent voir la Chine de manière plus équilibrée. Dans un article
publié dans un journal allemand peu après les émeutes tibétaines,
plus tôt cette année, il a observé que l'image de la Chine en Europe
était une accumulation de préjugés, oscillant constamment entre la
démonisation et l'idéalisation du pays.
Durant les mois qui ont précédé les Jeux Olympiques
de Beijing, il a écrit pour contrer la diabolisation de la Chine, mais a
également essayé d'aider la population locale à comprendre mieux la
Chine.
"J'ai fait des efforts pour comprendre le plus
profondément possible la Chine, pas seulement pour des objectifs
académiques, mais également afin de pouvoir expliquer à d'autres
populations la complexité de la Chine", a-t-il déclaré.
"Quand je note que les médias et l'opinion
publique allemands ont incorrectement interprété le développement en Chine,
comme ces derniers mois, je me sens obligé d'essayer de corriger la
leçon. Je citerais Confucius: "Où on apprécie tout, il est
nécessaire d'examiner. Où on critique tout, il est nécessaire
d'examiner"", a souligné le professeur.