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Analyse/Aide au développement : un gâteau de 16 milliards de dollars pour les étranglés ?
  2008-10-01 07:40:47  

     NEW YORK (Nations Unies), 30 septembre (Xinhua) -- La 63e  Assemblée générale de l'ONU a clôturé lundi sa session annuelle  par une nouvelle et grosse enveloppe de 16 milliards de dollars  promise par des pays développés et des donateurs dans le cadre de  l'aide au développement. 

     En marge du débat général de l'ONU, des réunions de haut  niveau qui ont réuni des chefs d'Etat ou de gouvernement se sont  concentrées, entre autres, sur les besoins de développement de  l'Afrique et les Objectifs du Millénaire pour le développement ( OMD), qui se trouve cette année à mi-chemin de son processus de  réalisation. Des pays développés et des donateurs ont promis un  total de 16 milliards de dollars, dans le but d'aider les pays  moins développés à atteindre en 2015 les OMD, établis par l'ONU  pour des progrès tangibles dans six domaines du développement  socio-économique des pays moins développés, dont la réduction de  la pauvreté, l'éducation et la santé. 

     Plus de 4,5 milliards de dollars ont été promis dans le  domaine de l'éducation, trois milliards pour la lutte contre le  paludisme et près de deux milliards pour l'agriculture, tandis que des pays en développement ont annoncé leur engagement à mobiliser  des programmes au niveau local dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. 

     Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a estimé que "la  mobilisation a dépassé les prévisions les plus optimistes". Avant  la tenue de la réunion de haut niveau sur les besoins de  développement de l'Afrique, il avait exprimé sa préoccupation sur  le fait qu'aucun pays africain n'est dans les temps pour atteindre tous les OMD. 

     A l'heure actuelle, il existe encore en Afrique plus de 70  millions d'enfants à scolariser, la plupart des 900 millions de  victimes de sous ou malnutrition vivent en Afrique, plus de 23  millions de personnes vivent avec le SIDA et dix enfants meurent  du paludisme toutes les cinq minutes en Afrique, et ce bien que  l'Afrique retrouve le chemin de la croissance depuis 1994, soit un taux de croissance annuel moyen de près de 5%. 

     Le président français Nicolas Sarkozy, qui assume maintenant  la présidence de l'Union européenne (UE), a déclaré que financer  le développement de l'Afrique est "un devoir de solidarité" et "un engagement de la raison". 

     Il a qualifié d'"illusion" la tentative de travailler à la  sécurité et à la stabilité de l'Europe sans chercher à combler  l'écart de développement avec l'Afrique, principale origine de  l'immigration clandestine, d'envisager la prospérité de l'Europe  sans travailler à l'émergence d'un partenaire économique majeur à  14 km de ses côtes, et de prétendre assurer la sécurité  alimentaire mondiale sans valoriser les ressources agricoles  africaines, pour se nourrir elle-même d'abord, mais aussi pour  contribuer à nourrir le monde.  

     L'HONNETETE DE L'ASSISTANCE MISE EN QUESTION  

     Face au gâteau de 16 milliards de dollars, les pays moins  développés se sont largement demandé si ce sera une répétition de  ce que les pays développés avaient fait dans le passé. 

     Les organisations non gouvernementales Oxfam et Global Call to Action Against Poverty ont accusé le gouvernement américain de  lancer un plan de 700 milliards de dollars pour sauver des  institutions financières en difficulté dans les spéculations,  alors que cette somme est cinq fois supérieure au total de toutes  les aides au développement et deux fois supérieure au total du  produit intérieur brut de tous les 49 pays les moins développés. 

     C'est une "routine" pour des donateurs de manquer à leurs  engagements, a indiqué la directrice d'Oxfam, Barbara Stocking. 

     Selon l'ONU, les pays développés ont respectivement promis 27, 12 et 62 milliards de dollars en 2007 et 2001 dans le cadre de  l'aide officielle au développement (AOD) pour l'Afrique et de  l'aide pour les pays les moins développés, mais jusqu'à la fin de  l'année dernière, seuls quatre milliards et 29,4 milliards ont été concrètement décaissés en faveur de l'Afrique et des pays les  moins développés. 

     C'est la raison pour laquelle le président tanzanien et  président de l'Union africaine (UA), Jakaya Kikwete, a demandé aux partenaires de l'Afrique de traduire les paroles en action. Le  président de la Commission de l'UA, Jean Ping, a souligné que les  pays africains ont besoin de "l'engagement de financement  conséquent, du partenariat tangible, d'une stratégie innovante,  des acteurs efficaces sur le chantier de développement et de  réalisations". Le secrétaire général adjoint et conseiller spécial de l'ONU pour l'Afrique, Cheikh Sidi Diarra, a signalé la  nécessité pour les pays développés de tenir leurs promesses de  soutenir les progrès en Afrique, plutôt que de prendre de nouveaux engagements. 

     Le président de l'Assemblée générale de l'ONU, Miguel d'Escoto Brockmann, a pour sa part estimé que la famine dans le monde  provient d'une distribution inéquitable du pouvoir d'achat entre  pays et à l'intérieur des pays.  

     Lorsque les Etats développés se sont engagés à allouer 0,7% de leur PIB au développement voilà deux décennies, très peu ont  atteint ce chiffre aujourd'hui.  

     Pour chaque dollar alloué à l'assistance internationale, les  pays développés en versent dix dans les dépenses militaires, a  déploré M. Brockmann, ajoutant que "le prix d'un seul missile  permettrait de construire 100 écoles dans n'importe quel pays  d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine".  

     M. Brockmann a dénoncé les politiques qui forcent les pays  pauvres à importer des produits agricoles à des prix imposés du  fait d'importantes subventions dans des pays dévéloppés.  

     "Le principe fondamental de la production d'aliments, qui est  de nourrir les populations, est subordonné aux objectifs d'une  poignée de multinationales qui monopolisent tous les aspects de la production alimentaire", a-t-il dit. 

     En ce cas, la nouvelle enveloppe de 16 milliards de dollars  pourra être un gâteau ou une sucette pour les pays faibles,  étranglés une fois de plus par le dernier échec des négociations  commerciales multilatérales du cycle de Doha.