NEW YORK (Nations Unies),
30 septembre (Xinhua) -- La 63e Assemblée générale de l'ONU a clôturé
lundi sa session annuelle par une nouvelle et grosse enveloppe de 16
milliards de dollars promise par des pays développés et des donateurs dans
le cadre de l'aide au développement.
En marge du débat général de l'ONU, des réunions de
haut niveau qui ont réuni des chefs d'Etat ou de gouvernement se sont
concentrées, entre autres, sur les besoins de développement de
l'Afrique et les Objectifs du Millénaire pour le développement
( OMD), qui se trouve cette année à mi-chemin de son processus de
réalisation. Des pays développés et des donateurs ont promis un
total de 16 milliards de dollars, dans le but d'aider les pays moins
développés à atteindre en 2015 les OMD, établis par l'ONU pour des progrès
tangibles dans six domaines du développement socio-économique des pays
moins développés, dont la réduction de la pauvreté, l'éducation et la
santé.
Plus de 4,5 milliards de dollars ont été promis dans
le domaine de l'éducation, trois milliards pour la lutte contre le
paludisme et près de deux milliards pour l'agriculture, tandis
que des pays en développement ont annoncé leur engagement à mobiliser
des programmes au niveau local dans le cadre de la lutte contre
la pauvreté.
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a
estimé que "la mobilisation a dépassé les prévisions les plus optimistes".
Avant la tenue de la réunion de haut niveau sur les besoins de
développement de l'Afrique, il avait exprimé sa préoccupation sur le
fait qu'aucun pays africain n'est dans les temps pour atteindre tous les
OMD.
A l'heure actuelle, il existe encore en Afrique plus
de 70 millions d'enfants à scolariser, la plupart des 900 millions de
victimes de sous ou malnutrition vivent en Afrique, plus de 23
millions de personnes vivent avec le SIDA et dix enfants meurent du
paludisme toutes les cinq minutes en Afrique, et ce bien que l'Afrique
retrouve le chemin de la croissance depuis 1994, soit un taux de croissance
annuel moyen de près de 5%.
Le président français Nicolas Sarkozy, qui assume
maintenant la présidence de l'Union européenne (UE), a déclaré que
financer le développement de l'Afrique est "un devoir de solidarité" et
"un engagement de la raison".
Il a qualifié d'"illusion" la tentative de
travailler à la sécurité et à la stabilité de l'Europe sans chercher à
combler l'écart de développement avec l'Afrique, principale origine de
l'immigration clandestine, d'envisager la prospérité de l'Europe
sans travailler à l'émergence d'un partenaire économique majeur à 14
km de ses côtes, et de prétendre assurer la sécurité alimentaire mondiale
sans valoriser les ressources agricoles africaines, pour se nourrir
elle-même d'abord, mais aussi pour contribuer à nourrir le
monde.
L'HONNETETE DE L'ASSISTANCE MISE EN
QUESTION
Face au gâteau de 16 milliards de dollars, les pays
moins développés se sont largement demandé si ce sera une répétition de
ce que les pays développés avaient fait dans le passé.
Les organisations non gouvernementales Oxfam et
Global Call to Action Against Poverty ont accusé le gouvernement américain
de lancer un plan de 700 milliards de dollars pour sauver des
institutions financières en difficulté dans les spéculations, alors
que cette somme est cinq fois supérieure au total de toutes les aides au
développement et deux fois supérieure au total du produit intérieur brut
de tous les 49 pays les moins développés.
C'est une "routine" pour des donateurs de manquer à
leurs engagements, a indiqué la directrice d'Oxfam, Barbara
Stocking.
Selon l'ONU, les pays développés ont respectivement
promis 27, 12 et 62 milliards de dollars en 2007 et 2001 dans le cadre de
l'aide officielle au développement (AOD) pour l'Afrique et de l'aide
pour les pays les moins développés, mais jusqu'à la fin de l'année
dernière, seuls quatre milliards et 29,4 milliards ont été concrètement
décaissés en faveur de l'Afrique et des pays les moins développés.
C'est la raison pour laquelle le président tanzanien
et président de l'Union africaine (UA), Jakaya Kikwete, a demandé
aux partenaires de l'Afrique de traduire les paroles en action. Le
président de la Commission de l'UA, Jean Ping, a souligné que les
pays africains ont besoin de "l'engagement de financement
conséquent, du partenariat tangible, d'une stratégie innovante, des
acteurs efficaces sur le chantier de développement et de réalisations". Le
secrétaire général adjoint et conseiller spécial de l'ONU pour l'Afrique,
Cheikh Sidi Diarra, a signalé la nécessité pour les pays développés de
tenir leurs promesses de soutenir les progrès en Afrique, plutôt que de
prendre de nouveaux engagements.
Le président de l'Assemblée générale de l'ONU,
Miguel d'Escoto Brockmann, a pour sa part estimé que la famine dans le
monde provient d'une distribution inéquitable du pouvoir d'achat entre
pays et à l'intérieur des pays.
Lorsque les Etats développés se sont engagés à
allouer 0,7% de leur PIB au développement voilà deux décennies, très peu
ont atteint ce chiffre aujourd'hui.
Pour chaque dollar alloué à l'assistance
internationale, les pays développés en versent dix dans les dépenses
militaires, a déploré M. Brockmann, ajoutant que "le prix d'un seul
missile permettrait de construire 100 écoles dans n'importe quel pays
d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine".
M. Brockmann a dénoncé les politiques qui forcent
les pays pauvres à importer des produits agricoles à des prix imposés du
fait d'importantes subventions dans des pays dévéloppés.
"Le principe fondamental de la production
d'aliments, qui est de nourrir les populations, est subordonné aux
objectifs d'une poignée de multinationales qui monopolisent tous les
aspects de la production alimentaire", a-t-il dit.
En ce cas, la nouvelle enveloppe de 16 milliards de
dollars pourra être un gâteau ou une sucette pour les pays faibles,
étranglés une fois de plus par le dernier échec des négociations
commerciales multilatérales du cycle de Doha.