BRUXELLES, 2 septembre (Xinhua) -- La Russie n'a
proposé qu'une interprétation alternative du droit international, a
notamment souligné M. Dominic Fean, assistant de recherche à l'IFRI,
Centre Russie/NEI, dans une interview accordée mardi à l'agence
Xinhua.
"Les discussions d'une nouvelle Guerre froide
ignorent les différences économiques et idéologiques du monde contemporain
: la Russie ne peut pas établir un système économique pour rivaliser
avec le marché global, et elle ne propose pas une idéologie
différente, mais une autre interprétation du droit international.
Les comparaisons avec la Guerre froide, comme celles avec la
concurrence des grandes puissances du 19e siècle, sont utiles
pour montrer les particularités et les aspects d'une situation
nouvelle, mais de parler d'un retour au passé est trop simpliste", a-t-il
fait remarquer.
Le sommet extraordinaire de l'Union européenne, tenu
lundi à Bruxelles, a décidé d'aider la Géorgie à se reconstruire, y
compris, éventuellement, l'Ossétie de Sud et l'Abkhazie. Mais selon
le spécialiste français des relations avec la Russie, la division de
l'Europe sur la question de la Russie a beaucoup gêné les relations de
l'Union avec cette dernière.
"La déclaration selon laquelle les négociations pour
le nouvel PCA seront repoussées lors que la situation continue est un rare
exemple de force diplomatique par les 27. Il reste à voir si la
Russie estime qu'un nouvel accord est assez important pour se
soumettre à la 'conditionnalité' célèbre de l'Union. Les
obstacles restent majeurs, même si l'Union ne manque pas de moyens : la
division entre les Etats membres présente un problème qui n'a pas
disparu, et l'importance à long-terme que la Russe accorde l'UE
n'est pas prouvé - il est donc possible pour l'une des deux parties
d'ignorer les actions diplomatiques de l'autre", a souligné M. Fean.
Selon M. Dominic Fean, il y a une possibilité
d'escalade des tensions dans la région où Moscou accuse l'Otan de
concentrer des forces navales, sous couvert d'exercices et d'aide
humanitaire à la Géorgie. Avec la question du stationnement de la flotte
de la Mer Noire en Ukraine, ce problème va continuer à contribuer aux
problèmes sur la scène régionale pour des années à venir.
"Il faut rappeler que la Russie garde une forte
méfiance pour l'OTAN, due aux origines anti-soviétiques de cette dernière,
et que la Russie se considère la première puissance navale dans la
Mer Noire", a-t-il indiqué avant de rappeler que ni la Russie, ni
l'OTAN n'a intérêt dans une confrontation directe, qui peut
encourager une tendance à surenchérissement.
Pour lui, la reconnaissance des régions séparatistes
géorgiennes par la Russie représente un challenge à l'Occident, bien
sûr, mais aussi ça représente une situation plus honnête qu'avant, où la
Russie entretenait des relations très étroites avec les régimes à
Tskinvali et Sukhoumi mais démentait l'existence des relations d'alliance.
"ça bloque aussi la possibilité d'une implication internationale plus
importante dans les régions séparatistes, toute interaction désormais
étant interprétée comme une reconnaissance", a souligné M. Fean.
Parlant de l'issue de cette crise, M. Fean a
estimé qu'il est bien trop tôt de parler des gagnants en ce temps. "Mais il
ne faut pas réduire la situation à un bras de fer entre les deux
'super powers'. Il y a d'autres puissances qui peuvent perdre ou
bénéficier du nouveau rapport de forces, y compris la Chine, la Turquie et
l'Union Européenne : la région a toujours été un lieu de
convergences d'influences, et elle va continuer de l'être", a-t- il conclu.