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Interview/Cameroun: Tous les départements ministériels doivent se mobiliser pour combattre le paludisme
  2008-08-16 07:53:00  

     YAOUNDE, 15 août (Xinhua) -- Tous les départements ministériels  au Cameroun doivent se mobiliser pour lutter contre le paludisme,  a indiqué Mme Dorothy Fosah Achu, docteur du programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) lors d'une interview accordée  vendredi à Xinhua.  

     Question : Pensez-vous que les actions entreprises pour lutter  contre le paludisme au Cameroun peuvent permettre à une brève  échéance d'éradiquer cette maladie dans le pays? 

     Réponse : Les actions entreprises pour l'instant sont du seul  ressort du ministère de la Santé, ce qui est dommage. Les autres  départements ministériels devraient eux aussi s'y impliquer. Il  nous sera difficile tant qu'ils ne le font pas d'éradiquer cette  maladie.  

     Q : Que doivent faire concrètement ces ministères ?  

     R : Le ministère de l'Environnement par exemple devrait éduquer les populations sur l'hygiène de l'environnement; celui de la  Recherche devrait trouver des solutions pour arriver à fabriquer  des CTA (combinaisons thérapeutique à base d'arténisinine) sur  place; celui du Commerce pour le contrôle strict des prix auprès  des officines privées; le ministère des Finances peut exonérer les taxes sur les médicaments, les produits tels que les moustiquaires; la police et la gendarmerie peuvent aider à lutter contre la vente illicite des médicaments de la rue. Enfin celui de la  Communication pour faire passer le message.  

     Q : Vous dites qu'il est possible de se faire traiter au  Cameroun avec 600 Fcfa. Quelles sont les garanties d'une telle  affirmation au regard de la fourchette des prix des produits dans  les pharmacies privées ?  

     R : Le secteur privé de vente de médicaments ne subit pas assez souvent de contrôle. Nous ne pouvons pas prétendre au respect des  prix dans ces milieux tels que nous les pratiquons dans les  pharmacies des formations sanitaires publiques. Nous sommes  certains à 90% que le prix de 600 Fcfa est respecté dans ces  formations car nous leur exigeons d'afficher les prix à l'entrée.  

     Q : La distribution des moustiquaires imprégnées aux femmes  enceintes et aux enfants de 0 à 5 ans est gratuite au Cameroun.  Quelles sont les mesures que vous avez prises pour assurer que ces moustiquaires atteignent effectivement la population ciblée ?  

     R : Nous avons décidé au niveau du PNLP d'appliquer une  stratégie de distribution liée aux campagnes intégrées de  vaccination des enfants de 0 à 5 ans par exemple. Nous les  identifions lorsqu'ils viennent se faire vacciner et nous leur  donnons en même temps la moustiquaire imprégnée.  

     Parfois nous repartons dans les zones ciblées pour vérifier  s'il y a des enfants qui ne les ont pas encore reçu ou qui n'ont  pas encore été vaccinés. Cette stratégie a beaucoup marché dans la partie septentrionale du pays. Dans le Sud du pays, nous avons eu  la peine à distribuer les moustiquaires imprégnées du fait de la  non disponibilité de ces dernières faute de moyens financiers.  

     Q : Qui approvisionne en moustiquaires le PNLP ?  

     R : Ce sont des fournisseurs qui gagnent des marchés par le  système de passation de marché. Nous publions très souvent des  dossiers d'appels d'offres. Mais il faut dire qu'il y a d'autres  personnes qui sont en contact direct avec les fabricants et qui  nous les livrent.  

     Mais la procédure ici est parfois compliquée. Toujours dans la  partie Sud, nous avons utilisé le système d'identification des  ménages qui ont des enfants de 0 à 5 ans à qui nous avons remis un ticket qui leur permet d'aller réclamer la moustiquaire imprégnée  dans les formations sanitaires publiques. Cela a été fait dans la  province du Centre et du Nord-ouest il y a deux mois, et les  provinces de l'Est, du Sud et du Sud-ouest ont bénéficié des mêmes services l'an dernier.  

     Q : Pour des femmes enceintes ?  

     R : Il faut dire qu'à un moment donné il n'y a pas eu assez de  moustiquaires imprégnées pour elles. L'achat de ces moustiquaires  est soutenu par les fonds Pays pauvres très endettés (Ppte). La  mobilisation de ces fonds et les procédures de passation de  marchés sont très compliquées. Toutefois nous les encourageons à  les acheter auprès des officines privées.  

     Q : Peut-on s'attendre dans l'avenir que la gratuité de la  moustiquaire s'étende aux autres catégories de personnes ?  

     R : L'OMS recommande qu'une moustiquaire soit donnée pour deux personnes. Mais le problème des moyens financiers va se poser pour que la distribution s'étende dans toute la population. Cependant  le PNLP est en train d'élaborer une autre demande d'attribution de fonds pour réaliser cet objectif.  

     Avec 2 millions de moustiquaires distribuées depuis 2003, le  gap reste énorme pour une population évaluée à 16 millions au  moins. Il nous reste à peu près 4 à 6 millions de moustiquaires à  distribuer. Nous sommes en train de réfléchir dans ce sens.  

     Q : On note une absence progressive de communication ces  derniers temps sur la distribution des moustiquaires. A quoi cela  est-il dû?  

     R : Nous ne pouvons pas dire que la communication est absente. Nous recommandons aux populations d'acheter la moustiquaire  imprégnée dans le secteur privé au prix de 4000 Fcfa. Nous avons  des grandes campagnes pour des enfants de 0 à 5 ans, nous faisons  beaucoup de communication (radio, télévision, presse écrite et  même interpersonnelle ...)  

     Q : Quant à la mobilisation mondiale et nationale, le paludisme n'est-il pas un parent pauvre par rapport au Sida, à la  tuberculose?  

     R : La communication coûte cher et ceux qui ont effectivement de l'argent sont les pays du Nord et leurs intérêts ne sont pas  beaucoup focalisés sur le paludisme car ils ne l'ont pas chez eux. Ils sont beaucoup plus concentré sur le Sida. Mais les  moustiquaires et les médicaments coûtent déjà cher s'il faut  encore mobiliser de l'argent pour la communication, le PNLP ne  pourra pas le faire entièrement. Il y aura toujours des  insuffisances.  

     Q : Nous constatons également que l'accent est beaucoup mis sur l'aspect préventif. Qu'est-ce qui est fait pour renforcer le  traitement curatif sur le terrain? 

     R : La politique nationale de traitement du paludisme est très  claire, nous sommes en train d'évoluer vers le sens du plan  stratégique qui décrit tout ce qui doit être fait pour améliorer  le traitement sur le terrain. L'accès aux traitements et aux  médicaments a été amélioré notamment sur le choix des CTA qui sont efficaces contre la maladie. Sur le plan de l'accessibilité, nous  avons subventionné ces médicaments pour les rendre moins chers.  Les années antérieures, ces médicaments sont restés dans les  formations sanitaires et la plupart des malades n'y vont pas très  souvent... 

     Le plan stratégique national de lutte contre le paludisme  prévoit désormais qu'il faut étendre ce traitement dans les  communautés et c'est ce qui est fait depuis 2 mois par le PNLP.  Nous avons formé à cet effet plus de 15 000 relais dans les  villages. Nous leur avons envoyé par la suite des médicaments pour combattre les cas de fièvre signalés dans les villages avant  d'atteindre les formations sanitaires.