YAOUNDE, 15 août (Xinhua)
-- Tous les départements ministériels au Cameroun doivent se mobiliser
pour lutter contre le paludisme, a indiqué Mme Dorothy Fosah Achu, docteur
du programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) lors d'une
interview accordée vendredi à Xinhua.
Question : Pensez-vous que les actions entreprises
pour lutter contre le paludisme au Cameroun peuvent permettre à une brève
échéance d'éradiquer cette maladie dans le pays?
Réponse : Les actions entreprises pour l'instant
sont du seul ressort du ministère de la Santé, ce qui est dommage. Les
autres départements ministériels devraient eux aussi s'y impliquer. Il
nous sera difficile tant qu'ils ne le font pas d'éradiquer cette
maladie.
Q : Que doivent faire concrètement ces ministères ?
R : Le ministère de l'Environnement par exemple
devrait éduquer les populations sur l'hygiène de l'environnement; celui de
la Recherche devrait trouver des solutions pour arriver à fabriquer
des CTA (combinaisons thérapeutique à base d'arténisinine) sur
place; celui du Commerce pour le contrôle strict des prix auprès des
officines privées; le ministère des Finances peut exonérer les taxes sur
les médicaments, les produits tels que les moustiquaires; la police et la
gendarmerie peuvent aider à lutter contre la vente illicite des médicaments
de la rue. Enfin celui de la Communication pour faire passer le message.
Q : Vous dites qu'il est possible de se faire
traiter au Cameroun avec 600 Fcfa. Quelles sont les garanties d'une telle
affirmation au regard de la fourchette des prix des produits dans
les pharmacies privées ?
R : Le secteur privé de vente de médicaments ne
subit pas assez souvent de contrôle. Nous ne pouvons pas prétendre au
respect des prix dans ces milieux tels que nous les pratiquons dans les
pharmacies des formations sanitaires publiques. Nous sommes certains
à 90% que le prix de 600 Fcfa est respecté dans ces formations car nous
leur exigeons d'afficher les prix à l'entrée.
Q : La distribution des moustiquaires imprégnées aux
femmes enceintes et aux enfants de 0 à 5 ans est gratuite au Cameroun.
Quelles sont les mesures que vous avez prises pour assurer que
ces moustiquaires atteignent effectivement la population ciblée ?
R : Nous avons décidé au niveau du PNLP d'appliquer
une stratégie de distribution liée aux campagnes intégrées de
vaccination des enfants de 0 à 5 ans par exemple. Nous les
identifions lorsqu'ils viennent se faire vacciner et nous leur
donnons en même temps la moustiquaire imprégnée.
Parfois nous repartons dans les zones ciblées pour
vérifier s'il y a des enfants qui ne les ont pas encore reçu ou qui n'ont
pas encore été vaccinés. Cette stratégie a beaucoup marché dans
la partie septentrionale du pays. Dans le Sud du pays, nous avons eu
la peine à distribuer les moustiquaires imprégnées du fait de la non
disponibilité de ces dernières faute de moyens financiers.
Q : Qui approvisionne en moustiquaires le PNLP ?
R : Ce sont des fournisseurs qui gagnent des marchés
par le système de passation de marché. Nous publions très souvent des
dossiers d'appels d'offres. Mais il faut dire qu'il y a d'autres
personnes qui sont en contact direct avec les fabricants et qui nous
les livrent.
Mais la procédure ici est parfois compliquée.
Toujours dans la partie Sud, nous avons utilisé le système
d'identification des ménages qui ont des enfants de 0 à 5 ans à qui nous
avons remis un ticket qui leur permet d'aller réclamer la moustiquaire
imprégnée dans les formations sanitaires publiques. Cela a été fait dans
la province du Centre et du Nord-ouest il y a deux mois, et les
provinces de l'Est, du Sud et du Sud-ouest ont bénéficié des
mêmes services l'an dernier.
Q : Pour des femmes enceintes ?
R : Il faut dire qu'à un moment donné il n'y a pas
eu assez de moustiquaires imprégnées pour elles. L'achat de ces
moustiquaires est soutenu par les fonds Pays pauvres très endettés (Ppte).
La mobilisation de ces fonds et les procédures de passation de
marchés sont très compliquées. Toutefois nous les encourageons à les
acheter auprès des officines privées.
Q : Peut-on s'attendre dans l'avenir que la gratuité
de la moustiquaire s'étende aux autres catégories de personnes ?
R : L'OMS recommande qu'une moustiquaire soit donnée
pour deux personnes. Mais le problème des moyens financiers va se poser
pour que la distribution s'étende dans toute la population. Cependant
le PNLP est en train d'élaborer une autre demande d'attribution
de fonds pour réaliser cet objectif.
Avec 2 millions de moustiquaires distribuées depuis
2003, le gap reste énorme pour une population évaluée à 16 millions au
moins. Il nous reste à peu près 4 à 6 millions de moustiquaires à
distribuer. Nous sommes en train de réfléchir dans ce sens.
Q : On note une absence progressive de communication
ces derniers temps sur la distribution des moustiquaires. A quoi cela
est-il dû?
R : Nous ne pouvons pas dire que la communication
est absente. Nous recommandons aux populations d'acheter la moustiquaire
imprégnée dans le secteur privé au prix de 4000 Fcfa. Nous avons des
grandes campagnes pour des enfants de 0 à 5 ans, nous faisons beaucoup de
communication (radio, télévision, presse écrite et même interpersonnelle
...)
Q : Quant à la mobilisation mondiale et nationale,
le paludisme n'est-il pas un parent pauvre par rapport au Sida, à la
tuberculose?
R : La communication coûte cher et ceux qui ont
effectivement de l'argent sont les pays du Nord et leurs intérêts ne sont
pas beaucoup focalisés sur le paludisme car ils ne l'ont pas chez
eux. Ils sont beaucoup plus concentré sur le Sida. Mais les
moustiquaires et les médicaments coûtent déjà cher s'il faut encore
mobiliser de l'argent pour la communication, le PNLP ne pourra pas le
faire entièrement. Il y aura toujours des insuffisances.
Q : Nous constatons également que l'accent est
beaucoup mis sur l'aspect préventif. Qu'est-ce qui est fait pour renforcer
le traitement curatif sur le terrain?
R : La politique nationale de traitement du
paludisme est très claire, nous sommes en train d'évoluer vers le sens du
plan stratégique qui décrit tout ce qui doit être fait pour améliorer
le traitement sur le terrain. L'accès aux traitements et aux
médicaments a été amélioré notamment sur le choix des CTA qui
sont efficaces contre la maladie. Sur le plan de l'accessibilité, nous
avons subventionné ces médicaments pour les rendre moins chers. Les
années antérieures, ces médicaments sont restés dans les formations
sanitaires et la plupart des malades n'y vont pas très souvent...
Le plan stratégique national de lutte contre le
paludisme prévoit désormais qu'il faut étendre ce traitement dans les
communautés et c'est ce qui est fait depuis 2 mois par le PNLP. Nous
avons formé à cet effet plus de 15 000 relais dans les villages. Nous leur
avons envoyé par la suite des médicaments pour combattre les cas de fièvre
signalés dans les villages avant d'atteindre les formations sanitaires.