DAKAR, 1er août (XINHUA) -- Après trois années
d'études et de préparations, plusieurs pays sahéliens ont entamé, vendredi
1er août, la construction d'une "grande muraille verte" à travers le
Sahara, par une vaste campagne de reboisement.
Il s'agit de jeter dans les régions désertiques ou
semi-désertiques de l'espace saharo-sahélien une ceinture verte
de 7.000 km de long sur cinq kilomètres de large, qui s'étire de
Dakar, sur la rive ouest de l'Atlantique, jusqu'à Djibouti, au bord
de la mer Rouge et à l'extrême est du continent africain, en passant par
le Mali, le Niger, le Tchad, le Soudan et l'Ethiopie.
Comme l'a souligné le ministre d'Etat sénégalais et
ministre de l'Environnement, Djibo Leïty Ka, lors d'une cérémonie marquant
le début de cette campagne de reboisement, c'est le plus grand
projet jamais entrepris en Afrique, dont le but consiste à contrecarrer
la désertification, à développer l'économie et à réduire la pauvreté
au profit des générations futures.
Le Sénégal, point de départ, va créer une bande
verte de 515 km dans sa partie nord et devrait planter des arbres sur 5.000
ha d'ici la fin de cette année. Actuellement, 2.300 ha de terrains
sont déjà prêts pour le reboisement et plus de 2 millions de jeunes
plants d'arbres résistant à la sécheresse et ayant des vertus
pharmaceutiques et des valeurs économiques sont en place.
La région sahélienne concerne une zone de 320 à 480
km de large, où règne un climat sec. Y construire une "grande muraille
verte" pour barrer les vents de sable et la désertification est le voeu
cher aux dirigeants africains depuis de longues années.
En juillet 2005, les experts de 23 pays de la
Communauté des Etats sahélo-sahariens (CENSAD), réunis à Dakar, ont adopté
une résolution invitant à procéder systématiquement aux études de
faisabilité de ce travail titanique.
En mars 2006, le symposium international de
l'environnement de la région sahélienne, également tenu à Dakar, a décidé
de mettre en place un groupe d'experts chargé de mener des enquêtes sur
les conditions hydrologiques, géographiques et climatiques dans les
zones concernées et de sélectionner les essences à planter.
GRANDE MURAILLE VERTE, NOUVELLE PLATE-FORME DE
CROISSANCE
Selon les experts, pour réaliser cette entreprise,
l'essentiel est de mettre pleinement à profit les ressources en eau afin
d'assurer la reprise et la croissance des arbres plantés.
Toujours est-il que dans les régions sahéliennes, les précipitations sont
fort aléatoires. La pluviométrie moyenne y est le plus souvent de
l'ordre de 400 mm par an, mais elle baisse parfois de 30% et la
saison sèche dure généralement 9 à 10 mois. En tout état de cause, la
construction par des hommes d'une "grande muraille verte" sur la terre
hostile et ingrate du Sahara n'est pas une sinécure.
Vu les difficultés qui entravent le reboisement, il
a été décidé de construire des réservoirs, des lacs artificiels et des
bassins de retenue d'eau nécessaires à l'irrigation des bois et des
champs. On s'attend ainsi à un développement intégral des domaines aussi
divers que l'agriculture, de la sylvicuture, de l'élevage, de le pêche et
des activités auxiliaires, de telle sorte que les régions riveraines de la
"grande muraille verte" deviennent de nouvelles plates-formes de
croissance.
En l'occurrence, des comités de suivi ont été créés
pour veiller de près à la reprise et la croissance des jeunes plants
d'arbres une fois mis en terre. Les efforts de toute la société,
notamment ceux des femmes et des jeunes, sont mobilisés à cet effet.
Les médias ne sont pas en reste. La communauté internationale est appelée
à contribuer à cette cause grandiose.
Eldorado il y a plus de 9.000 ans avant notre ère,
le Sahara s'est dégradé dans la grande chevauchée du temps et est devenu
une "tache brune sur un globe bleu", véritable "cancer" de l'Afrique,
selon les termes du biologiste Jonathan Kingdon.
Or, d'après les recherches scientifiques, cette
terre aride regorge de ressources minières : 9,9 milliards de tonnes de
pétrole, 5.000 milliards de m3 de gaz naturel, pour ne citer que
cela. La quantité des eaux phréatiques s'élève jusqu'à concurrence de
30.000 milliards de m3, soit l'équivalent des eaux que le Nil jette dans
l'océan en 9 ans.
Le président sénégalais Abdoulaye Wade a
indiqué tout dernièrement à propos de cette "grande muraille verte" :
"Le projet Grande muraille verte est un projet porteur pour
l'humanité et les générations futures. Face aux échéances de 2030 où la
population africaine attendrait 1,7 milliard, nous n'avons plus de droit de
regarder, impuissants, la destruction de notre patrimoine. Il nous faut des
mesures concrètes immédiates à forte charge symbolique pour notre engagement à
la concrétisation de notre vision nouvelle de notre stratégie
de développement".