DAKAR, 21 juillet (Xinhua) -- Le rapporteur spécial
des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme, de
discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance, Doudou Diène, a
qualifié de "discours extrêmement xénophobe" la Directive européenne
sur l'immigration, qui viole selon lui "tous les droits civils", a-t-on
appris lundi de source officielle.
"La Directive dite de la honte est le résultat de la
crise identitaire que traversent les partis politiques (européens) et
qui les poussent à tenir un discours xénophobe qui criminalise la
diversité extra-européenne", dit M. Diène dont les propos sont
rapportés par Algérie presse service (APS), qui cite des médias
espagnols.
Le fonctionnaire international de nationalité
sénégalaise s'est félicité selon la même source "du rejet unanime de cette
Directive par des pays latino-américains, notamment ceux membres du
Mercosur : l'Argentine, le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay et le
Venezuela".
"C'est une réponse juste, marquée par la défense de
la dignité des millions de Sud-Américains qui ont émigré en Europe", a
estime Doudou Diène.
Le rapporteur de l'ONU considère, dans ce sens, que
l'Europe se trouve dans une "crise d'identité" qui fait que "l'élite
politique et intellectuelle défend une identité nationale contre les
immigrants, contre l'étranger, contre la diversité, alors que la rue
est multiculturelle, interculturelle".
Pour le responsable onusien, "l'Europe s'est
concentrée tellement dans la construction de son union économique qu'elle
a oublié celle de sa nouvelle identité, qui est nécessairement
plurielle, car l'Européen actuel est pluriel et l'identité est en
construction permanente".
Il a estimé, par ailleurs, que la "lutte contre le
terrorisme a renforcé la crise de l'identité européenne", car "l'image du
terroriste c'est l'autre", a-t-il expliqué.
M. Diène a estimé également que "le plus absurde"
des discours politiques européens contre la diversité est le refus de
considérer la Turquie comme une partie de l'Europe, "quand elle peut
être européenne pour le football ou l'OTAN", car "il y a ceux qui pensent
que l'Europe est encore chrétienne", a-t-il déploré.
Tout en reconnaissant que le racisme
existe partout dans le monde, il a soutenu cependant que c'est en Europe qu'il
a "une expression politique", et deux pays seulement, l'Angleterre
et le Danemark, peuvent être considérés comme "en avance en
matière de rejet de la xénophobie", selon lui.