Par
Charles AKENA
GULU (Ouganda), 17 juillet (Xinhua) -- Qu'ils soient
forcés ou recrutés auparavant, les ex-rebelles ougandais, une fois
désarmés et rapatriés vers leurs villages d'origine, sont confrontés à de
nouveaux défis de la réinsertion.
Ray Acama, un ancien commandant de l'Armée de
résistance du seigneur (LRA, rébellion), enlevé par à l'âge de douze ans,
voit comme un grand défi l'acceptation et le pardon de ses amis et de
ses parents vivant dans son village, situé dans le district
Pader, dans le nord de l'Ouganda, où il fut l'auteur principal de
plusieurs attaques.
"La vie est difficile pour certains d'entre nous qui
ont été enlevés par les rebelles. C'est vrai que nous avons commis des
crimes et que les communautés en ont souffert, mais nous avons
été forcés de le faire", explique-t-il.
"Nous sommes stigmatisés en tant que tueurs et des
personnes ne veulent pas parler avec les ex-rebelles, parce qu'elles nous
haïssent, surtout celles qui ont perdu leurs bien-aimés dans les
mains des rebelles", ajoute-t-il.
"Les gens doivent comprendre le fait que la plupart
des anciens otages ont été obligés de commettre des atrocités contre leur
gré et elles doivent soutenir la réinsertion des ex-combattants de la
LRA", souligne Ray Acama.
Il se plaint des préjugés sur les anciens combattans
rebelles, alors que l'un de ses anciens compagnons d'armes ne trouve pas
de moyens de gagner la vie.
"Certains d'entre nous ont des balles dans le corps
et nous ne sommes pas capables de travailler et de subvenir aux besoins de
notre famille", regrette Ray Apire, pointant l'une de ses jambes
avec des traces de balles.
L'année dernière, des centaines d'ex-combattants de
la LRA, qui gagnaient leur croûte en travaillant sur une ferme
gouvernementale, située dans le district de Gulu et séparée du monde
extérieur, se sont vus suspendre les droits de la culture.
"C'était une sorte de réinsertion à ce moment-là,
mais nous n'avons rien actuellement et la vie ici est si dure", constate
Akello Milly Grace, ancienne guerrière de la LRA enlevé à Lira,
troisième ville en Ouganda.
Dans la ville de Gulu (nord), une femme de 23 ans a
été kidnappée à cinq reprises par les rebelles de la LRA dans les
années 1990. Aujourd'hui, cette mère de deux enfants a vu la
porte claquée par sa famille en raison de son passé lié à la rébellion.
"Ils ont dit que le père de mes enfants avait tué
tant de personnes qu'ils ne voulaient pas les accueillir. J'ai été
enlevée et forcée à avoir des enfants avec le commandant rebelle", se
plaint Aremo Christine.
Geoffrey Mugumya, le directeur de la paix et de la
sécurité du secrétariat de l'Union africaine, fait savoir que des
formations dispensant des compétences adéquates devaient être rendues
accessibles aux anciens rebelles, afin d'accélérer et de
perfectionner leur processus de réinsertion.
Il appelle les victimes des conflits à s'intégrer
dans les programmes de réinsertion pour les anciens combattants de la LRA,
de sorte qu'elles puissent apprendre à vivre avec eux.
L'insurrection de la LRA, la plus longue sur
le continent noir, a fait des dizaines de milliers de morts et plus de
deux millions de sans-abri dans le nord de l'Ouganda.