LE CAIRE, 15 juillet (Xinhua) -- Différentes
organisations arabes et le Soudan ont fustigé les allégations de la Cour
Pénale Internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir
pour crime de guerre présumé au Darfour, lorsque les ministres
arabes des Affaires étrangères cherchent à coordonner leur position
sur le problème.
Lundi, le Parlement arabe par intérim (IAP) a
critiqué la CPI d'avoir émis un mandat d'arrêt contre le président
el-Béchir, le qualifiant de honte de voir la CPI tenter de pousuivre en
justice un dirigeant d'un pays arabe.
L'IAP est "surpris et consterné" par les
informations sur la décision de la CPI, qui suscite les préoccupations des
pays arabes, a indiqué son président Mohamed Jassem al-Saqr dans un
communiqué.
L'appel de la CPI fait craindre que cette
institution ne devienne un instrument d'intimidation pour les grandes
puissances mondiales, selon M. al-Saqr, cité par l'agence égyptienne
MENA.
D'après des informations publiées précédemment, le
procureur principal de la CPI Luis Moreno-Ocampo a formellement émis un
mandat d'arrêt contre le président soudanais pour crime de
guerre, dont le génocide dans la région occidentale soudanaise du
Darfour.
Selon M. Moreno-Ocampo, il y a de solides raisons
pour convaincre que M. el-Béchir est responsable des crimes à savoir
génocide, crime contre l'humanité et crime de guerre.
"El-Béchir a organisé et appliqué un projet afin
d'éliminer radicalement les groupes de Fur, de Masalit et de Zahawa, en
raison de leur ethnie", a dit M. Moreno-Ocampo, ajoutant que ces
trois groupes sont historiquement influents au Darfour et se sont
engagés dans une rébellion par crainte de marginalisation.
C'est pour la première fois que la CPI basée à la
Haye prend la décision d'inculper un dirigeant en fonction, une action
faisant obstacle aux efforts de la paix et condamnée par Khartoum.
A la demande du Soudan, la Ligue arabe (LA) basée au
Caire a consenti de tenir une réunion d'urgence des ministres des
Affaires étrangères le 19 juillet afin de coordonner la position arabe sur
les disputes entre le Soudan et la CPI.
La décision d'organiser la réunion en réponse à la
demande du Soudan a été approuvée par la Syrie, l'Egypte, l'Arabie
saoudite, la Libye et l'Autorité nationale palestinienne, a annoncé lundi
Hisham Yousef, le chef du bureau du secrétaire général de la LA Amr
Moussa.
Samir Hosni, directeur du département de coopération
arabo-africain du bloc pan-arabe, a indiqué lundi que M. Moussa
consulte les Etats arabes pour préparer la réunion.
Dimanche, le Syndicat des avocats arabes a fustigé
la CPI pour son émission prévue du mandat d'arrêt contre M.
el-Béchir.
La décision de la CPI d'inculper M. el-Béchir de
crime de guerre au Darfour est "une violation flagrante du droit et des
principes internationaux ainsi que des droits de l'Homme", a
commenté le syndicat dans un communiqué.
Il a aussi critiqué les Etats-Unis pour son rôle
présumé derrière la CPI, indiquant que c'est la décision des Etats-Unis
de punir M. el-Béchir pour "sa ferme position en défense de causes
justes du Soudan".
Les Etats-Unis ont l'intention de conduire la CPI
dans une lutte contre M. el-Béchir, selon le communiqué.
De l'autre côté, le porte-parole du Département
d'Etat américain Sean McCormack a annoncé vendredi que Washington
n'avait rien fait afin d'influencer la CPI.
Lundi, la Maison Blanche a indiqué que les
Etats-Unis suivraient la situation, lorsque le procureur principal de la
CPI cherchait à arrêter M. el-Béchir sous prétexte de crime de
guerre.
"Nous appelons toutes les parties à rester calmes.
Nous suivrons la situation à la Haye et tiendrons compte des demandes
du procureur, mais nous ne sommes pas partie prenante de la CPI", a
indiqué le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis,
Gordon Johndroe.
La décision de la CPI a suscité aussi des
inquiétudes et des condamnations à grande échelle au Soudan. Le
gouvernement soudanais a réitéré qu'il ne reconnaîssait pas la CPI et
refuserait toute décision ou tout mémorandum émis par elle.
Le Soudan n'est pas impliqué dans le Traité de Rome
sur la création de la CPI, le premier tribunal international permanent
contre les crimes de guerre, tels que le génocide, le crime
contre l'humanité et d'autres crimes graves.
Selon l'agence officielle soudanaise SUNA, le
Conseil soudanais des Etats a vivement dénoncé, lundi lors d'une réunion
extraordinaire, la décision de la CPI d'inculper les dirigeants
importants du Soudan.
Le même jour, le vice-président soudanais Ali
Othman Mohammed Taha a indiqué lors d'une conférence de presse que
les allégations de la CPI est une décision motivée politiquement contre
le Soudan, et non une décision légale.