GUIYANG, 2 juillet (Xinhua) -- La police dans le
sud-ouest de la Chine a rouvert l'enquête sur la mort d'une jeune fille,
qui a déclenché samedi des protestations violentes impliquant jusqu'à
30 000 personnes.
La police de la province du Guizhou a rendu public
des détails sur la mort de Li Shufen, lycéenne de 17 ans d'origine du
district de Weng'an, lors d'une conférence de presse mardi soir à Guiyang,
capitale provinciale.
Selon Wang Xingzheng, porte-parole du département
provincial de la Sécurité publique, Li était avec son copain Chen Guangquan
et deux autres personnes avant qu'elle s'est jetée dans une rivière
et s'est noyée la nuit du 21 juin. Les trois autres personnes ont
tenté de la sauver, mais en vain. Le corps de la lycéenne a été
retrouvé le 22 juin, à 03H00 du matin.
Wang n'a pas donné le motif du suicide suspect, mais
des sources policières ayant des contacts avec des témoins ont
déclaré à l'Agence de presse Xinhua (Chine Nouvelle) que Li voulait se
donner la mort pour raison du mauvais traitement de sa famille.
Les explications officielles de la mort de Li ont
été rejetées par les membres de sa famille, tandis que d'autres croyaient
que la jeune fille était violée et tuée par des gens qui ont des
liens avec des officiels du gouvernement et de la police locaux.
Lors de la conférence de presse, Wang Daixing,
enquêteur judiciaire, a affirmé qu'aucune évidence montrait que Li avait
eu des rapports sexuels ou été violée avant sa mort.
Une troisième autopsie devait être effectuée mardi
soir par des médecins légistes envoyés par le gouvernement provincial, et
les résultats seront publiés bientôt, a indiqué Wang.
Le porte-parole du département provincial de la
Sécurité publique a insisté sur le fait que les trois personnes qui
restaient à la dernière minute avec Li, à savoir: Wang Jiao, Liu
Yanchao et Chen Guangquan, habitaient de villages de la région et
n'avaient aucun lien avec les officiels.
Pourtant des doutes sur la mort de la jeune fille se
sont accumulés pour déclencher une protestation de masse. Les
confrontations entre la police et les proches de la lycéenne décédée
ont provoqué la colère du public.
Certains manifestants sont des élèves d'une école où
travaille l'oncle de la lycéenne, Li Xiuzhong, qui a été hôspitalisé. Il a
été gravement battu par des gens non identifiés dans la rue, quand il
a quitté le commissariat de police après avoir affronté le policier Zhang
Min dans le Bureau de la sécurité publique du district.
"Nous ne s'attendons jamais à un tel grave conflit.
Ce n'était pas ce que nous souhaitions ni ce que nous pouvions contrôler",
a indiqué mardi Li sur son lit d'hôpital.
"Ma nièce est décéde dans une circonstance tellement
inintelligible et nous demandons simplement une enquête approfondie
et un résultat convaincant", a-t-il ajouté.
La grand-mère de la jeune fille, Lu Xiuzhen, qui
avait été interviewée par l'agence Xinhua plus tôt, a dit qu'"il faut
avoir une explication. Il est impossible qu'elle (la jeune fille)
puisse se jeter dans la rivière et se suicider. Nous ne pouvons pas
l'accepter".
Selon la grand-mère, le père de la jeune fille s'est
rendu à Guiyang, capitale provinciale, pour présenter une pétition,
tandis que la mère "est devenue folle" après cet incident.
Samedi à 16H00, les membres de la famille de la
lycéenne, suivis par quelque 300 manifestants, ont entamé une marche avec
des pancartes sur lesquelles on lit "Rendre la justice au peuple" et
"Pétition pour le peuple". Ils ont été rapidement rejoints par des
milliers de personnes dans la rue. La foule en colère ont attaqué et mis
le feu aux bâtiements abritant le Bureau de la Sécurité publique et le
gouvernement du district.
Plus de 150 policiers et manifestants ont été
blessés, mais aucun mort n'a été rapporté. Environ 160 bureaux et 42
véhicules du gouvernement local ont été brûlés. 50 personnes, dont des
délinquants locaux, ont été détenus par la police, a précisé le
porte-parole du département provincial de la Sécurité publique.
Selon le secrétaire du Comité du Parti pour cette
province Shi Zongyuan, l'incident est parti d'une cause simple, mais
utilisé et incité par une poignée de gens qui ont des arrière-pensées.
Il a appelé à une punition sévère contre les
organisateurs, les meneurs et les principaux émeutiers, et à un
avertissement verbal à l'adresse des participants adolescents.
Derrière la protestation violente, il doit avoir des
raisons enracinées au-delà de la mort de la jeune fille, a poursuivi Shi
en énumérant des disputes sur les mines, la migration, le relogement
d'habitants locaux à cause de projets de la construction et d'autres
problèmes auxquels on n'a pas accordé suffisamment d'attention depuis un
certain moment.
Il a critiqué à cette occasion des officiels
locaux dont les défauts ont mécontenté des habitants. "Nous devons tirer la
leçon de ces problèmes dévoilés", a-t-il dit.