YAOUNDE, 27 juin (Xinhua) -- Les dirigeants des six
pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale
(CEMAC), réunis du 23 au 25 juin à Yaoundé pour leur 9e conférence au
sommet, ont convenu de mettre en ciruclation le passeport CEMAC " au
plus tard le 1er janvier 2010".
S'exprimant à la session de clôture du 9e sommet, le
président camerounais Paul Biya a fait état d'avancées dans la recherche
de l'efficacité des institutions communes, dont la consolidation du
processus de mise en circulation du passeport CEMAC et de
renforcement de la liberté de circulation des ressortissants des
Etats membres.
Selon le nouveau président en exercice de cette
organisation, le président centrafricain François Bozizé, le passeport
CEMAC est l'un des sujets inscrits parmi les dossiers prioritaires
immédiats de son mandat.
S'adressant aux dirigeants présents dans la capitale
camerounaise, le président de l'Union des patronats d'Afrique
centrale (UNIPAC) André Siaka a déclaré que le secteur privé
sous- régionale salue fortement la décision des chefs d'Etats de la
communauté de mettre effectivement en oeuvre le principe de la libre
circulation des personnes et des biens.
Le passeport Cemac, un des projets favorisant la
circulation des personnes dans la zone Cemac et donc l'intégation de la
sous- région, a été adopté en juillet 2001 par une réunion
ministérielle de la CEMAC. Sa mise en circulation a été successivement
prévue en 2003 et en juillet 2007.
En janvier 2003, les premiers carnets du passeport
ont été remis aux chefs d'Etat et de gouvernement lors de leur 4e sommet
à Libreville. Une mission du secrétariat exécutif s'est ensuite
rendue dans les Etats membres pour déposer 400 spécimens par
pays, dont 200 pour les passeports ordinaires, 100 pour les passeports
de service et 100 pour les passeports diplomatiques.
En juin 2007, le président de la Commission de la
CEMAC (organe exécutif), Antoine Ntsimi, a déclaré que le passeport commun
était disponible et que les textes relatifs à la libre circulation sont
en place.
"Il suffit maintenant de passer de la parole à
l'acte", a-t-il dit, rappelant que sur les six Etats membres, quatre
pratiquent plus ou moins déjà la libre circulation. Il s'agit du Cameroun,
du Congo, da la République centrafricaine et du Tchad.
D'après M. Ntsimi, le Gabon et la Guinée équatoriale
préfèrent "une phase progressive" au niveau des deux autres Etats, mais
les deux Etats "sont déterminés à ne pas rester en marge" et "sont
prêts à ouvrir leurs frontières".
Le Gabon et la Guinée équatoriale considère la libre
circulation des personnes comme une question d'une extrême
sensibilité, nécessite au préalable de sécuriser leurs
ressortissants.
"Il faut à tout prix une garantie de sécurité avant
de légaliser le passeport CEMAC au Gabon. Car, la liberté sans la
sécurité est non applicable... En rappel, il y a eu 600 Gabonais qui
furent arrêtés en France l'an passé (2006) pour faux papiers, mais il n'y
avait que huit vrais Gabonais", avait noté en septembre 2007 le conseiller
juridique du ministre d'Etat gabonais en charge de l'Intérieur, de la
Sécurité et de l'Immigration, Gervais Ndong.
De l'avis de Joseph Vincent Ntuda Ebodé, chef du
Centre de recherches d'études politiques et stratégiques de l'Université
de Yaoundé II, ces pesanteurs qui rendent difficile l'intégration
dans l'espace CEMAC tiennent au fait que cette région est plutôt
" une zone de forêt, où chaque personne, conquiert, hache à la
main, sa parcelle de terrain et se sent par rapport à ce terrain comme
le propriétaire unique, c'est-à-dire qu'elle y manifeste un
attachement indélébile".
"Cet attachement explique le sentiment selon lequel
les pays pensent qu'il n'est pas bon que n'importe qui vienne se balader
sur leur espace vital", a-t-il dit.
Par ailleurs, ajoute-t-il, "dans cette zone
d'Afrique centrale, tous les pays n'ont pas la même population. Et certains
craignent d'être envahis par d'autres. Notamment, les deux pays qui ont la
plus faible population, à savoir le Gabon et la Guinée
équatoriale, sont également les deux qui résistent au maximum à cette
possibilité de la libre circulation des biens et des personnes".
Ntuda Ebodé évoque également des raisons
économiques. Le Cameroun "domine de manière assez particulière les autres
pays, aussi bien d'un point de vue démographique que d'un point de vue
économique" et contrôle au minimum 40% des richesses de la
sous- région.
Pour les autres pays, une libre circulation des
biens et des personnes signifie pour leurs économies "une domination du
Cameroun par rapport à ses services et à ses biens, mais aussi
une installation du Cameroun sur leur propre territoire", a estimé le
politologue camerounais.
Ntuda Ebodé a toutefois souligné que tous ces
obstacles seront levés.
"L'intégration est même déjà une réalité
palpable. Lorsqu'on fait la balance, on va quand même se rendre compte que la
CEMAC a un bilan globalement positif. En dehors de l'Afrique de
l'Ouest, c'est la seule région en Afrique qui dispose d'une
monnaie unique", a-t-il dit, évoquant aussi l'assurance et l'immatriculation
des voitures "harmonisées" et le même système LMD (licence,
master, doctorat).