Par CHEN Shun
DAKAR, 21 juin (Xinhua) -- Quand on entre dans le
jardin maraîcher du Centre de formation agricole de Sangalkam, à une
trentaine de kilomètres de Dakar, c'est un paysage admirable de
campagne qui saute aux yeux : les tomates et les piments rougissent
déjà en ce début de saison des pluies, tandis que les choux et les
concombres attendent leur récolte.
Nombre d'autres variétés de légumes poussent à
merveille sous les regards satisfaits des agronomes chinois et de leurs
" apprentis" sénégalais.
"Cela fait plus d'un an et demi que nous travaillons
ici, dans le cadre de la coopération agricole entre la Chine et le
Sénégal", a dit Yang Tingming, chef de l'équipe d'experts chinois, en
mission dans ce centre chargé de dispenser une formation théorique et
pratique aux cultivateurs locaux en matière de maraîchage.
Selon cet agronome de haut vol, son équipe a déjà
aménagé un hectare de champs bien fertilisés aux engrais organiques et
dotés d'un système d'irrigation et d'évacuation fonctionnant sans faute
en cas de sécheresse ou d'inondations.
"Nous avons fait en sorte que 25 espèces de légumes
soient cultivées et renouvelées sur ce petit éden, à longueur d'année,
pour un taux d'utilisation supérieur à 500%", affirme M. Yang, au
visage fortement bronzé qui ne laisse aucune trace de fatigue,
malgré ses soixante ans.
"Depuis 2007, le centre a reçu, en 15 stages, 420
personnes qui ont acquis des éléments dans les domaines aussi divers que la
culture de jeunes pousses en épinière, l'entretien des champs, la
prévention et les traitements phytosanitaires ainsi que les
techniques d'amendement du sol salin et alcalin, le tout en fonction
des conditions spécifiques des différentes régions du pays. C'est ainsi
que nous avons réalisé la parfaite harmonie entre la formation grandeur
nature dans cet espace-échantillon et son prolongement dans la production
maraîchère chez les cultivateurs locaux", précise-t-il.
Du haut de ses 40 ans, Liu Qingbao, un autre expert
chinois qui dirige un groupe d'agronomes sur le terrain, ajoute de l'eau au
moulin: "Grâce à cette expérience, nous avons obtenu
d'excellentes récoltes parmi plusieurs types de légumes".
Montrant du doigt un chou chinois, il a affirmé: "Il
doit peser près de 4 kilos et la production par hectare pourrait dépasser 7
tonnes! En plus, les piments Xinxiang (littéralement: piquants et
parfumés) No 4 et 6, qui s'adaptent très bien au climat d'ici, sont
appréciés tant des Chinois que des Sénégalais. La culture à grande échelle
est en vue".
En fait, les experts chinois n'ont pas hésité à
utiliser les méthodes qui consistent à associer les formations pratitques
au centre, les instructions prodiguées à la campagne et les stages
organisés en classe. Depuis le mois de décembre dernier, plus de 900
agriculteurs de près ou de loin ont eu leur "diplôme" en poche.
Issa Sène, un des meilleurs élèves, a du mal à
cacher sa satisfaction. En effet, nanti de son bagage "scientifique"
acquis auprès de ses formateurs chinois, il a semé des graines de
concombre le 22 février dernier et a commencé à récolter les
premiers fruits de son labeur le 7 mars. Et le 25 avril, c'était
presque "en veux-tu, en voilà"! Résultat: plus de 1,93 million de
FCFA dans la bourse familiale, soit un gain 8 fois supérieur aux
recettes qui pouvait compter sur les doigts d'une main, du temps où
il plantait ce genre de légume à sa manière.
Tout dernièrement, les agronomes chinois
se sont étendus sur les "techniques de culture des légumes en terre ou
sans terre" adaptées au climat et au sol de la région dakaroise,
lors d'un séminaire organisé par le ministère sénégalais de
l'Agriculture sous le thème "Techniques chinoises de culture maraîchère et
de la riziculture". Les conférenciers chinois ont enlevé tous les suffrages
des 400 participants animés par l'espoir de réaliser
l'autosuffisance alimentaire du Sénégal.