ALGER, 20 juin (Xinhua) -- La réunion prévue dimanche
prochain à Djeddah, en Arabie saoudite, sur l'énergie sera l'occasion pour
les différents acteurs du marché pétrolier d'échanger leurs opinions
sur la hausse des prix du brut pour tenter de traiter ce problème, a
affirmé le ministre algérien de l'Energie et des Mines Chakib Khelil.
L'Arabie saoudite a décidé de convoquer une réunion
entre les pays producteurs et consommateurs ainsi que les groupes
pétroliers pour définir les causes de la hausse des cours du pétrole, a
indiqué M. Khelil dans un entretien accordé à l'agence de presse
algérienne APS à la veille de la réunion de Djeddah dont l'objectif
principal consiste, selon lui, à "clarifier les positions concernant les
raisons de cette hausse".
La position algérienne sur la réunion de Djeddah est
toujours "pour le dialogue et l'échange d'idées sur une base rationnelle
et logique", a affirmé M. Khelil, ajoutant qu'"il faut focaliser les
débats de cette réunion sur le problème de la spéculation pour
approfondir encore plus notre compréhension du marché pétrolier".
A la question de savoir si l'Organisation des pays
exportateurs du pétrole (OPEP) avait adopté une démarche commune en
prévision de cette rencontre, M. Khelil, qui est actuellement président en
exercice de l'OPEP, a indiqué qu'"on ne peut pas parler de démarche
commune de l' OPEP à la réunion de Djeddah car elle n'a pas prévu de
réunion dans ce sens".
"Je suis invité en tant que ministre algérien de
l'Energie et des Mines. Donc, je n'ai pas un mandat de l'OPEP pour une
position de cette organisation", a-t-il indiqué.
L'OPEP continuera à favoriser le dialogue, comme
avec l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et le Forum international
de l'énergie (FIE), a indiqué M. Khelil, soulignant que les membres
de l'OPEP qui participeront à Djeddah donneront leur point de vue.
M. Khelil a également rappelé le dialogue permanent
entretenu par l'OPEP avec les pays producteurs non membres comme la
Russie, Oman, l'Egypte, la Syrie, le Mexique et le Brésil sur des sujets
liés à la transparence de l'information concernant notamment le
stockage.
C'est un travail qui se fait dans le cadre de
l'initiative commune entre l'OPEP et l'AIE ainsi que le FIE qui se réunit
régulièrement, a expliqué le président de l'OPEP.
En ce qui concerne les principaux facteurs
haussiers, M. Khelil a rejeté catégoriquement l'idée soutenue par les pays
consommateurs selon laquelle cette augmentation des prix est due
à une baisse de la production.
D'autres "raisons plus importantes" sont à l'origine
de la hausse des cours telles que la spéculation et les tensions
géopolitiques en plus des facteurs sous-jacents comme la capacité de
raffinage limitée qui, combinées à l'introduction du bioéthanol, a généré
une baisse de la disponibilité du gasoil et, par conséquent, une hausse
des prix de ce carburant, a-t-il estimé.
Les taxes prélevées par les grands pays
consommateurs comme la France et l'Angleterre sur les produits pétroliers
constituent une autre cause de la hausse des prix du brut, selon M.
Khelil.
Il a déploré sur ce point, le fait que ces pays
refusent de réduire ces taxes en arguant qu'une "telle mesure favoriserait
la consommation du pétrole".
L'OPEP n'intervient qu'avec 40% de la production
mondiale, alors que les plus grands producteurs de pétrole sont les
Etats- Unis, la Norvège et la Russie qui ne sont pas membres de cette
organisation. L'Algérie n'assure que 2% de la production globale,
contre 12% pour la Russie, a indiqué M. Khelil.
En ce qui concerne l'appel de certains pays
consommateurs comme l'Australie pour demander à l'OPEP d'augmenter sa
production pour faire baisser les cours, M. Khelil a répondu que ces pays
devraient, à leur tour, augmenter la production de leurs matières
premières comme le fer, le phosphate ou encore le charbon dont
les cours sont très élevés sur le marché international.
"Va-t-on demander aux pays qui produisent des
voitures, des ordinateurs, des panneaux solaires ou des turbines à gaz
d'augmenter leurs productions sous prétexte que ces prix sont
très élevés?", s'est-il interrogé soulignant que "demander aux pays
producteurs de pétrole d' augmenter leur offre est illogique et
irrationnel".
M. Khelil a souligné que l'OPEP ne veut pas profiter
de la situation du marché et obtenir des prix élevés.
"Si elle l'avait voulu, elle l'aurait fait en 2003
lorsque la production du Venezuela (3 millions de barils par jour) avait
complètement été réduite, en plus le Nigeria a diminué à ce moment là
sa production d'un million de barils par jour", a t-il rappelé.
Or, l'OPEP avait pris la décision d'augmenter sa
production pour pallier ce déficit de 4 millions de barils par jour, a
précisé M. Khelil.
A une question sur l'augmentation annoncée par les
médias de la production de l'Arabie saoudite, le ministre a exclu un
impact de cette mesure sur les cours du pétrole.
"Les médias ont parlé d'une augmentation
de 300.000 barils/j de l'Arabie saoudite, en tous cas, l'impact sur le
marché est nul, le baril est toujours à 136 dollars, je ne crois pas
que c'est cela le problème", a-t-il conclu.