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Une adaptation au phénomène de changement climatique s'impose
  2008-06-16 09:00:07  

    (INTERVIEW) Par Raphaël MVOGO

     YAOUNDE, 15 juin (Xinhua) -- "Si nous n'adaptons pas notre  agriculture, particulièrement notre agriculture vivrière, au  changement climatique, nous ne pourrons pas nourrir nos  populations", a déclaré Dr Adiko Amoncho, directeur des programmes de recherche du Centre national de recherche agronomique de Côte  d'Ivoire, lors d'une interview accordée à Xinhua pendant la  première Semaine scientifique de l'Afrique de l'Ouest et du Centre du 9 au 13 juin à Yaoundé. 

      

     Question: Quelles leçons tirez-vous de la première Semaine  scientifique de l'Afrique de l'Ouest et du Centre organisée par le Conseil oust et centre africain pour la recherche et le  développement agricole (CORAF) ? 

     Réponse: Elle nous a permis, du point de vue de la Côte  d'Ivoire, de placer véritablement les producteurs, les  utilisateurs des résultats de la recherche au centre de nos  activités de recherche. Parce que nos activités de recherche, à la fin, c'est de pouvoir traduire nos résultats en opportunités  d'entreprises et d'affaires. Or, si nous n'arrivons pas à  connaître les besoins véritables des producteurs, nous sommes  certains de ne pas atteindre totalement tous les objectifs, à  savoir améliorer la productivité et le cadre de vie des  producteurs en accroissant leurs revenus. Donc, la réunion de  Yaoundé a permis de définir les conditions de parvenir à placer  les producteurs non plus comme des cibles, mais comme des  véritables partenaires des chercheurs dans la conduite des  activités de recherche.   

     Q: Concrètement, comment se définit ce rôle que va désormais  jouer le producteur ? 

     R: Il intervient comme acteur dans la mise en oeuvre et le  suivi des essais, dans la définition même de nos programmes de  recherche. Eventuellement, comme le producteur va devenir un  entrepreneur, il pourra contribuer, comme c'est le cas en Côte  d'Ivoire, au financement des activités qu'il aura commencées.  

     Q: Dans le contexte de la crise alimentaire mondiale, quels  sont les besoins pour les pays africains ? 

     R: Les besoins sont énormes. Avant de parler de la crise  alimentaire, qui est réelle, il faut que nous prenions en compte,  du point de vue de la Côte d'Ivoire, un élément important : le  phénomène de changement ou de perturbation climatique. Il est  manifeste. Pourquoi ? Nous avons une agriculture pluviale, c'est-à- dire qui dépend de l'eau de pluie. Contrairement aux pays  européens où les plantes sont irriguées, nous comptons sur la  pluie. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Aujourd'hui, la  pluie ne vient pas quand on le veut. Alors qu'avant, au Cameroun  par exemple, on savait, durant la grande saison des pluies, à quel moment la pluie devait tomber. Aujourd'hui, on peut être en train  de semer et ne pas avoir les pluies qu'il faut. Ou bien toutes les quantités de pluie tombent en deux ou trois jours, en une semaine, au lieu de tomber sur un ou deux mois. Ces perturbations sont  dommageables pour l'agriculture vivrière. On peut semer ou planter, mais il n'y a pas de pluie pour que les semailles se développent.  Il y a des cultures entières qui sont perdues.   

     Q: Autrement dit, le changement climatique implique de  nouvelles techniques agricoles ? 

     R: Exact. Une adaptation au phénomène de changement climatique  s'impose. Si nous n'adaptons pas notre agriculture,  particulièrement notre agriculture vivrière au changement  climatique, nous ne pourrons pas nourrir nos populations.   

     Q: Et comment doit se faire cette adaptation ? 

     R: L'adaptation, c'est de refaire de nouveaux calendriers  culturaux. Si par exemple au Cameroun l'on commence habituellement à préparer les terrains à partir de janvier, février ou mars, et  que l'on constate que les pluies sont décalées, il faut voir sur  une période de cinq à dix ans quelles ont été les nouvelles  tendances, pour dire aux producteurs que dorénavant, le calendrier cultural pour telle ou telle culture et dans telle ou telle zone  est modifié. C'est ce qu'on appelle le calage des cultures.  Aujourd'hui, dans certains pays, il n'y a plus de forêts ou très  peu. Donc, cela amène à redéfinir les zones agro-écologiques  culturales.   

     Q: Quelle est la réponse de la Côte d'Ivoire face à la crise  alimentaire ? 

     R: Tout d'abord, je voudrais dire que la Côte d'Ivoire, comme  tous les pays du monde, vit cette crise. Mais pour nous  aujourd'hui,le plus grand problème, comme dans la plupart des pays africains, c'est le riz. Nous sommes fortement déficitaires en riz. Nos productions n'arrivent pas à couvrir l'intégralité des besoins. La production nationale couvre 40 à 50% des besoins nationaux.  Nous sommes obligés de nous recourir, comme la plupart des pays, à l'importation. Les pays producteurs qui sont en Asie connaissent  des catastrophes naturelles qui font qu'ils ne sont plus enclins à exporter leurs productions. Ils préfèrent penser plutôt à leurs  propres populations. Jusqu'à maintenant, il n'y a que 6 à 7% de la production du riz qui est commercialisée. Si cette tendance à  réduire les quantités mises en vente sur marché mondial persiste,  Cela veut dire qu'il y aura moins de 7% de la production mondiale. Donc, il faudra débourser encore plus d'argent pour acheter qui  sera mis sur le marché. La réponse de la Côte d'Ivoire, c'est de  mettre en oeuvre dès à présent bien sûr des mesures d'urgence pour pouvoir commencer à produire. Mais, nous avons décidé de ne pas  nous arrêter à ces mesures d'urgence. Parce que demain, si la  crise vient à passer, nous allons retomber dans nos vieilles  habitudes, c'est-à-dire que nous allons continuer à importer. Pour le court terme, nous avons un plan de satisfaction des besoins,  d'accroissement de la production pour atteindre le niveau de 1960, où la Côte d'Ivoire était autosuffisante en riz. En 1976-1977,  nous avons même exporté du riz. Parce que nous arrivions à couvrir largement nos besoins. Ca veut dire que nous en avons la capacité, nous avons les ressources naturelles, soit les bas-fonds dans  lesquels nous pouvons produire deux cycles de riz par an. Donc, nous pouvons contrôler et maîtriser l'eau.   

     Q: Comment expliquez-vous la dépendance actuelle vis-à-vis des  importations ? 

     R: L'ADRAO, qui est un centre international travaillant pour  les pays africains, a mis au point la variété de riz Nerica. C'est un riz qui est très bien, qui est adapté aux conditions africaines. A côté du Nerica, nous avons en Côte d'Ivoire d'autres variétés de riz qui ont de très bonnes performances agronomiques. Nous avons  par exemple le XA10 ou encore le XA85. Une dizaine de variétés,  qui ont de bons comportements et qui ont un bon goût. Tous les  pays africains, qui ont pris l'option d'importer plutôt que de  produire du riz, ne favorisent pas le développement de  l'initiative nationale au niveau de la production. Puisque le riz  qui est importé revient moins cher que le riz qui est produit  localement. Le riz produit localement n'est pas compétitif. Le  paysan n'a même pas de pistes pour écouler sa marchandise à  Yaoundé ou à Douala. Il doit passer des jours entiers pour  atteindre le grand centre commercial en ville. Cette situation  contribue à augmenter les couts de production. Il y a de très bons résultats de recherche dans la quasi-totalité des pays africains,  mais ces résultats ne sont pas utilisés. L'environnement n'est pas propice à la diffusion de ces résultats.