(INTERVIEW par BAN Wei )
BERLIN, 25 avril (Xinhua) -- L'ethnologue et
sinologue allemand, Ingo Nentwig, a réfuté mercredi les allégations de
"génocide culturel" au Tibet, et critiqué certains médias occidentaux pour
ne pas donner la parole aux Tibétains ordinaires.
Génocide culturel ? Complètement faux
"Le concept de 'génocide culturel' est complètement
faux", a martelé le Dr. Nentwig, président du département de recherches au
sein du Musée d'ethnologie de Leipzig, dans une interview écrite
pour Xinhua. "La culture tibétaine est florissante et prospère en
Chine", y compris "la langue, la littérature, l'étude de la
littérature orale, la vie quotidienne et l'architecture
traditionnelle", a-t-il indiqué.
Selon M. Nentwig, la Chine a publié une vaste
collection de livres, journaux et magazines en langue tibétaine, et "il
existe un grand nombre de maisons d'édition tibétaines, non seulement au
Tibet, mais aussi dans les provinces voisines, même à Beijing".
Les écrivains tibétains écrivent en tibétain et en
chinois, et les traductions de livres de langues étrangères en tibétain
sont également disponibles en Chine, a-t-il expliqué, rappelant que
" Lhassa abrite même une académie de médecine traditionnelle
tibétaine".
Contrairement à "certains représentants de l'élite
réclamant l'indépendance du Tibet ou désireux d'exercer un pouvoir
politique dans la région", qui décrivent la modernisation de la société
tibétaine comme un "génocide culturel", "beaucoup de Tibétains
reconnaissent les opportunités de développement dans un Tibet
moderne, qui est en fait une partie de la Chine ouverte au monde
moderne", a souligné le chercheur allemand.
Assimilation systématique ? C'est hors de
propos
Une assimilation systématique de l'ethnie tibétaine
"par un afflux d'habitants de l'ethnie Han (population majoritaire en
Chine) dans les régions tibétaines il n'en est justement pas
question", selon le Dr. Nentwig.
"Si vous allez à Lhassa, vous pouvez peut-être avoir
l'impression qu'il y a beaucoup de Han et en tirer la conclusion que
ces derniers représentent plus de 50% de la population habitant dans la
ville", a reconnu le sinologue allemand, mais la plupart d'entre eux y
séjournent en fait pour une période temporaire.
Les militaires, par exemple, doivent partir après
leur démobilisation, les ouvriers sont là juste pour des projets de
construction, et des cadres y sont affectés pour une mutation de
routine. Si certains hommes d'affaires s'y installent, c'est pour
des activités commerciales, rarement ils envisagent un séjour
permanent, a analysé M. Nentwig.
Les Han se concentrent à Lhassa, a-t-il ajouté. "Si
vous partez pour les autres régions tibétaines, vous peinerez à trouver des
Han."
M. Nentwig a passé un mois au Tibet pour un projet
de recherche sur le terrain à l'été 2002. "J'ai fait mes recherches dans un
comté, où 20 ou 30 Han vivent parmi 50.000 à 60.000 Tibétains",
a- t-il expliqué.
Les habitants permanents de l'ethnie Han
représentent seulement 7% de la population totale du Tibet, tandis que la
proportion des Tibétains dépasse 90%, a précisé M. Nentwig.
En ce qui concerne les habitants pour un court
séjour, les Han représentent au maximum un quart de toute la population au
Tibet, alors que les Tibétains en constituent "la majorité écrasante
pour environ 75% à 80%", a-t-il poursuivi.
Les zones habitées par les Tibétains dans les
provinces voisines, telles que le Qinghai, le Gansu, le Sichuan et le
Yunnan, sont éthiquement et culturellement plus diversifiées. Là, les
Tibétains coexistent pacifiquement avec les Hans et d'autres groupes
ethniques comme les Hui, les Mongols, les Qiang, les Tu et les Salar depuis
des siècles, a ajouté l'expert.
Si les Tibétains exilés veulent assurer la dominance
culturelle ou politique, sous l'édentard de la "lutte contre
l'assimilation" ou "contre la sinisation", ce serait contraire à la vérité
historique et injuste pour les autres ethnies, a souligné
l'ethnologue allemand.
La vie des Tibétains ordinaires ? Beaucoup d'autres
choses à raconter
A propos du développement relativement ralenti du
Tibet en comparaison avec d'autres régions chinoises, le sinologue
allemand a énuméré quelques unes des raisons historiques et géographiques.
Le Tibet est "inapte à une industrialisation
globale", et son agriculture est entravée par des conditions naturelles"
du fait que les grandes zones de pâturage ont une "mince couche arable",
où "pratiquement rien ne peut être cultivé", a-t-il analysé.
Il a également rappelé que, avant 1950, il n'y avait
pas au Tibet de services ni de santé publique, ni d'éducation publique,
sauf l'enseignement monastique. Reconnaissant que ce fossé "ne peut
pas être réduit en un seul jour", M. Nentwig a indiqué que la moyenne
d'espérance de vie au Tibet est passée de 35 ans dans les années 50 à
actuellement 67 ans.
Il a salué comme un "grand progrès" la libération de
la grande majorité du peuple tibétain du joug du servage, ajoutant que la
plupart des Tibétains sont en bien meilleure situation qu'il y a
plus de 50 ans.
Le gouvernement chinois adopte une politique
ethnique "très généreuse" et les minorités ethniques bénéficient d'un
traitement préférentiel dans plusieurs domaines, a-t-il rappelé.
"Les Tibétains, par exemple, sont autorisés à avoir
deux enfants ... (et) les Tibétains dans les régions rurales peuvent
en avoir trois, voire même plus", alors que la majorité Han doit
respecter la politique de l'enfant unique, a-t-il signalé.
"Le dernier recensement montre que, ces 30 dernières
années, le taux de croissance démographique des Tibétains a été beaucoup
plus élevé que celui des Han", a-t-il précisé.
M. Nentwig a critiqué les médias occidentaux pour
n'être que les porte-paroles de l'ancienne classe dirigeante (les
représentants de l'ancienne théocratie et les aristocrates
féodaux qui ont perdu leur pouvoir et privilège d'"exploiter le peuple à
volonté"), tout en ignorant les voix des Tibétains lambdas qui " ont
une toute autre histoire à raconter".
En admettant qu'il reste beaucoup à améliorer dans
la politique chinoise pour les minorités ethniques, l'ethnologue allemand a
demandé un équilibre : "si quelqu'un veut critiquer la Chine, ces
critiques doivent être concrètes, constructives et fondées sur
l'expertise."
"Cela ne sert à personne si le non-sens est diffusé
comme l'ont malheureusement fait nombre d'organes de presse occidentaux qui
continuent à le faire", a relevé M. Nentwig.