ACCRA, 24 avril (Xinhua) -- Pour nombre de pays en
développement tributaires de l'exportation de produits de base,
il faut savoir profiter de la forte hausse des prix de ces produits,
mais aussi diversifier leur économie en réduisant leur dépendance
vis-à-vis des produits de base dont les prix peuvent décliner.
Tel est l'avis des économistes de la Conférence des
Naitons Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et de
participants à la 12ème session de la CNUCED en cours à Accra, au
Ghana.
Le baril de pétrole a dépassé la barre des 110
dollars. L'indice des prix de la CNUCED pour les produits de base autres
que les combustibles a atteint son plus haut niveau depuis 1960,
avec une hausse de 159% entre janvier 2002 et janvier 2008. Les prix
des métaux et des minéraux ont progressé de 285% sur la même période, et
ceux des matières brutes d'origine agricole de 133%.
En Angola, la vente de pétrole représente 95% des
revenus à l'exportation. Le ministre angolais de l'Industrie Joaquim
David, présent à la réunion de la CNUCED à Accra, a déclaré que son
gouvernement, prenant conscience des risques de la dépendance envers
le pétrole, a décidé de miser sur le renouveau d'autres secteurs
d'activité, grâce aux ressources générées par l'industrie pétrolière, et à
l'ouverture d'un programme de crédit de quatre milliards de dollars signé
avec la Chine.
L'an dernier, tous les secteurs industriels angolais
ont réalisé une croissance supérieure à celui du secteur pétrolier, a
affirmé Joaquim David.
Oman, où le pétrole représente plus de 60% des
ressources de l'Etat et plus de 40% du produit national brut (PNB),
consacre d'importants investissements aux industries non pétrolières, dont
le tourisme. Le sous-secrétaire omanais au Commerce et à
l'Industrie, Ahmeed Bin Hassan Al Dheeb, a évoqué l'ouverture
prochaine d'une station balnéaire ayant coûté 3 milliards de
dollars. L'objectif d'Oman est de porter la part du secteur non
pétrolier à plus de 50% de son économie.
M. Dheeb a affirmé que son pays accorde aussi
beaucoup de fonds aux universités et aux institutions de formation.
Pour sa part, la ministre ghanéen des Terres, des
Forêts et des Mines, Esther Obeng Dapaah, a évoqué la nécessité de
réfléchir à un plan permettant à l'industrie minière de profiter non
seulement aux sociétés minières mais aussi aux pays où elles
travaillent.
Au Ghana, a-t-elle dit, le secteur minier n'apporte
qu'une contribution de 6,44% au produit national brut (PNB) du pays, en
dépit de l'augmentation du cours de l'or sur le marché mondial.
Le gouvernement ghanéen a mis en place un Comité
national chargé d'examiner les moyens d'accroître les revenus miniers et
de renforcer la valeur ajoutée des produits. Mme Dapaah a ajouté que
dans ce contexte, le Ghana entend amender des lois libérales qui
sont "trop favorables" aux investisseurs.
Le ministre mauritanien du Commerce et de
l'Industrie, Sid'Ahmed Ould Raiss, a déclaré que son pays qui produit 11
millions de tonnes de fer par an et commence à prodouire du pétrole,
tire un grand profit de l'envolée actuelle des prix des produits de base.
La hausse des denrées alimentaires pose toutefois un sérieux défi à la
Mauritanie, importatrice nette de produits alimentaires.
Il a proposé une réflexion sur les questions
d'approvisionnement, car le marché ne joue plus son rôle. Les
risques sont tellement élevés dans le secteur alimentaire que les
importateurs ne veulent plus importer.
Le secrétaire d'Etat au Commerce de l'Ouganda,
Nelson Gaggawal, estime que la hausse du prix des produits de base est
l'occasion idéale pour aller de l'avant. Pour en profiter, les pays les
moins avancés doivent surmonter les problèmes liés au manque
d'infrastructures et de capacités de transformation.
Le ministre srilankais du Développement des
exportations et du Commerce international, Gamini Lakshman Peiris, a mis
l'accent sur la question fondamentale de la valeur ajoutée. Le gouvernement
srilankais a choisi d'investir dans les secteurs de pointe pour
améliorer la qualité du produit, notamment du thé et de la cannelle,
dont le Sri Lanka produit 90% de la demande mondiale.
Carlos Marcio Cozendey, représentant du Brésil, un
grand producteur de biocarburant, a démenti pour sa part l'existence
d'un lien entre les biocarburants et l'augmentation des prix des
denrées alimentaires.
Les biocarburants, s'est-il expliqué, sont fabriqués
à partir de différentes plantes. Au Brésil, l'éthanol est produit en
n'utilisant que 10% de la culture de canne à sucre.
M. Cozendey a par ailleurs affirmé que le Brésil
compte doubler la superficie des terres arables, déclarant que la crise
alimentaire actuelle montre la nécessité de miser sur la technologie
et de la mettre au service de l'agriculture.
Guy-Alain Emmanuel Gauze, représentant permanent
de la Côte d'Ivoire auprès des Nations Unies, a souligné la
nécessité d'examiner le caractère structurant des produits de base dans
les économies nationales et les nouveaux paradigmes de
coopération Nord-Sud et Sud-Sud pour atténuer la volatilité des
prix. L'examen doit aboutir à des recommandations techniques destinées à
changer le visage des produits de base et à promouvoir une révolution
verte articulée autour d'une agriculture fondée sur l'autosuffisance.