DAKAR, 10 avril (Xinhua) -- L'abandon en 2003 de la
chloroquine comme traitement préventif et curatif du paludisme au
Sénégal, encore impensable au début des années 1990, a eu une
incidence positive sur la lutte contre le paludisme, rapporte jeudi
l'Agence de presse africaine.
"Quatre années après l'abandon de la molécule, la
prévalence du paludisme a accusé un repli conséquent dans les villes", a
dit mercredi le directeur de recherche à l'Institut de recherche pour
le développement (IRD) basé dans la capitale sénégalaise, le Dr Jean
François Trape.
Selon le chercheur français qui a animé une
conférence au Centre culturel français, la prévalence du paludisme est
tombée autour de 2% dans zones urbaines et touche essentiellement les
enfants âgés de 0 à 6 ans.
La capitale, Dakar, n'affiche plus le même taux de
mortalité, en dépit du ratio encore important des consultations pour accès
palustre - un tiers des consultations est à mettre sur le compte du
paludisme.
L'inflexion du paludisme meurtrier chez les adultes,
après un seuil de résistance culminant sur l'ensemble du pays en 1993,
découle, d'un côté, de l'abandon de la prophylaxie et traitement
avec la chloroquine et l'association de nouveaux médicaments en
2004, de l'autre côté, selon le Dr Trape.
"La chloroquine qui a été un médicament de base en
Afrique depuis 1950 pour le traitement et la prophylaxie du paludisme a
connu des premiers cas de résistance du parasite en 1978 en Afrique
de l'Est. Des poches de résistance seront enregistrées en 1988 à Dakar
avant que l'ensemble du pays ne devienne résistant entre 1990 et 1993", a
expliqué le directeur de recherche de l'IRD.
"On est passé de zéro cas de résistance en 1987 à
Dakar à 51% en 1990, dans l'intérieur le rapport de résistance était de
zéro en 1989 et 48% en 1991. Au regard des chiffres, la résistance a
été explosive, c'est clair", a-t-il affirmé.
Une étude en 1998, consacrée à la publication des
résultats, va permettre de 1999 à 2002 une autre pilote celle-là à
l'intérieur du pays, avec l'introduction contrôlée de l'association d'une
molécule d'origine chinoise (artésunate) et l'amodiaquine
( camoquin). En 2002 le Sénégal opte pour un déploiement permanent.
L'efficacité des nouveaux médicaments prouvés en
2003, le Sénégal abandonne officiellement la chloroquine et sollicite en
2004 le financement des nouveaux médicaments.
Depuis 2006, le gouvernement du Sénégal a opté
officiellement pour le déploiement général des combinaisons à base de la
molécule d'origine chinoise. Trois millions de traitement associant cette
molécule et l'amodiaquine étaient réceptionnés à Dakar, a indiqué le
chercheur.
Mai 2006, les nouveaux médicaments sont mis en place
dans les 51 districts sanitaires du Sénégal à des coûts accessibles allant
de 600 francs CFA et la moitié pour les traitements adulte et
enfant.
Les autorités et les professionnels de
la santé continuent d'affirmer que le paludisme est la première cause
de mortalité au Sénégal, en dépit des avancées médicales indiquées
par le chercheur français.