WASHINGTON, 9 avril (Xinhua) -- Les récentes
turbulences financières à l'échelle mondiale, provoquées par
l'effondrement du marché immobilier américain, dû à la crise des
"subprimes", pourraient entraîner des pertes à hauteur de 945 milliards de
dollars au monde, a estimé mardi le Fonds monétaire international
(FMI) dans un nouveau rapport.
"Le système financier mondial a indubitablement
connu des tensions grandissantes depuis octobre 2007 et les risques qui
pèsent sur la stabilité financière demeurent toujours élevés", a mis
en garde le FMI dans son dernier Rapport sur la stabilité financière dans
le monde (GFSR).
PERTES COLOSSALES
"La crise a dépassé les confins du marché américain
des " subprimes", pour toucher concrètement les principaux marchés
immobiliers d'entreprise et résidentiel, le crédit à la consommation
et le crédit aux entreprises", a expliqué le FMI dans ce rapport.
Les Etats-Unis demeurent l'épicentre du phénomène,
mais les institutions financières d'autres pays n'ont pas été ainsi
épargnées, du fait des mêmes conditions financières mondiales
trop favorables et des faiblesses des systèmes de gestion et de
contrôle des risques dans différents pays.
La chute des prix immobiliers aux Etats-Unis et la
montée des impayés pourraient entraîner des pertes globales, crédits
immobiliers et titres connexes confondus, de quelque 565 milliards de
dollars, avec une détérioration des crédits de première qualité.
Cependant, le montant des pertes pourrait atteindre
jusqu'à 945 milliards de dollars, si l'on ajoute d'autres catégories de
prêts et de titres initiés ou émis aux Etats-Unis et se rapportant à
l'immobilier commercial et au crédit à la consommation et aux
entreprises.
Soulignant que ses estimations sur les pertes
financières mondiales demeurent néanmoins "incomplètes", l'institution
financière internationale a mis en garde contre des coûts réels plus
importants. "Nos estimations reposent certes sur des données peu précises
en matière d'engagements et d'évaluations, mais elles signalent un surcroît
de tensions sur les fonds propres bancaires et d'autres
dépréciations".
"De plus, en ajoutant les pertes des institutions
financières non bancaires, le système bancaire risque de subir d'autres
contrecoups à mesure que le débouclage des opérations de levier
se poursuivra", estime le rapport.
TURBULENCES ET IMPACTS
"Les marchés financiers sont actuellement tourmentés
par des tensions considérables, en raison d'une combinaison de trois
facteurs", a indiqué Jaime Caruana, directeur du département des
marchés monétaires et de capitaux du FMI.
"Tout d'abord, le bilan des institutions financières
fortement affaibli, ensuite la poursuite de la réduction du ratio
d'endettement et la diminution incessante des prix des actifs et
enfin l'environnement macroéconomique plus difficile en raison du
ralentissement de la croissance économique du monde", a-t-il
précisé.
La crise a réduit les capitaux et les financements
d'institutions financières importantes, qui sont obligées de
faire face à des risques systématiquement plus élevés. Celles-ci
devront recourir à l'augmentation de leurs capitaux propres ou à la
diminution de leurs réserves pour s'attaquer aux perturbations en
cours, indique le rapport.
En outre, les turbulences financières alimentent les
risques pour la stabilité financière du monde, forcent potentiellement
les institutions à réduire davantage leurs crédits, et pourraient
encore susciter des conséquences plus sérieuses pour la situation
macroéconomique, prédit le rapport.
Cependant, M. Caruana a fait remarquer que "les
récentes opérations de la Réserve fédérale américaine (Fed) pour résoudre
l'affaire de Bear Stearns et sa décision d'étendre des liquidités à
un plus grand nombre d'entités financières ont évité certaines séquelles,
bien que les pressions sur les financements persistent toujours".
Les marchés émergents ont jusqu'ici été relativement
moins touchés par les effets catastrophiques sur les marchés
industrialisés, mais à cause des conditions financières trop
favorables et du taux d'intérêt peu élevé avant la crise,
certains d'entre eux s'avèrent plus risqués aujourd'hui.
Les pays émergeants, notamment ceux d'Europe, ont
connu ces dernières années un fort essor de crédits. Certains d'entre eux
sont particulièrement vulnérables quant aux turbulences financières,
après avoir subi de grands déficits sur leur compte courant, financé par
les dettes privées ou les flux de portefeuille.
CONTRE-MESURE PRIORITAIRE
Le FMI, institution financière internationale basée
à Washington, a considéré juguler la propagation de remous vers
d'autres marchés et redresser le bilan des banques comme la
politique prioritaire des pays concernés.
"Il faudra notamment veiller à ce que les grandes
institutions financières d'importance continuent d'agir promptement pour
assainir leur bilan, mobiliser des fonds propres et des financements
à moyen-terme, même s'il est plus coûteux de le faire dès à présent, et ce
afin de rétablir la confiance et d'éviter que le mécanisme du crédit ne
s'affaiblisse davantage", a recommandé le FMI dans le rapport
analytique.
Bien que plusieurs investisseurs, dont des fonds
souverains, aient déjà apporté des capitaux, d'autres injections sont
vraisemblablement nécessaires pour contribuer à recapitaliser les
institutions", a-t-elle ajouté.
Par ailleurs, il est impératif que les
autorités nationales publient plus rapidement des informations substantielles
sur les institutions financières et clarifient des rumeurs circulant
sur le marché financier, tout en fournissant à temps des
informations exactes en ce sens, a souligné le FMI.