BRUXELLES, 3 avril (Xinhua) -- Des scientifiques
d'un consortium soutenu par l'Union européenne ont découvert une
mutation d'un gène humain qui provoque une dépendance à la nicotine,
et ont montré que cette mutation agissant sur un récepteur de la nicotine
avait des répercussions sur le comportement tabagique et provoquait ainsi
une augmentation de 30% des risques de cancer du poumon et de 20% des
risques de maladie artérielle périphérique.
Ces résultats sont issus du projet européen
GENADDICT ( génomique, mécanismes et traitement de la dépendance) qui est
soutenu par un financement d'une valeur de 8,1 millions d'euros
provenant du sixième programme-cadre pour la recherche de l'Union
européenne et des NIH américains (instituts nationaux de la santé).
"Cette percée est due non seulement à l'expertise et
au dévouement des chercheurs européens mais également à
l'intensification de la coopération entre les scientifiques
européens. L'Union européenne soutient la recherche dans le domaine
de la santé depuis plus de vingt ans et nous voyons clairement se
manifester les bénéfices de ces collaborations. Cet effort complète
d'autres politiques menées par la Commission européenne dans le domaine de
la santé publique", a déclaré Janez Potocnik, membre de la Commission
européenne (CE) chargé de la science et de la recherche.
La cigarette constitue un problème de santé publique
majeur. Le tabac est la première cause de décès évitable dans l'Union
européenne où il est responsable de plus de 500 000 morts par an. On
estime que 25% des décès dus au cancer et 15% de l'ensemble des décès dans
l'Union sont dus au tabagisme.
Tandis que les risques pour la santé de la
consommation de tabac sont bien connus, on ne sait que relativement peu de
choses sur les raisons qui vont amener certaines personnes à dépendre de
la cigarette et, de ce fait, à accroître leur risque d'être victime
d'un cancer du poumon ou d'autres maladies.
La dépendance à la nicotine est considérée comme le
principal facteur du tabagisme prolongé. GENADDICT a pour finalité
d'identifier les gènes qui participent à cette dépendance comme à
d'autres en regroupant les principaux organismes européens de
recherche publics et privés. Il s'agit d'un projet
multidisciplinaire intégré qui établit un lien entre la recherche en
génétique humaine sur des patients dépendants et des études génomiques sur
les souris.
GENADDICT représente un travail important de
coopération entre 12 équipes de 7 pays européens dont l'Islande, le
Royaume-Uni, l'Espagne, l'Allemagne, la Pologne et la Hongrie.
La mutation qui contribue au phénomène d'addiction à
la nicotine est localisée sur le chromosome 15q24 et a un effet sur
un récepteur nicotinique de l'acétylcholine dans le cerveau. Une
étude menée sur 11 000 fumeurs islandais participant au projet de
recherche a montré que cette mutation était plus courante chez
les grands fumeurs que chez l'ensemble des fumeurs et que dans la
population en général.
Une corrélation a également été établie entre la
présence de cette mutation et la probabilité d'un diagnostic clinique de
dépendance à la nicotine. Des comparaisons entre fumeurs actuels et
anciens fumeurs ont montré que les porteurs de ce gène muté tendaient à
fumer plus et avaient moins de chances d'arrêter de fumer.
Cette mutation est moins courante parmi les fumeurs
consommant moins de dix cigarettes par jour que parmi les non-fumeurs, ce
qui soutient l'idée qu'elle n'influence pas la décision de commencer
à fumer mais qu'elle provoque plutôt un risque de dépendance à la
nicotine chez ceux qui commencent.
Les nouveaux résultats des
recherches de scientifiques européens constituent une étape
importante dans l'identification des facteurs de risque génétiques ainsi que
des gènes jouant un rôle dans le phénomène de dépendance. La dépendance
est une pathologie du cerveau courante en Europe pour laquelle il
n'y a, cependant, guère eu d'avancées dans le
traitement médicamenteux au cours des vingt dernières années.