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La coopération chinoise est conçue de manière à privilégier les intérêts permanents des peuples (INTERVIEW)
  2008-03-23 20:28:33  

     DAKAR, 23 mars (Xinhua) -- Isselmou Ould Abdelkader, ancien  ministre mauritanien du Commerce, qui a séjourné en Chine en 2005  dans le cadre d'une rencontre d'amitié sino-arabe, a bien voulu  répondre aux questions de l'Agence de presse Xinhua (Chine  Nouvelle), dans le doux confort de sa retraite à Nouakchott.  

      

     Xinhua : Quel regard portez-vous sur les relations d'amitié et  de coopération depuis plus de 40 ans entre la Chine et la  Mauritanie ? 

      

     IAK : Les relations d'amitié existant depuis 40 ans entre la  Mauritanie et la République populaire de Chine ont été exemplaires à tout point de vue et de manière permanente. Le peuple  mauritanien a bénéficié des fruits de la Révolution chinoise en se faisant aider par le grand peuple chinois pour consolider son  indépendance et réaliser des progrès en matière de développement.  

     La Mauritanie a eu très tôt à apprécier la qualité de l'aide  que la RPC a commencé, malgré ses difficultés, à lui apporter dans le domaine économique avec l'aménagement de la Plaine de Mpourié  et l'introduction de la riziculture à Rosso, ainsi que la  construction du Port en eau profonde de Nouakchott, dans le  domaine social avec l'envoi d'équipes médicales dont le  comportement et le dévouement ont donné une idée du sens de la  Révolution en Chine et dans le domaine culturel avec la  construction de nombreuses infrastructures. Je ne fais pas un  bilan ici, je rappelle seulement quelques aspects de cette  coopération.  

     Les relations d'amitié entre les deux nations, les deux peuples et les deux pays ont donc été fructueuses. J'hésite à dire que ces relations ont été aussi mutuellement avantageuses car j'aurais  bien voulu que mon pays soit capable de rendre de plus importants  services en retour, au profit du grand peuple chinois. La  Mauritanie a aussi aidé la Chine chaque fois qu'elle le pouvait.  

     Xinhua : Comment voyez-vous le nouveau partenariat tous  azimuts qui lie Beijing et Nouakchott depuis le "Changement  politique" intervenu le 3 août 2005 en Mauritanie ? 

      

     IAK : Vous savez, il y a eu beaucoup de 3 août dans notre brève histoire et cela n'a jamais été la cause de l'affaiblissement des  relations entre les deux pays. La raison en est que la coopération chinoise est conçue de manière à privilégier les intérêts  permanents des peuples, indépendamment de ceux qui les dirigent.  

     Chaque fois les dirigeants chinois font preuve de confiance  dans la capacité du peuple mauritanien à survivre à ses  convulsions périodiques. Tous les régimes qui s'installent à  Nouakchott, cherchent à développer davantage la coopération entre  les deux pays, parce qu'ils savent combien le peuple mauritanien  tient à préserver ses liens avec le grand peuple de Chine.  

     Durant la dernière période, la coopération s'est davantage  consolidée et je suis sûr que pour aider le nouveau président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi, la République populaire de Chine  redoublera d'effort car la conjoncture dans laquelle il a accédé  au pouvoir est difficile et délicate à la fois. C'est un homme  plein de volonté; mais qui hérite d'une situation que par pudeur,  je ne voudrais pas qualifier. 

      

     Xinhua : Comment jugez-vous le rôle que jouent les  infrastructures réalisées avec le concours chinois dans le  développement socio-économique de la Mauritanie ? 

      

     IAK : Ces infrastructures ont joué un rôle capital dans le  développement du pays comme je l'ai indiqué plus haut. J'aurais  préféré cependant que l'accent soit mis davantage sur les  infrastructures hydro-agricoles. Cela aurait permis et pourra  toujours permettre de résoudre deux problèmes majeurs : un  problème de dépendance alimentaire vis-à-vis de la communauté  internationale malgré l'importance du potentiel du pays et un  problème de rénovation des rapports de production dans les  campagnes.  

     Il se peut que l'expérience de la Plaine de Mpourié ait été  moins encourageante qu'on devrait s'y attendre, mais je souhaite  que la coopération chinoise avec mon pays, s'oriente davantage  vers la réalisation des barrages et des lacs collinaires, surtout  dans les régions du Tagant, du Hodh El Gharbi, de l'Assaba et du  Hodh Echarghi. 

      

     Xinhua : Comment appréciez-vous la qualité de la coopération  entre la Chine et l'Afrique dans son ensemble ?  

     IAK : Je ne suis pas très informé sur le volume de la  coopération de la Chine avec l'Afrique. J'ai seulement  l'impression que les puissances ayant des relations plus anciennes avec ce continent, sont gênées par le style introduit par la Chine dans le mode de gestion du partenariat avec les différents pays  africains. Je crois que la Chine ne devrait pas se laisser  absorber par l'aspect ponctuel du marketing pur, sans  l'accompagner d'une politique d'investissement à long terme. Elle  doit parier davantage sur le déplacement inéluctable des pôles de  puissance économique, ce qui implique une stratégie à très long  terme en direction de l'Afrique. 

     Il est vrai que les Africains sont impatients à cause de leur  état de pauvreté et qu'ils veulent voir des résultats concrets,  mais cela ne doit pas empêcher de les aider à devenir plus  productifs. Aussi me semble-t-il nécessaire que la Chine envisage, au moyen d'investissements communs avec l'Europe, de tenir compte  de l'antériorité de cette dernière sur le continent. Nos amis  chinois sont très intelligents et je suis sûr qu'ils sauront  comment s'y prendre. 

      

     Xinhua : Quelle est votre opinion sur les actuels rapports  entre l'Afrique, la Chine et l'Occident ? 

      

     IAK : Il y a deux occidents en réalité, même si maintenant,  cette dualité n'est pas claire dans les esprits. Il y a un  occident qui semble devoir se préparer à un long hiver et un autre qui donne des signes de renaissance. Avec ce dernier, il serait  opportun d'envisager une gestion partagée des rapports avec le  continent africain. La Chine a entamé aussi, d'une certaine  manière, une longue période de mise à niveau qui risque de se  prolonger.  

     Elle doit éviter de s'engager dans une confrontation pour  laquelle elle n'a guère le temps car elle risque de compromettre  cette mise a niveau pour se doter d'une haute technologie qui est  aujourd'hui, la seule à pouvoir garantir la survie des grandes  nations.  

     Or il n'y a pas d'évolution technologique en dehors du  développement économique. Si Deng Xiaoping ne l'avait pas très  bien compris, la Chine aurait été avalée aujourd'hui. Pour cela,  il faudrait envisager les rapports de la Chine avec l'Afrique,  selon une formule de coopération triangulaire associant  nécessairement l'Europe en imposant à cette dernière d'abandonner  sa vieille politique de terre brûlée en Afrique et de consentir  des investissements de longue durée.