JOHANNESBURG, 29 février (Xinhua) -- Le président
français Nicolas Sarkozy a promis, jeudi lors de sa visite en Afrique du
Sud, un changement important des politiques de la France pour le
continent africain, où la France a joué un rôle colonial clé jusque
dans les années 1960.
La France ne jouera jamais un "rôle politique" en
Afrique, et elle aidera le continent à se lancer dans la mondialisation, a
annoncé M. Sarkozy.
Dans son discours devant le Parlement sud-africain
au Cap, M. Sarkozy a indiqué que la France a l'intention de renégocier
tous les accords de défense avec certains pays d'Afrique, parce qu'ils
sont obsolètes.
"Les accords de défense doivent refléter l'Afrique
d'aujourd'hui, pas d'hier", a-t-il souligné, cité par l'agence de
presse, SAPA.
"Nous sommes maintenant au 21e siècle contrairement
au 20e siècle. Il est incroyable que l'armée française doive parciper
aux conflits domestiques", a indiqué M. Sarkozy, élu en mai 2007.
Cela marquera un "tournant important" des politiques
controversées de la France, qui dispose encore de plusieurs milliers
de troupes dans ses anciennes colonies, telles que Djibouti, le Sénégal,
le Ghabon, la Côte d'Ivoire, le Tchad et la Centrafrique.
(Photo: Xinhua/AFP)
Qualifiant la présence militaire de la France en
Afrique de " problème fondamental", M. Sarkozy a annoncé plus tôt lors d'un
entretien avec le Star, un journal basé à Johannesburg, que : "Je
crois que les temps ont changé et que la France ne doit pas
nécessairement jouer le rôle de gendarme en Afrique."
"C'est le rôle de l'Union africaine (UA) et des
organisations régionales africaines", a-t-il indiqué, ajoutant que la
France est prête à aider l'UA et ces organisations "à jouer un rôle plus
actif et décisif dans le maintien de la paix en Afrique."
M. Sarkozy est arrivé jeudi matin au Cap pour une
visite d'Etat de deux jours en Afrique du Sud, qu'il a qualifié de rôle clé
pour la résolution des problèmes du continent africain, tels qu'au
Darfour et au Soudan.
Lors d'une conférence de presse conjointe avec son
homologue sud-africain, Thabo Mbeki, M. Sarkozy a annoncé que la France et
l'Afrique du Sud ont été invitées par le président soudanais,
Omar al-Bashir, à envoyer une délégation conjointe dans son pays "dans
les jours à venir", pour des négociations sur la crise du Darfour.
"Je suis content de l'accepter", a indiqué M.
Sarkozy.
M. Mbeki a salué l'annonce de M. Sarkozy que la
France examinera tous les accords militaires signé avec certains pays
africains.
"C'est un message important pour nous en tant
qu'Africains", a- t-il assuré lors de la conférence de presse, ajoutant que
cette démarche est significative pour la décolonisation totale de
l'Afrique.
Avant d'arriver en Afrique du Sud, M. Sarkozy a fait
une courte escale au Tchad, une ancienne colonie française plongée dans une
crise début février, après que des forces rebelles en eurent assiégé
la capitale et combattu les troupes du gouvernement.
Les troupes françaises stationnées au Tchad ont aidé
à évacuer les ressortissants étrangers et ont soutenu logistiquement le
gouvernement tchadien, ce qui a causé quelques critiques sur le fait
que la France n'a pas changé sa politique d'intervention.
M. Sarkozy a défendu la position de son gouvernement
lors de l'entretien avec le Star, expliquant que les troupes françaises
au Tchad n'ont pas participé aux combats, contrairement à "ce qui
aurait pu avoir lieu dans le passé".
"L'attitude de la France dans la crise du Tchad est
une preuve claire que ses relations avec l'Afrique ont changé", a-t-il
martelé.
ENGAGEMENTS ENVERS L'AFRIQUE
M. Sarkozy a annoncé devant le Parlement
sud-africain que son pays lancera une initiative de 2,5 milliards d'euros
pour financer environ 2.000 sociétés et créer 300.000 postes de travail en
Afrique dans les cinq années à venir. Cette initiative portera à 10
milliards d'euros l'engagement financier bilatéral de la France sur
l'Afrique sub-saharienne, a-t-il indiqué.
M. Sarkozy a promis une contribution continue de la
France pour que l'Afrique aboutisse à ses Objectifs du Millénaire pour le
développement, un plan des Nations Unies, afin de réduire de la
moitié la population mondiale vivant dans la pauvreté et la faim
d'ici 2015.
A propos des émigrants africains en Europe, un
problème épineux entre la France et quelques pays africains, M. Sarkozy a
appelé l'Afrique à travailler avec l'Europe contre l'émigration
incontrôlée.
L'émigration non maîtrisée en croissance a mis à
l'épreuve les capacités des pays destinataires dans l'offre de bons postes
de travail, de logements, de l'éducation et des soins médicaux, ce
qui conduit à beaucoup de problèmes, tels que la fuite de
cerveaux, le crime organisé et la xénophohie, a indiqué M. Sarkozy. Quelque
65% de l'immigration légale en France vient de l'Afrique, a-t-il
précisé.
Il a annoncé plus tôt au journal que la France a
signé des accords sur "la gestion conjointe des flux migrateurs", avec le
Sénégal, le Gabon, le Bénin et la RDCongo.
DISCUSSIONS COMMERCIALES EN AFRIQUE DU SUD
A l'issue des négociations bilatérales jeudi, MM.
Mbeki et Sarkozy ont annoncé bon nombre d'accords bilatéraux signés entre
les deux pays, allant de l'économie à la politique.
M. Sarkozy a aussi annoncé que la France enverra une
équipe d'ingénieurs en Afrique du Sud dans la semaine à venir pour
l'aider à résoudre la crise énergétique.
L'annonce a suivi la signature d'un accord de 1,4
milliard d'euros avec le fournisseur national d'électicité Eskom et la
société française Alstom, choisie afin de fournir des turbines pour
une nouvelle centrale électrique de charbon dans la province de
Mpumalanga.
M. Sarkozy a qualifié l'aide de "complètement sans
relation aucune" avec la tentative du géant nucléaire français Areva de
construire une centrale nucléaire en Afrique du Sud.
Areva, qui a construit la
première centrale nucléaire de l'Afrique du Sud, à Koeberg, près du Cap,
est en compétition avec la société américaine Westinghouse Electric pour
la construction d'une centrale de 120 milliards de rands (100 rands =
13,90 $), avec
une production deux fois supérieure à la première.
La PDG d'Areva, Anne Lauvergeon, fait partie des
quelque 40 hommes d'affaires français accompagnant M. Sarkozy lors de son
entretien avec des responsables supérieurs de l'Afrique du Sud et
des directeurs commerciaux, pour discuter des opportunités
commerciales de la plus grande économie de l'Afrique.
"Je veux, en général, plus d'établissements des
sociétés françaises en Afrique du Sud", a annoncé le dirigeant français au
Star.
La France est le huitième plus grand partenaire
commercial de l'Afrique du Sud, et l'un des importants investisseurs du
pays, selon le ministère sud-africain des Affaires étrangères.
Le commerce bilatéral a totalisé 25 milliards de
rands en 2007, avec un équilibre commercial en faveur de la France. Les
exportations de l'Afrique du Sud comptent principalement des
minerais, des métaux, ainsi que d'autres marchandises, tandis que
ses importations depuis la France sont constituées par des machines,
des produits chimiques et pharmaceutiques.
Environ 160 sociétés françaises sont présentes en
Afrique du Sud, dont plusieurs géants Total, Alcatel, Renault, Lafarge,
Danone et Peugeot-Citroën.
MM. Sarkozy et Mbeki présideront ensemble, vendredi
au Cap, le Forum du commerce de la France et de l'Afrique du Sud. Ensuite
le président français se rendra par avion à Johannesburg pour
rencontrer l'ancien président sud-africain, Nelson Mandela.