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Cameroun : la controverse autour de la modification de la  constitution prend de l'ampleur (PAPIER D'ANGLE)
  2008-02-20 08:45:53  

    ( Par LIU Fang)

  YAOUNDE, 19 février (Xinhua) -- La controverse autour de la  modification de la constitution, souhaitée par le président  camerounais Paul Biya pour lever la limitation des mandats  présidentiels, a connu une ampleur singulière ces derniers jours  avec d'une part la montée de voix des opposants et d'autre part,  la réaffirmation du soutien au président du parti au pouvoir.  

     Les rues de Douala, la capitale économique de ce pays, sont  devenues le théâtre de protestation contre la modification de la  constitution. Le samedi 16 février, le militant Mboua Massock y a  lancé une marche.  

     "Je ne marche pas contre la modification de la Constitution.  Mais je marche pour le départ de Paul Biya", avait-t-il déclaré.  

     Mboua Massock a été arrêté par la police avant que les  protestants avaient à peine commencé à marcher, selon Mutations,  un des journaux hostiles au régime de Paul Biya. 

     Trois jours auparavant, John Fru Ndi, le leader du parti  d'opposition Social Democartic Front (SDF), a initié une marche à  Douala après une conférence de presse où il s'est farouchement  opposé à l'idée de lever la limite des mandats présidentiels.  

     Appelant toutes les couches de la population à se joindre pour  dire non, John Fru Ndi, qui a perdu les élections présidentielles  en 1992 face à Paul Biya, a aussi proposé une sorte de "conférence constitutionnelle" qui regrouperait dans un débat toutes les  forces pour proposer une revision à fond de la constitution. 

     Parallèlement aux descentes dans la rue, une avalance de  critiques s'affichent dans la presse hostile au parti au pouvoir.   

     Mutations a saisi l'occasion du 75ème anniversaire de Paul Biya, le 13 février, pour dénoncer l'envie du président de "s'eterniser  au pouvoir".  

     "Aux termes du mandat en cours, Paul Biya aura 78 ans, et 85  s'il prenait l'option d'aller jusqu'en 2018. On notera sans doute  la même vision, et surtout la même ambition pour le Cameroun :  celle des projets qu'il continuera d'annoncer au fil de ses  messages à la nation, sans souci de leur realization," a lancé un  commentaire de ce journal.  

     Par ailleurs, des sondages cités par les opposants disent que " plus de 80% des interviewés" ou "des centaines de milliers de  citoyens" étaient contre une réinstauration à durée indéterminée  des mandats présidentiels. 

     Elu en 1997 et réélu en 2004, Paul Biya est dans son deuxième  septennat présidentiel. Dans son message des voeux du nouvel an,  il avait dit que "les arguments ne manquent pas qui militent en  faveur d'une révision, notamment de l'article 6" qui limite à deux septennats les mandats présidentiels.  

     Du côté du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du  Peuple camerounais (RDPC), dont Paul Biya est le president, le ton est le contraire.  

     Du 7 au 10 février, le RDPC a organisé un séminaire  d'information et de formation à ses 800-plus chefs de section afin de leur expliquer le bien fondé du souhait du président. 

     "Les militants de base de notre parti doivent vibrer au même  diapason que le sommet", selon René Sadi, le secrétaire général du parti, qui a aussi publié un article couvrant tout un page dans  une édition de Cameroun Tribune, le plus grand journal du pays et  supporteur fidèle du RDPC, pour justifier la proposition de Paul  Biya. 

     René Sadi a aussi dénoncé "une ingérence américaine" quand  l'ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique au Cameroun Janet  Elisabeth Garvey déclarait que son pays "condamne régulièrement la modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels  dans d'autres pays et déconseillons tout effort visant à réviser  la constitution lorsqu'une telle démarche pourrait être perçue  comme étant destinée à servir les intérêts d'un individu ou d'un  groupe". 

     Pour Jean Kenfack, le professeur de l'Institut des Relations  Internationales du Cameroun (IRIC), les Américains ont toujours  été constants en ce qui concerne la démocratie des autres pays,  mais il n'y a pas de constitution de modèle type.  

     Prenant comme example la constitution française qui n'impose  pas de limite aux mandats du chef d'état, il a expliqué qu'il  serait une autre sorte de violation de la volonté populaire de  limiter les mandates présidentiels si le peuple souhaitent élire  et réélire une personne qu'ils trouvent compétente. 

     "En plus, selon l'article 63 de la constitution camerounaise,  le président du pays a le pouvoir de prendre l'initiative sur la  révision de la constitution," a expliqué ce spécialiste en droit  constitutionnel et institutions politiques lors d'une interview  accordée à une correspondante de Xinhua. 

     Refusant de spéculer sur le dévelopment de la controverse, Jean Kenfack a insisté sur la nécessité d'un "débat ouvert" une fois  l'équipe de Paul Biya présentra un projet d'amendement de  constitution, ce qui est prévu pour le début de mars. 

     "Les camerounais jouissent d'une tradition de dialogue et de  paix, grâce à laquelle le Cameroun reste un îlot de stabilité  pendant une demi-siècle lorsque d'autres pays africains ont connu  des troubles de transition du pouvoir", a-t-il dit .  

     "Monsieur Paul Biya n'est pas seulement le président du parti  au pouvoir, il est aussi président de tous les camerounais. Nous  avons confiance qu'il est un bon animateur institutionel", a-t-il  ajouté.