( Par
LIU Fang)
YAOUNDE, 19 février (Xinhua) -- La controverse
autour de la modification de la constitution, souhaitée par le président
camerounais Paul Biya pour lever la limitation des mandats
présidentiels, a connu une ampleur singulière ces derniers jours
avec d'une part la montée de voix des opposants et d'autre part, la
réaffirmation du soutien au président du parti au pouvoir.
Les rues de Douala, la capitale économique de ce
pays, sont devenues le théâtre de protestation contre la modification de
la constitution. Le samedi 16 février, le militant Mboua Massock y a
lancé une marche.
"Je ne marche pas contre la modification de la
Constitution. Mais je marche pour le départ de Paul Biya", avait-t-il
déclaré.
Mboua Massock a été arrêté par la police avant que
les protestants avaient à peine commencé à marcher, selon Mutations,
un des journaux hostiles au régime de Paul Biya.
Trois jours auparavant, John Fru Ndi, le leader du
parti d'opposition Social Democartic Front (SDF), a initié une marche à
Douala après une conférence de presse où il s'est farouchement
opposé à l'idée de lever la limite des mandats présidentiels.
Appelant toutes les couches de la population à se
joindre pour dire non, John Fru Ndi, qui a perdu les élections
présidentielles en 1992 face à Paul Biya, a aussi proposé une sorte de
"conférence constitutionnelle" qui regrouperait dans un débat toutes les
forces pour proposer une revision à fond de la constitution.
Parallèlement aux descentes dans la rue, une
avalance de critiques s'affichent dans la presse hostile au parti au
pouvoir.
Mutations a saisi l'occasion du 75ème anniversaire
de Paul Biya, le 13 février, pour dénoncer l'envie du président de
"s'eterniser au pouvoir".
"Aux termes du mandat en cours, Paul Biya aura 78
ans, et 85 s'il prenait l'option d'aller jusqu'en 2018. On notera sans
doute la même vision, et surtout la même ambition pour le Cameroun :
celle des projets qu'il continuera d'annoncer au fil de ses messages
à la nation, sans souci de leur realization," a lancé un commentaire de ce
journal.
Par ailleurs, des sondages cités par les opposants
disent que " plus de 80% des interviewés" ou "des centaines de milliers de
citoyens" étaient contre une réinstauration à durée indéterminée des
mandats présidentiels.
Elu en 1997 et réélu en 2004, Paul Biya est dans son
deuxième septennat présidentiel. Dans son message des voeux du nouvel an,
il avait dit que "les arguments ne manquent pas qui militent en
faveur d'une révision, notamment de l'article 6" qui limite à
deux septennats les mandats présidentiels.
Du côté du parti au pouvoir, le Rassemblement
Démocratique du Peuple camerounais (RDPC), dont Paul Biya est le
president, le ton est le contraire.
Du 7 au 10 février, le RDPC a organisé un séminaire
d'information et de formation à ses 800-plus chefs de section afin de
leur expliquer le bien fondé du souhait du président.
"Les militants de base de notre parti doivent vibrer
au même diapason que le sommet", selon René Sadi, le secrétaire général
du parti, qui a aussi publié un article couvrant tout un page dans
une édition de Cameroun Tribune, le plus grand journal du pays et
supporteur fidèle du RDPC, pour justifier la proposition de Paul
Biya.
René Sadi a aussi dénoncé "une ingérence américaine"
quand l'ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique au Cameroun Janet
Elisabeth Garvey déclarait que son pays "condamne régulièrement
la modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels
dans d'autres pays et déconseillons tout effort visant à réviser la
constitution lorsqu'une telle démarche pourrait être perçue comme étant
destinée à servir les intérêts d'un individu ou d'un groupe".
Pour Jean Kenfack, le professeur de l'Institut des
Relations Internationales du Cameroun (IRIC), les Américains ont toujours
été constants en ce qui concerne la démocratie des autres pays, mais
il n'y a pas de constitution de modèle type.
Prenant comme example la constitution française qui
n'impose pas de limite aux mandats du chef d'état, il a expliqué qu'il
serait une autre sorte de violation de la volonté populaire de
limiter les mandates présidentiels si le peuple souhaitent élire et
réélire une personne qu'ils trouvent compétente.
"En plus, selon l'article 63 de la constitution
camerounaise, le président du pays a le pouvoir de prendre l'initiative
sur la révision de la constitution," a expliqué ce spécialiste en droit
constitutionnel et institutions politiques lors d'une interview
accordée à une correspondante de Xinhua.
Refusant de spéculer sur le dévelopment de la
controverse, Jean Kenfack a insisté sur la nécessité d'un "débat ouvert"
une fois l'équipe de Paul Biya présentra un projet d'amendement de
constitution, ce qui est prévu pour le début de mars.
"Les camerounais jouissent d'une tradition de
dialogue et de paix, grâce à laquelle le Cameroun reste un îlot de
stabilité pendant une demi-siècle lorsque d'autres pays africains ont
connu des troubles de transition du pouvoir", a-t-il dit .
"Monsieur Paul Biya n'est pas seulement le
président du parti au pouvoir, il est aussi président de tous les camerounais.
Nous avons confiance qu'il est un bon animateur institutionel",
a-t-il ajouté.