(Par LIU Fang et Raphaël MVOGO )
YAOUNDE, 8 février (Xinhua) -- Une semaine après les
violents combats qui ont opposé durant le weekend dernier à N'Djamena les
forces gouvernementales à une coalition de mouvements rebelles
décidés à renverser le régime du président Idriss Deby Itno, les
incertitudes persistent sur le climat sociopolitique au Tchad.
Les rebels, qui se présentent sous le nom de l'Union
des forces de la résistance (UFR), ont été repoussés par l'armée mais
restent stationnés vendredi à Mongo, capitale de la région du Guéra, en
plein centre du pays. Ils ont affirmé avoir effectué un "repli
tactique" en vue de préparer "l'assaut final".
Le président Deby a fait sa première apparition
publique lors d'une conférence de presse à mercredi à N'Djamena et son
gouvernement a instauré jeudi un couvre-feu dans la capitale et six
provinces du Centre et de l'Est. Il a promis de pourchasser les
assaillants jusqu'à leur dernier retranchement, au Soudan.
Des sources concordantes font état d'un début de
retour à la normale dans la capitale. Depuis deux jours, certains des
30.000 personnes qui ont déserté leurs foyers pour se réfugier dans la
province camerounais de l'Extrême-Nord à la frontière avec le Tchad,
ont commencé à retourner dans leur patrie.
"Il est vrai que personne ne peut prédire ce qui se
passera dans les jours à venir. Ce qui est sûr est qu'un certain nombre
de réfugiés vont rester pour une période indéterminée," selon
Jacques Franquin, le représentant résident du Haut Commissariat des
Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Cameroun.
L'incertitude sur le plan militaire mise à part, une
tension au niveau politique a fait surface avec le reportage des
arrestations et les exécutions des leaders des opposants, redoutés par les
organisations des droits de l'homme comme "une chasse aux
sorcières".
Pour Joseph Vincent Ntuda Ebodé, chef du Centre de
recherches d'études politiques et stratégiques de l'Université de Yaoundé
II, "l'une des raisons fondamentales des problèmes du régime tchadien
aujourd'hui tient au fait que le régime se soit aliéné le soutien de
pratiquement tous les partenaires au développement, de toutes les
puissances".
D'après le politologue, cette situation met le
pouvoir d'Idriss Deby Itno dans une position d'affaiblissement.
"Les rebelles partent et font entre 700 et 800 km
sans que le pouvoir puisse en être informé d'une manière ou d'une autre",
a-t- il rappelé.
Selon Ntuda Ebodé, "de manière générale, on peut
supposer que les puissances occidentales avaient les moyens d'informer. Et
parmi ces puissances, on peut considérer que les Américains d'un
côté, les Français de l'autre. C'est une certitude".
Pour un retour à la paix, il suggère que "les
consensus rompus soient rétablis, aussi bien du point de vue économique,
politique que social", car "c'est la condition même de stabilité d'un
système politique".
"Il est important que les pays de la sous-région
(Afrique centrale) se sent impliqués dans ce conflit. Pour une raison
simple: quel que soit le pays que vous prenez dans la zone CEMAC
( Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale), un
conflit d'importance au Tchad aura des répercussions sur ce pays-là",
a-t- il ajouté.
Justement, les chefs d'Etat de cet espace
géographique qui comprend outre le Tchad, le Cameroun, le Gabon, la
République centrafricaine, le Congo et la Guinée équatoriale, ont appelé
jeudi, dans un communiqué rendu public à Yaoundé à soutenir le
pouvoir tchadien afin de "mettre fin aux activités des groupes
armés" dans le pays.
Mercredi déjà, le gouvernement camerounais,
représenté par le ministre des Relations extérieures Henri Eyebe Ayissi,
et l'Union européenne (UE), représentée par l'ambassadeur de France
Georges Serre, ont signé un accord autorisant à la force européenne pour
le Tchad et la RCA (Eufor), qui s'apprête à se mettre en
mouvement sous mandat de l'ONU, à se servir du territoire camerounais comme
zone de transit.
La France dispose notamment d'un millier de soldats
au Tchad, dans le cadre de l'opération dite Epervier. Au lendemain de
l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies lundi à New
York d'une déclaration (non contraignante) invitant les Etats membres de
l'organisation mondiale à apporter leur appui aux autorités de N'Djamena,
le président français Nicolas Sarkozy a fait comprendre que Paris "ferait
son devoir" et avait "les moyens de s'opposer à une agression".
Mais les rebelles ont refusé la dissuasion. En plus,
les membres de l'Union des forces de la résistance ont accusé l'armée
française d'avoir bombardé leurs positions le dimanche 3 février
avec deux hélicoptères de type Puma.
"L'opposition nationale armée est plus que
jamais prête et déterminée à faire face à toute forme d'agression des
forces néocolonialistes françaises ou autres", affirment-ils.