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Climat politique peu rassurant malgré l'accalmie à N'Djamena (ANALYSE)
  2008-02-09 09:14:01  

    (Par LIU Fang et Raphaël MVOGO )

     YAOUNDE, 8 février (Xinhua) -- Une semaine après les violents  combats qui ont opposé durant le weekend dernier à N'Djamena les  forces gouvernementales à une coalition de mouvements rebelles  décidés à renverser le régime du président Idriss Deby Itno, les  incertitudes persistent sur le climat sociopolitique au Tchad. 

     Les rebels, qui se présentent sous le nom de l'Union des forces de la résistance (UFR), ont été repoussés par l'armée mais restent stationnés vendredi à Mongo, capitale de la région du Guéra, en  plein centre du pays. Ils ont affirmé avoir effectué un "repli  tactique" en vue de préparer "l'assaut final". 

     Le président Deby a fait sa première apparition publique lors  d'une conférence de presse à mercredi à N'Djamena et son  gouvernement a instauré jeudi un couvre-feu dans la capitale et  six provinces du Centre et de l'Est. Il a promis de pourchasser  les assaillants jusqu'à leur dernier retranchement, au Soudan. 

     Des sources concordantes font état d'un début de retour à la  normale dans la capitale. Depuis deux jours, certains des 30.000  personnes qui ont déserté leurs foyers pour se réfugier dans la  province camerounais de l'Extrême-Nord à la frontière avec le  Tchad, ont commencé à retourner dans leur patrie. 

     "Il est vrai que personne ne peut prédire ce qui se passera  dans les jours à venir. Ce qui est sûr est qu'un certain nombre de réfugiés vont rester pour une période indéterminée," selon Jacques Franquin, le représentant résident du Haut Commissariat des  Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Cameroun. 

     L'incertitude sur le plan militaire mise à part, une tension au niveau politique a fait surface avec le reportage des arrestations et les exécutions des leaders des opposants, redoutés par les  organisations des droits de l'homme comme "une chasse aux  sorcières". 

     Pour Joseph Vincent Ntuda Ebodé, chef du Centre de recherches  d'études politiques et stratégiques de l'Université de Yaoundé II, "l'une des raisons fondamentales des problèmes du régime tchadien  aujourd'hui tient au fait que le régime se soit aliéné le soutien  de pratiquement tous les partenaires au développement, de toutes  les puissances". 

     D'après le politologue, cette situation met le pouvoir d'Idriss Deby Itno dans une position d'affaiblissement.  

     "Les rebelles partent et font entre 700 et 800 km sans que le  pouvoir puisse en être informé d'une manière ou d'une autre", a-t- il rappelé. 

     Selon Ntuda Ebodé, "de manière générale, on peut supposer que  les puissances occidentales avaient les moyens d'informer. Et  parmi ces puissances, on peut considérer que les Américains d'un  côté, les Français de l'autre. C'est une certitude". 

     Pour un retour à la paix, il suggère que "les consensus rompus  soient rétablis, aussi bien du point de vue économique, politique  que social", car "c'est la condition même de stabilité d'un  système politique". 

     "Il est important que les pays de la sous-région (Afrique  centrale) se sent impliqués dans ce conflit. Pour une raison  simple: quel que soit le pays que vous prenez dans la zone CEMAC ( Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale), un conflit d'importance au Tchad aura des répercussions sur ce pays-là", a-t- il ajouté. 

     Justement, les chefs d'Etat de cet espace géographique qui  comprend outre le Tchad, le Cameroun, le Gabon, la République  centrafricaine, le Congo et la Guinée équatoriale, ont appelé  jeudi, dans un communiqué rendu public à Yaoundé à soutenir le  pouvoir tchadien afin de "mettre fin aux activités des groupes  armés" dans le pays. 

     Mercredi déjà, le gouvernement camerounais, représenté par le  ministre des Relations extérieures Henri Eyebe Ayissi, et l'Union  européenne (UE), représentée par l'ambassadeur de France Georges  Serre, ont signé un accord autorisant à la force européenne pour  le Tchad et la RCA (Eufor), qui s'apprête à se mettre en mouvement sous mandat de l'ONU, à se servir du territoire camerounais comme  zone de transit. 

     La France dispose notamment d'un millier de soldats au Tchad,  dans le cadre de l'opération dite Epervier. Au lendemain de  l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies lundi à  New York d'une déclaration (non contraignante) invitant les Etats  membres de l'organisation mondiale à apporter leur appui aux  autorités de N'Djamena, le président français Nicolas Sarkozy a  fait comprendre que Paris "ferait son devoir" et avait "les moyens de s'opposer à une agression". 

     Mais les rebelles ont refusé la dissuasion. En plus, les  membres de l'Union des forces de la résistance ont accusé l'armée  française d'avoir bombardé leurs positions le dimanche 3 février  avec deux hélicoptères de type Puma. 

     "L'opposition nationale armée est plus que jamais prête et  déterminée à faire face à toute forme d'agression des forces  néocolonialistes françaises ou autres", affirment-ils.