BEIJING, 5 février (Xinhua) --
L'expérience de développement de la Chine aidera la Banque mondiale à
"étayer" son rôle éminent dans la réduction de la pauvreté, selon
l'économiste en chef et le premier vice-président Justin Yifu Lin, lors
d'une interview exclusive accordée à Xinhua mardi.

Justin Yifu Lin (Photo d'archives :
Xinhua)
Le président de la Banque mondiale Robert B.
Zoellick a annoncé lundi la nomination du professeur d'université de
Beijing au poste d'économiste en chef et de vice-président en chef pour le
développement économique.
"La Banque mondiale peut seulement consolider son
rôle de leader dans la lutte globale contre la pauvreté en prenant des
mesures efficaces", a dit Lin. "Dans cette perspective, la Chine
peut fournir une expérience utile."
Lin est le premier économiste d'un pays en
développement à obtenir un poste à la Banque mondiale. Il a succédé au
Français François Bourguignon, qui était en poste de 2003 à octobre 2007.
Zoellick a déclaré dans une annonce qu'en tant que
"premier économiste en chef d'un pays en développement, et qu'expert en
développement et économique en agriculture, Justin Lin apportait des
compétences et une expérience uniques au groupe de la Banque mondiale".
En Chine, Lin a occupé les postes de vice-président
de la Fédération nationale d'Industrie et de Commerce de Chine.
Professeur à l'université de Beijing depuis 1993, il est connu pour
son travail sur les réformes économiques et agricoles ainsi que sur la
modernisation rurale.
"Cette nomination est un grand honneur et une
décision historique pour la Banque mondiale", a souligné Lin, disant
qu'"en choisissant un candidat venu de Chine, la Banque mondiale serait
capable de mieux servir les pays en voie de développement".
"De nombreux pays en voie de développement
deviennent des économies émergeantes. Ils ne manquent pas de prêts mais
les écarts de richesse au sein de ces pays augmentent".
Lin a dit qu'il pensait que la dépendance des pays
en voie de développement par rapport à la Banque mondiale s'affaiblissait
du fait que leurs besoins d'assistance financière devenaient moins
vitaux qu'auparavant.
"La Banque mondiale peut aider les pays en voie de
développement à réduire la pauvreté en leur offrant son expertise, ce
qui fait sa différence avec les autres institutions financières ", a-t-il
poursuivi.
La banque ne peut pas résoudre tous les problèmes
des pays en voie de développement, mais elle pourrait mettre l'accent sur
l'étude de modèles de développement ayant fait leurs preuves et que
les institutions financières pourraient suivre.
"Je vais travailler avec 700 autres économistes de
la Banque mondiale pour sélectionner des orientations et des sujets
d'études, pour comprendre les inquiétudes de long terme des pays en
développement, leurs défis et leurs opportunités. Ensuite nous
allons établir un cadre théorique sur ces problèmes", a-t-il
expliqué.
"Je vais aussi promouvoir la coopération entre la
Banque et la Chine, par exemple, dans la mise en place d'un mécanisme dans
lequel les deux parties peuvent jouer un rôle plus important dans
les affaires liées au développement africain", a-t-il dit.
Lin a prévu d'assumer ses fonctions à la fin du mois
de mai prochain après avoir enseigné au printemps à l'Université de
Beijing et terminé son travail au Centre de Recherche économique de
Chine (CREC).
Agé de 56 ans, Lin est le plus important économiste
de Chine et directeur du CREC, groupe de réflexion basé dans l'Université
d'élite de Beijing. La plupart de ses propositions sur les affaires
rurales, la réforme des entreprises publiques et sur la répartition du
revenu ont été adoptées par le gouvernement central.
Grâce à son renom international dans les économies
en voie de développement, il est considéré comme étant le premier candidat
chinois potentiel au prix Nobel d'économie.