( par YUAN Ye )
POLOKWANE (Afrique du Sud), 18
décembre (XINHUA) -- L'élection mardi de Jacob Zuma, ancien vice-président
de la République limogé en 2005, à la tête du Congrés national africain
(ANC, au pouvoir) marque le retour remarquable d'un homme politique
controversé et a provoqué diverses réactions en Afrique du Sud.
(Photo: Xinhua)
A la suite de l'annonce des
résultats électoraux, la majorité des délégués-électeurs, au nombre de
3.900, se sont lancés dans les célébrations, et klaxons de voitures et
chants ont retenti dans le campus de l'Université du Limpopo, où s'est
déroulé le congrès national de l'ANC.
(Photo: Xinhua)
Un Zuma solennel et un Mbeki
souriant sont montés ensemble sur la scène de la salle de conférence, où
les deux hommes se sont embrassés et serrés la main en signe de
félicitations avant de quitter la scène.
(Photo: Xinhua)
Zuma a battu Mbeki avec 2.329 voix contre 1.505 dans
leur course à la présidence de l'ANC, a confirmé mardi soir la
commission électorale du parti lors d'un congrès national tenu à
Polokwane, dans la province du Limpopo (nord-est).
Zuma, 65 ans, deviendrait probablement le prochain
président de la République, un poste traditionnellement assuré par le
président de l'ANC dans les élections générales. Aussi, le deuxième mandat
présidentiel de Mbeki doit expirer en 2009.
Les quatre autres postes de la direction supérieure
de l'ANC sont aussi occupés par les proches de Zuma, avec notamment le
vice- président Kgalema Motlanthe, ancien secrétaire général qui a
battu la ministre des Affaires étrangères, Nkosazana Dlamini-Zuma
(ex- épouse de Zuma), et le numéro trois Baleka Mbete, présidente du
Parlement qui a fait échouer le porte-parole du gouvernement Joel
Netshitenzhe.
FELICITATIONS ET DECEPTIONS
L'Inkatha Freedom Party (IFP, opposition) s'est
félicité de l'élection de Zuma, mais a mis en garde contre la lourde
charge pour diriger l'ANC, un vieux parti de 96 ans qui est aujourd'hui
plongé dans de profondes divisions en raison de la bataille ouverte
entre Zuma et Mbeki.
"Il s'agit d'un grand privilège et d'une
responsabilité pour diriger l'organisation, jadis conduite par Inkosi
Albert Luthuli et Nelson Mandela", a indiqué le chef de l'IFP, Mangosuthu
Buthelezi dans un communiqué, ajoutant que les tâches que Zuma va
entamer sont "énormes".
L'ancien président sud-africain Frederik Willem de
Klerk a déclaré que l'élection de Zuma revêtait d'une "importance
historique pour l'Afrique du Sud" et qu'elle "aura un impact majeur
sur la direction du pays pour les 5 à 12 années à venir".
Cependant, la chef de l'Alliance Démocratique
(principal parti d'opposition), Helen Zille, a estimé que la victoire de
Zuma marque "un jour de consternation tant pour l'ANC, que pour
l'Afrique du Sud". "Il est accusé que les membres de l'ANC ne
trouvent pas de meilleur candidat que Jacob Zuma pour les diriger", a
indiqué Helen Zille dans un communiqué.
Le Parquet national sud-africain pourra toujours
poursuivre Zuma, accusé de corruption et fraude fiscale dans une affaire
de contrat d'armement, alors que son conseiller financier Schabir
Shaik avait été condamné en 2005 à une peine de 15 ans en prison.
Mais l'Organisation civique nationale d'Afrique du
Sud (Sanco) a demandé l'abandon de l'enquête judiciaire contre Zuma après
son élection à la tête de l'ANC. "Nous pensons que cette enquête est
une chasse aux sorcières", a indiqué le secrétaire national de la
Sanco, Sello Molefe.
INQUIETUDE ET ATTENTE
Ayant de rejoindre en 1958 l'ANC, alors mouvement de
lutte contre le régime d'apartheid, M. Zuma avait été une fois
considéré comme le successeur de Mbeki, mais avait été limogé de la
vice- présidence de la République par ce dernier il y a deux ans après
la condamnation de son conseiller financier, puis jugé l'année
suivante pour le viol d'une jeune séropositive, dont il fut
acquitté.
Zuma est aussi célèbre pour ses propos controversés,
que pour sa vie privée. Il a été même étiqueté comme "le polygame le plus
connu de l'Afrique du Sud" par le journal sud-africain The Times,
pour le fait qu'il s'est marié au moins trois fois et est père d'une
douzaine d'enfants.
Malgré ces controverses et ces scandales, Zuma reste
populaire parmi les populations noires pauvres qui déclarent ne pas voir
leur vie améliorée après la fin de la gouvernance des Blancs.
Les partisans de Zuma critiquent Mbeki pour ses
politiques, qu'ils accusent de ne pas permettre l'enrichissement d'une
partie très limitée de la population, et espèrent que Zuma pourra
redistribuer les richesses du pays en faveur des pauvres.
Ces revendications ont suscité des inquiétudes parmi
les investisseurs sud-africains et étrangers, bien que Zuma ait agi
rapidement pour assurer la continuité des politiques économiques.
Quant à Johnson Mphahlele, un agent de sécurité à
l'Université du Limpopo et membre de l'ANC, le parti, sous la direction de
Zuma, honorera ses engagements à aidera la majorité pauvre à relever
leur niveau de vie.
"L'ANC ne représente pas le pouvoir
d'un individu, il prend des décisions collectivement", a déclaré ce père de
quatre enfants à Xinhua. "J'ai confiance en l'ANC, parce que c'est un
parti pour le peuple", a-t-il dit.