NEW YORK (Nations Unies), 3
décembre (XINHUA) -- Alors que cette semaine, les dirigeants du monde se
réunissent au sommet sur les changements climatiques à Bali, en Indonésie,
le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a plaidé pour une nouvelle
révolution industrielle "verte" et prévenu que si les
négociations s'enlisent du fait de l'ampleur et de la complexité des
questions, "nous perdrons notre ressource la plus précieuse, à savoir le
temps".
"Nous devons convenir d'une feuille de route vers un
avenir meilleur, assorti d'un calendrier serré pour produire un accord
d'ici à 2009", a plaidé le Secrétaire général dans son article
publié lundi dans le journal Washington Post.
"Nous ne savons pas encore à quoi pourrait
ressembler cet accord. Devrait-il imposer une redevance sur les émissions
de gaz à effet de serre ou créer un système international d'échange des
droits d'émission de carbone? Devrait-il prévoir des mécanismes
permettant d'empêcher la déforestation, responsable de 20 % des
émissions de carbone, ou aider les pays moins développés à s'adapter
aux conséquences inévitables du réchauffement climatique conséquences qui
seront tout particulièrement dévastatrices pour ces pays? Devrait-il mettre
l'accent sur la conservation et les carburants renouvelables, tels que la
biomasse ou l'énergie nucléaire, et prévoir des dispositions pour le
transfert de nouvelles technologies "vertes" à travers le monde?", s'est
interrogé le secrétaire général de l'ONU.
"Il ne s'agit pas seulement de créer un monde plus
propre, plus sain et plus sûr pour tous. Si nous nous y prenons bien, notre
combat contre le réchauffement climatique mondial pourrait en
fait ouvrir la voie à une transformation écologique de l'économie
mondiale, qui favorise la croissance et le développement plutôt
qu'elle ne les freine, comme le craignent beaucoup de dirigeants", a
souligné Ban Ki-moon.
"Nous avons assisté à trois transformations
économiques au cours du siècle dernier. Il y a d'abord eu la révolution
industrielle, puis la révolution technologique et enfin, la
mondialisation. Nous nous trouvons à présent à l'aube d'un autre
grand changement : l'ère de l'économie verte", a-t-il lancé.
"Les preuves abondent tout autour de nous, souvent
dans des endroits inattendus. Lors d'une récente visite en Amérique du
Sud, j'ai vu comment le Brésil, qui couvre environ 44 % de ses besoins
énergétiques grâce aux carburants renouvelables contre 13 % en
moyenne dans le monde et 6,1 % en Europe , était devenu l'un des
principaux acteurs de l'économie verte".
"On parle beaucoup du fait que la Chine est en passe
de devenir le plus gros émetteur de gaz à effet de serre, avant les
Etats- Unis. On parle toutefois moins des efforts que ce pays a
récemment consentis pour remédier aux graves problèmes environnementaux
auxquels il doit faire face. La Chine devrait investir environ 10
milliards de dollars dans les énergies renouvelables cette année, au
deuxième rang derrière l'Allemagne. La Chine est devenue un chef de file
mondial des énergies solaire et éolienne", a-t-il fait observer.
"Selon certaines estimations, l'augmentation de la
demande énergétique mondiale pourrait être réduite de moitié au cours des
15 prochaines années grâce aux seules technologies existantes,
produisant un retour sur investissement d'au moins 10 %".
Le nouveau rapport du Groupe d'experts
intergouvernemental sur l'évolution du climat décrit des mesures très
concrètes, qui vont de l'imposition de normes plus strictes pour les
climatiseurs et les réfrigérateurs à l'amélioration du rendement
énergétique dans l'industrie, le bâtiment et les transports.
Le groupe d'experts estime que la gestion climatique
ne pourrait coûter que 0,1% du PIB mondial par an, durant les 30
prochaines années, a dit M. Ban.
"Selon des recherches effectuées à l'Université de
Californie à Berkeley, 300.000 emplois pourraient être créés aux États-Unis
si 20 % des besoins en électricité étaient couverts par les énergies
renouvelables", a écrit M. Ban.
"Une grande firme de conseil basée à Munich prédit
que plus de personnes seront employées en Allemagne dans le secteur des
technologies écologiques que dans la construction automobile d'ici la
fin de la prochaine décennie".
"Le Programme des Nations Unies pour l'environnement
(PNUE) estime pour sa part que les investissements mondiaux réalisés
dans les énergies propres atteindront 1 900 milliards de dollars d'ici
à 2020 ce qui pourrait servir de capital de lancement pour
procéder à une reconfiguration générale de l'industrie mondiale".
"Déjà, dans de nombreuses régions du monde, les
industriels exigent des politiques publiques claires à cet égard, quelle
qu'en soit la forme qu'il s'agisse de réglementations, de plafonds
d'émissions ou de directives concernant l'utilisation rationnelle de
l'énergie. La raison en est évidente. Ils ont besoin de règles du jeu bien
définies. Il est tout à fait dans le mandat de l'ONU de les aider à
définir ces règles".
"Notre mission, à Bali et au-delà, sera de donner
forme à la révolution mondiale qui se dessine d'ouvrir la voie à l'ère
de l'économie verte et du développement vert", a souligné le
secrétaire général.