BRUXELLES, 26 novembre (Xinhua) -- L'Union
européenne (UE) souhaite que son partenariat stratégique avec la Chine
puisse être aussi global et solide que possible, a affirmé le Haut
représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité
commune, Javier Solana, lors d'un entretien par écrit accordé à
l'agence Xinhua vendredi dernier.
"Nos relations bilatérales avec la Chine sont très
bonnes. La Chine se trouve parmi les peu nombreux partenaires stratégiques
de l'UE au monde. Nous souhaitons que ce partenariat soit aussi
global et solide que possible", a-t-il indiqué à l'approche du
10e sommet UE-Chine, qui se tiendra à Beijing mercredi prochain.
"Je pense que le développement des relations
politiques entre l'UE et la Chine constitue l'une des importantes
réalisations dans notre partenariat stratégique", a précisé M.
Solana.
Il a affirmé que les sommets réguliers aident les
deux parties à passer en revue le développement de ce partenariat.
Selon lui, le sommet UE-Chine a beaucoup plus qu'une
valeur symbolique. "Il y a d'importants objectifs que nous pouvons
atteindre ensemble par l'augmentation des engagements dans des
affaires internationales et des problèmes mondiaux, en
particulier sur l'Afrique, le changement climatique et l'énergie", a
poursuivi M. Solana.
Le premier sommet Chine-UE a eu lieu à Londres, en
Grande- Bretagne, en 1998.
Le sommet est devenu "un important mécanisme" pour
les deux parties afin de renforcer la compréhension, réduire des litiges,
accroître la confiance réciproque et promouvoir la coopération, a
commenté pour sa part l'ambassadeur chinois auprès de l'UE, Guan
Chengyuan.
M. Solana a indiqué que les deux parties ont
renforcé leurs contacts, tant formels qu'informels, sur un large volet de
sujets.
L'UE accueille favorablement l'émergence de la Chine
comme un important acteur dans le système international "basé sur la
politique de développement pacifique" de cette dernière, a affirmé le
chef de la diplomatie de l'UE.
"Nous sommes surtout ravis des efforts de la Chine
pour résoudre le problème nucléaire de la péninsule coréenne et de son
rôle constructif dans d'autres importants dossiers, dont la
situation au Myanmar", a-t-il ajouté.
Quant à la coopération UE-Chine sur la scène
internationale, M. Solana a fait remarquer que des consultations entre les
deux parties en matière d'importants problèmes, tels que l'Iran, le
Moyen-Orient, le Myanmar, la péninsule coréenne et le Kosovo, aussi
bien que des défis mondiaux à savoir le changement climatique, "jouent un
important rôle pour la promotion de la paix et de la stabilité
mondiales".
"Je suis extrêmement content des contacts étroits
que j'entretiens personnellement avec mon collègue chinois, le
ministre des Affaires étrangères, Yang Jiechi. Nous nous sommes
rencontrés au moins quatre ou cinq fois cette année pour discuter
des problèmes d'intérêt commun", a-t-il précisé.
L'UE et la Chine ont étendu leur terrain de
coopération grâce à "un mécanisme de dialogue politique complet et
efficace", a indiqué M. Solana.
Les relations économiques et commerciales entre l'UE
et la Chine se sont développées rapidement ces dernières années. La
Chine constitue maintenant le deuxième plus grand partenaire
commercial de l'UE, tandis que l'UE est le plus grand partenaire
commercial de la Chine.
"L'UE et la Chine sont en train de devenir les plus
importantes partenaires économique et commerciale l'une de l'autre, cela
est dû aux grands efforts déployés par les deux parties au cours de
la décennie écoulée", a assuré M. Solana.
Il a indiqué que la coopération économique et
commerciale bilatérale est devenue l'un des plus importants ressorts pour
le renforcement du partenariat stratégique.
Quant aux frictions commerciales et aux autres
défis, M. Solana a invité les deux parties à discuter de la nécessité
d'entreprendre des "actions régulières" pour assurer un partenariat
commercial et économique équilibré, en faveur des deux parties.
La Chine et l'UE ont entrepris en janvier dernier
des négociations sur un nouvel Accord de partenariat et de
coopération, pour remplacer l'Accord de coopération commerciale et
économique datant de 1985 et qui est obsolète.
"Il est vrai que nos relations se sont développées
de manière si significative qu'il est nécessaire de les mettre sur une
base légale plus globale. C'est pourquoi nous avons démarré des
négociations sur un Accord de partenariat et de coopération", a
expliqué M. Solana.
Il a affirmé que les négociations "vont bon train",
avec "des progrès tangibles".
"Je suis persuadé que des progrès davantage
significatifs seront faits dans les mois à venir, bien qu'il soit trop tôt
pour prédire quand le nouvel accord sera conclu", a annoncé M.
Solana.
Au sujet de la perspective de la coopération
UE-Chine en Afrique, il a indiqué que le dialogue entre les deux parties
se développe bien depuis le dernier sommet UE-Chine et que de
nombreux problèmes discutés ont réalisé des progrès concluants,
en particulier au Soudan et en RDCongo.
"Coopérer pour réaliser la stabilité politique, la
croissance économique et la réduction de la pauvreté en Afrique est dans
l'intérêt de la Chine et de l'UE, et par dessus tout, des Africains
eux-mêmes", a martelé M. Solana.
Il a souligné que l'UE comme la Chine ont
"considérablement" contribué aux progrès réalisés dans des problèmes
africains.
L'UE et l'Afrique sont tombées d'accord sur une
Stratégie conjointe UE-Afrique, et un premier Plan d'action sera adopté
lors du sommet UE-Afrique en décembre prochain à Lisbonne, Portugal.
"Notre coopération avec l'Afrique, surtout par le
biais de l'Union africaine, joue un important rôle croissant par rapport
aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés, tels que le
changement climatique, le terrorisme, la non prolifération et la
migration", a précisé M. Solana.
"De tels défis ont effectivement besoin d'une
coopération et d'une coordination plus étroites avec la Chine dans le
futur", a-t- il ajouté.
Quant à l'épineux dossier de l'embargo militaire de
l'UE vis à vis de la Chine, a contrario avec le développement rapide des
relations bilatérales, M. Solana s'est déclaré "conscient de
l'importance de ce problème, pour les deux parties".
Il a exprimé la volonté de l'UE de progresser vers
la levée de l'embargo militaire.
"Je peux confirmer que nous voulons travailler vers
la levée de l'embargo sur la base du communiqué conjoint du sommet UE-Chine
2004 et des conclusions concernées du Conseil européen", a indiqué M.
Solana.
Quant au statut de la Chine comme économie de marché
totale, il l'a qualifié de "problème technique compliqué".
L'UE est "satisfaite des progrès réalisés jusqu'à
présent", a précisé M. Solana, appelant la Chine à faire plus pour que le
bloc des 27 nations européennes la reconnaisse.
L'UE n'a pas encore reconnu la Chine comme une
économie de marché totale, mais beaucoup d'autres pays l'ont fait.
La Chine a demandé à maintes reprises à l'UE de
lever l'embargo militaire et de la reconnaître comme une économie de marché
totale.
Lors du sommet UE-Chine à Helsinki (Finlande)
l'année dernière, le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a indiqué que la
résolution de ces deux problèmes en suspension est "dans l'intérêt de
l'UE elle-même", et que "plus les problèmes seront résolus tôt, plus de
bénéfices en découleront".
En ce qui concerne le problème de Taïwan, M. Solana
a réaffirmé que l'UE "s'attache fermement à la politique d'une seule
Chine".
"De bonnes relations entre les deux côtés du détroit
(de Taïwan) sont cruciales pour la paix et la sécurité dans la région et
dans le monde entier", a-t-il souligné, ajoutant que "nous pensons
aussi que les problèmes entre les deux côtés du détroit doivent être
résolus par le dialogue et des moyens pacifiques".
Aucune partie ne doit entreprendre quoi que ce soit
qui risque d'allumer des tensions et de porter atteinte à la stabilité
régionale, a souligné M. Solana.
"Nous nous intéressons à la promotion du dialogue, à
la coopération pratique et à la construction de la confiance. Nous
soutenons et accueillons favorablement tous les efforts pour
rechercher une base mutuellement acceptable pour des
discussions", a-t-il indiqué.
Par ailleurs, M. Solana a exprimé sa préoccupation
sur la tentative des autorités taïwainaises d'organiser un référendum
sur la candidature aux Nations Unies au nom de Taïwan, la qualifiant
d'"inutile".
"Il ne faut pas faire de déclarations ou d'actions
qui risquent d'accroître la tension entre les deux côtés du détroit (de
Taïwan) et qui risquent d'être considérées comme un changement unilatéral
du statu quo. Pour cette raison, nous considérons cette
initiative comme non souhaitable", a répété M. Solana.
Quant aux Jeux Olympiques 2008 qui auront lieu en
août prochain à Beijing, il a souligné que ce sera "un événement
extrêmement important, qui présentera au monde les progrès réalisés par la
Chine au cours de deux décennies écoulées".
La Chine peut compter sur la coopération de
la part de l'UE avant et durant les JO, pour assurer leur
déroulement sans anicroche, a conclu M. Solana.