PARIS, 24 novembre (Xinhua)
-- Le président français Nicolas Sarkozy a accordé vendredi une interview
par écrit à l'agence de presse Xinhua, à la veille de son départ pour une
visite d'Etat en Chine, soit son premier déplacement en Asie depuis son
élection à la Présidence française.
Voici le texte intégral de cette interview :
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Question (Q) : Monsieur le Président, ce voyage à
Pékin sera votre première visite en Chine depuis votre élection, ce sera
donc un grand événement dans l'histoire des relations entre nos deux
pays. Pourriez-vous nous dire ce que vous attendez de cette
visite? Quels messages voulez-vous passer au peuple chinois ?
Réponse (R) : Cette visite en Chine est mon premier
déplacement en Asie depuis mon élection à la Présidence de la République.
Ce que je veux dire au peuple chinois, c'est que la France est plus
que jamais engagée aux côtés de la Chine. Elle suit une ligne claire
sur l'unité de la Chine.
La France a confiance dans le développement de la
Chine. Je veux que ce développement soit une chance pour elle-même et pour
le monde. Face aux défis d'aujourd'hui, la France et la Chine
partagent une même volonté de paix, de prospérité et d'harmonie.
C'est dans cet esprit que j'entends travailler avec mon homologue
chinois, et nous avons beaucoup à faire ensemble, qu'il s'agisse de
l'environnement, des relations économiques ou de notre contribution à la
sécurité dans le monde.
En accédant à la puissance, la Chine a naturellement
vocation à assumer des responsabilités croissantes. C'est dans cet esprit
que j'ai proposé d'élargir le G8 pour y inclure en particulier la
Chine.
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Q : Vous avez défini le cadre de la politique
étrangère de la France lors de la conférence des ambassadeurs à Paris au
mois d'août de cette année. Comment voyez-vous les relations
politiques et économiques entre nos deux pays ?
R: La relation franco-chinoise est caractérisée par
une amitié et une confiance exceptionnelles. J'y suis profondément
attaché. Le partenariat stratégique global franco-chinois est une donnée
majeure de la politique étrangère de la France. Il est fondé sur la
coopération et le respect mutuel. Il a vocation à couvrir tous les champs
de coopération économique, scientifique, culturel. C'est une volonté
politique. Mais ce qui est encore plus important, c'est que les Français et
les Chinois se rencontrent, travaillent ensemble. 600.000 Chinois ont
visité la France l'année dernière, et ce courant va croître encore. La
création contemporaine chinoise suscite l'enthousiasme en Europe. Ce sont
des signes forts de la modernité de nos relations.
Ce que je souhaite pour les années à venir, c'est
que nos relations prennent un tour concret, avec des résultats tangibles
pour nos deux peuples. Au-delà des secteurs traditionnels, je
propose par exemple un nouveau champ de coopération sur
l'environnement.
La croissance chinoise, son émergence comme
puissance, suscitent l'admiration, mais aussi des interrogations. Mon
souhait est de transformer ces questions en autant de thèmes de
coopération entre nous.Ces relations doivent naturellement se
développer dans le cadre européen. La France présidera l'Union
européenne en 2008 lors du sommet Union européenne/Chine.
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Q : Selon vous, quels sont les efforts que nos deux
pays doivent déployer pour parvenir à une coopération gagnant-gagnant
? Comment voyez-vous l'avenir du partenariat global stratégique ?
R : La réciprocité et la coopération doivent être au
cur de notre action. Je souhaite que notre partenariat progresse encore
dans ce sens. Nous devons renforcer nos projets en cours ( nucléaire,
aéronautique, ferroviaire, par exemple). Dans le domaine économique, le
développement de coopérations gagnant- gagnant suppose que les conditions
d'une confiance durable sont réunies. Je souhaite créer les conditions de
relations économiques harmonieuses. En particulier, les entreprises des
deux pays doivent pouvoir compter sur le respect des engagements
contractuels, sur des cadres législatifs, efficaces et
impartiaux, ainsi que sur un système performant de protection de la
propriété intellectuelle.
C'est à mon sens une priorité commune pour nos deux
pays. Il est essentiel d'encourager les entreprises des deux pays à
travailler ensemble. Cela s'adresse bien sûr aux grands groupes,
mais aussi aux PME, qui offrent des technologies et des savoir- faire
de premier plan. Je suis heureux aujourd'hui d'accompagner quelque 200 PME
françaises dans leurs premiers contacts, et je l'espère, le développement
de leurs premiers partenariats, avec la Chine.
Enfin, je souhaite que nos échanges scientifiques
soient eux aussi tournés vers l'avenir. Je viens en Chine avec dix jeunes
chercheurs français de grand talent qui travaillent déjà avec la
Chine.
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Q : Monsieur le Président, vous êtes très attentif à
la question de l'environnement. Selon vous, comment un grand pays en
développement comme la Chine, avec une population nombreuse, peut- il
résoudre les contradictions entre le développement de son économie et la
protection de l'environnement ? Comment la France et la Chine
peuvent-elles renforcer leur coopération dans ce domaine ?
R : C'est un défi qui concerne tous les pays, qu'ils
soient développés ou en développement. La clé réside dans le
développement durable, c'est-à-dire dans un modèle de croissance
plus respectueux de l'environnement et de l'homme, une croissance
rapide, mais décarbonée. Notre responsabilité pour nos populations et
pour les générations futures est d'adapter nos appareils industriels et de
promouvoir un changement des comportements de chacun. C'est bien sûr très
long. La France vient juste de faire sa révolution verte : après un
dialogue avec l'ensemble des acteurs concernés et de la société civile,
nous sommes parvenus à un consensus : le développement durable sera au cur
de nos stratégies économiques et sociales. Ce qui peut sembler au départ
une contrainte devient une chance de progrès collectif.
La Chine se développe à un rythme spectaculaire. Je
sais que les dirigeants chinois veulent trouver les voies d'une croissance
plus respectueuse de l'environnement. L'environnement, c'est à la
fois un sujet pour les Chinois eux-mêmes et une affaire
planétaire. La France consacrera au travers de l'AFD plus de 150 millions
d'euros par an à la réalisation de projets d'infrastructures propres
en Chine. Nos entreprises vont contribuer elles aussi par leurs
investissements, par le transfert de leur savoir-faire, par leur
implication dans des projets de développement propre à l'amélioration de
la situation en Chine. Les entreprises françaises, dont de nombreuses PME,
s'engagent dans l'ensemble des provinces de Chine, où elles ont tissé des
liens solides. Je souhaite, au cours de ma visite, établir un grand
partenariat avec la Chine dans le domaine de la lutte contre le changement
climatique. C'est l'objet de la déclaration que nous allons adopter
sur ce thème.
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Q : Depuis votre entrée à l'Élysée, la diplomatie
française est très dynamique, et la France fait entendre sa voix sur tous
les points chauds de l'actualité internationale. Selon vous, quelles
sont les questions les plus brûlantes auxquelles le monde doit faire
face, et comment peut-on les résoudre ?
R : En ce début de XXIème siècle, la communauté
internationale est confrontée à de nouvelles menaces : prolifération des
armes de destruction massive, terrorisme de masse, criminalité organisée.
Il y a aussi un bouleversement des équilibres économiques qui
accroît la méfiance à l'égard de la globalisation, l'apparition
de crises financières, qui pourraient se reproduire si les États ne
choisissaient pas de mener une action résolue et concertée en faveur
de la transparence et de la régulation des marchés internationaux, ou
encore la question de l'immigration non maîtrisée. Nous avons aussi face à
nous des risques majeurs auxquels nous sommes les premiers à être
confrontés dans l'histoire de l'humanité, par exemple le réchauffement
climatique, ou la pérennité des approvisionnements énergétiques.
La Chine et la France sont membres permanents du
Conseil de sécurité. Ceci nous confère des responsabilités et des devoirs
: agir pour la paix et la sécurité et dépasser nos intérêts
immédiats.Face aux crises, nous devons travailler ensemble. La Chine
s'engage sur la Corée du nord, la Birmanie, l'Iran. C'est un développement
positif. Au Moyen Orient, quatre crises simultanées se développent.
S'agissant du conflit israélo-palestinien, la seule solution satisfaisante
est d'établir deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.
Il est indispensable de relancer sans délai une authentique dynamique de
paix. C'est ce que nous essayons de faire à Annapolis, où se rend Bernard
Kouchner. La France est passionnément attachée à la liberté et la
souveraineté du Liban. Nous souhaitons que les Libanais élisent
démocratiquement un Président en qui ils se reconnaîtront. Quant à la
tragédie de l'Irak, elle ne peut pas nous laisser indifférents. C'est une
nation qui se défait dans une guerre civile sans merci. Il n'y aura de
solution que politique et cette solution passe par un processus de
réconciliation nationale et un horizon clair de retrait des troupes
étrangères.
Le dossier capital pour la communauté internationale
est celui de l'Iran. Pour la France, un Iran doté de l'arme nucléaire est
inacceptable. Ce qui se passe est un facteur grave de
déstabilisation. La France est déterminée à poursuivre la politique
décidée à Six, avec la Chine, alliant sanctions croissantes, mais aussi
ouverture si l'Iran choisit de respecter ses obligations. Nous lui
proposons la coopération et la paix. Les solutions qui émergent sur la
Corée du Nord conduisent à la renonciation au nucléaire militaire et la
fermeture des installations de Yongbyon. Ceci montre, après le renoncement
de la Libye aux armes de destruction massive, qu'il existe un chemin
s'il y a une volonté. La France compte beaucoup sur l'engagement et
la fermeté de la Chine sur le dossier iranien.
Enfin, la Birmanie doit trouver un nouvel avenir
après la crise récente. La situation actuelle, faite de répression et de
sous développement est indigne, alors que ce pays devrait suivre ses
voisins dans la voie du progrès. Il faut soutenir la mission de
l'ONU, une démocratisation rapide et la libération des
prisonniers politiques.
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Q : Pour vous, la construction européenne constitue
la priorité des priorités de la diplomatie française, et vous avez
personnellement beaucoup contribué à résoudre la crise
institutionnelle de l'UE. Avec l'approfondissement de la
globalisation, les relations de coopération entre l'UE et la
Chine sont de plus en plus étroites. Quelles sont vos vues sur le
développement de ce partenariat ?
R : Les relations entre l'UE et la Chine se
développent rapidement. Elles doivent évoluer vers un partenariat
stratégique global. L'Union européenne est déjà le premier partenaire
commercial de la Chine. Il faut aller plus loin. C'est pour cette
raison que l'Union européenne et la Chine ont lancé la
négociation d'un nouvel Accord de partenariat et de coopération qui prévoit
une coopération renforcée dans tous les domaines. Le sommet Union
européenne/Chine se tiendra dans les prochains jours à Pékin.
J'ai confiance dans la présidence portugaise de l'Union européenne,
dans la Commission et dans Javier Solana pour faire progresser ce
grand projet. Nous devons aussi faire progresser notre dialogue sur
les questions de change. Je souhaite des relations harmonieuses et justes
entre les grandes devises, l'Euro et le dollar, le Yuan et le Yen. C'est
une condition de l'équilibre des relations internationales. Le premier
dialogue entre la Chine et les Européens sur cette question, mardi
prochain, est fondamental pour progresser.
En 2008, la France présidera l'Union européenne. Mon
ambition est de faire de 2008 une grande année euro-chinoise, et, au-delà,
entre l'Europe et l'Asie, grâce au sommet de l'ASEM, qui se tiendra
à Pékin.