Dépêche spéciale: La Chine renforce son contrôle sur l'utilisation des
terres pour assurer sa sécurité alimentaire (1)
BEIJING, 13 octobre (XINHUA) -- Face à l'expansion de
l'urbanisation et à la construction de nouvelles usines qui
nécessitent de plus en plus de terres, le gouvernement chinois
s'efforce d'appliquer les mesures politiques de contrôle les plus
strictes sur l'utilisation de terres et d'élever l'efficacité de
leur utilisation, afin d'assurer la sécurité alimentaire du pays.
La Chine, qui nourrit 22% de la population mondiale
avec seulement 10% des terres agricoles du monde, doit axer sa
politique foncière sur la restriction des expropriations terriennes
pour des projets de construction et sur l'utilisation plus efficace des
terres agricoles existantes, a affirmé Wang Xiaoguang, économiste à la
Commission d'Etat pour le Développement et la Réforme.
Avec une population devant atteindre 1,4 milliard
d'habitants d'ici trois ans, le gouvernement chinois avait fixé en 2006
une superficie plancher des terres agricoles du pays de 120 millions
d'hectares, limite en dessous de laquelle il est interdit d'aller
sous aucune circonstance, une telle superficie étant considérée
comme le minimum nécessaire pour nourrir toute la population
chinoise.
L'un des moyens de résoudre le problème est de
persuader les agriculteurs d'utiliser plus efficacement leurs terres, a
dit Wang.
Ma Youming s'est installé dans un nouvel appartement
avec sa femme et son fils il y a six mois. "Je ne suis plus un
agriculteur aujourd'hui et je travaille dans une entreprise. La plupart des
gens de mon village ont monté leurs petites affaires ou travaillent
comme salariés".
Ma, âgé de 42 ans, a indiqué que son village
Xinchang, dans la ville de Taizhou de la province orientale du Zhejiang,
comptait 250 familles avec un total de 875 personnes, vivant autrefois
dans un environnement insalubre et désordonné.
Mais une fois devenus riches, les villageois se sont
rendus compte qu'il n'y avait plus assez de terres pour qu'ils
construisent de nouvelles maisons.
Ils ont donc invité des professeurs de l'Université
du Zhejiang à Hangzhou, capitale de la province, à les aider à élaborer un
nouveau plan de développement d'urbanisme. En 2003, le plan a été
mis au point avec notamment une zone résidentielle pour les
villageois, une autre pour les services publics et le reste pour la
production agricole.
Yu Zheng, chef du village, a indiqué que grâce à ce
nouveau plan d'urbanisme, la surface de logements par tête d'habitant au
village s'est étendue à 82 m2, contre 37 m2 auparavant. "Il nous
reste aussi des terres pour le développement commercial. Nous avons
construit des magasins d'une surface totale des planchers de 2 500 m2 et
nous allons construire un immeuble de bureaux de 19 étages destiné à être
loué.
Les revenus collectifs du village se sont élevés en
2006 à 1, 5 million de yuans (200 000 dollars us) et devraient atteindre
quelque 2,5 millions de yuans (330 000 dollars us) en 2007, a dit
Yu.
Ma Youming s'est dit satisfait de son nouvel
appartement. " Nous n'avons pas besoin de payer les frais de gestion
immobilière des logements ni ceux destinés à l'entretien des arbres et du
gazon, parce qu'ils sont tous payés par le village", a-t-il dit.
Yu a souligné que la planification scientifique et
l'utilisation efficace des ressources limitées de terres avaient
transformé la vie des habitants.
Selon un rapport de l'Institut de recherche du
Développement et de la Réforme du Zhejiang, les maisons dans les régions
rurales de la province occupent des terres de façon irrationnelle. Si
les terres pour les habitations étaient utilisées de façon plus
efficace et plus rationnelle, au moins 100 000 hectares de terres
pourraient être convertis en terres agricoles, ce qui représente 5, 7
fois la superficie des terres affectées aux projets de construction dans
l'ensemble de la province en 2006.
Selon des experts des problèmes ruraux, vivre de
façon décentralisée dans les campagnes est en Chine une tradition
plusieurs fois millénaire, qui a entraîné l'utilisation de vastes
terres agricoles et qui n'est plus adaptée aux conditions de la
Chine moderne. Une campagne intitulée "Echangez votre maison contre
un appartement", lancée actuellement dans les régions côtières
économiquement développées du pays, devrait économiser 40% des terres
utilisées pour les habitations, réduisant la menace pesant sur les terres
agricoles et favorisant l'augmentation de la consommation chez les
agriculteurs.
Cependant, ont indiqué les experts, cette campagne
pour loger les agriculteurs dans des appartements se déroule
actuellement de façon satisfaisante uniquement dans les régions
côtières et les banlieues des grandes et moyennes agglomérations, où
les secteurs manufacturier et des services sont florissants. Par contre,
elle a encore de grandes difficultés à être mise en oeuvre dans les
régions de l'ouest du pays, encore sous- développées sur le plan
économique.
Les autorités de la province du Fujian (est) ont
pris à coeur le thème de la "Journée nationale de la Terre" du 25 juin
dernier -- "Utilisation efficace des terres pour préserver les
terres agricoles". Elles ont proposé aux habitants ruraux des plans
de logements de 15 styles architecturaux différents, qui sont adaptés aux
conditions climatiques, géologiques et économiques du sud de la Chine,
ainsi qu'aux modes de vie des régions côtières et montagneuses de la
province.
Les autorités du Fujian ont ainsi distribué ces
plans à quelque 100 000 familles rurales de la province et aidé 37 000
familles à construire des logements satisfaisants et peu
consommateurs de terres.
L'efficacité de l'utilisation des terres ne concerne
pas uniquement les êtres humains et de nouvelles fermes d'élevage ont
été construites pour préserver des terres agricoles.
La Xinling Farming and Animal Husbandry Co. à
Jinjiang dans la province du Fujian a construit trois bâtiments de cinq
étages destinés à l'élevage de 2 000 porcs chacun. Les femelles passent
leur période de grosesse au 4ème étage et descendent au 3ème
étage pour donner naissance aux porcelets, qui, après le sevrage, sont
nourris au même étage, avant de prendre l'ascenseur pour
descendre dans les trois étages en dessous pour y être élevés. (à
suivre)
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Dépêche spéciale: La Chine renforce son contrôle sur
l'utilisation des terres pour assurer sa sécurité alimentaire
(2)
BEIJING, -- Le gouvernement a en outre renforcé le
contrôle sur le commerce illégal de terres pour éviter l'occupation de
davantage de terres agricoles.
Les efforts du gouvernement ont commencé à porter
leurs fruits. Selon le ministère du Territoire et des Ressources
naturelles, la Chine comptait 122 millions d'hectares de terres
agricoles en 2006, soit une baisse de 307 000 hectares (-0,25%) par
rapport à 2005. Cependant, 367 000 hectares de terres ont été reconvertis
en terres agricoles, soit une superficie supérieure de 42% à celle des
terres expropriées pour les projets de construction l'année
dernière.
La population chinoise, forte de 1,3 milliard de
personnes, a besoin approximativement de 500 millions de tonnes de
céréales par an, soit plus de 300 kg par tête et par an. En 2006, la
production céréalière du pays s'est élevée à 490 millions de tonnes,
ce qui signifie que 122 millions d'hectares de terres agricoles suffisent
tout juste à nourrir 1,3 milliard de personnes.
"La production céréalière doit augmenter en même
temps avec la croissance démographique, et la Chine ne peut plus se
permettre de diminuer la superficie de ses terres agricoles", a dit Chen
Qizhou, directeur du Centre de recherche dépendant du ministère
du Territoire et des Ressources naturelles.
Chen a indiqué que la population chinoise devrait
atteindre 1,4 milliard d'habitants vers 2010 et que la superficie de 120
000 hectares de terres agricoles était un minimum ne pouvant être
réduit.
Pour améliorer la gestion des terres, la Chine a
lancé son second recensement national des terres qui devra être achevé en
2009. Elle a aussi adopté la Loi sur la propriété, qui assure une
protection spéciale des terres agricoles et restreint strictement
les expropriations des terres agricoles à des fins de construction.
La construction de villas, terrains de golf et
centres de formation pour les institutions gouvernementales et les
entreprises d'Etat a été interdite, au moins provisoirement.
En avril dernier, la Commission d'Etat pour le
Développement et la Réforme, le ministère du Territoire et des Ressources
naturelles et le ministère de la Construction ont publié une
circulaire conjointe sur les projets de zones de développement, qui
indique que le nombre des zones de développement a diminué de 6 866
auparavant à 1 568 et que les projets de création de nouvelles zones
économiques au niveau provincial ne seront plus approuvés par les
autorités centrales. La publication de cette circulaire a pour but
d'endiguer la mauvaise utilisation des terres dans les zones de
développement non conformes aux normes.
En même temps, le gouvernement chinois met en place
un système centralisé de supervision des terres à l'échelle
nationale, tout en créant 9 bureaux régionaux.
Selon le ministère du Territoire et des Ressources
naturelles, par rapport à 2005, moins de terres ont été
approuvées pour des projets de construction en 2006, mais 131 077 cas
d'utilisation illégale de terres ont été découverts dans l'ensemble
du pays, en hausse de 17,3% en base annuelle, tandis que ces cas ont porté
sur quelque 100 000 hectares de terres, en hausse de 76,7%, y compris 43
000 hectares de terres agricoles.
Des observateurs ont indiqué que malgré
l'établissement de mesures politiques pour le contrôle de l'utilisation
des terres, l'obsession des gouvernements locaux pour la croissance du
PIB, la mauvaise application de ces mesures politiques et les sanctions
trop légères contre les auteurs de violations de lois ont
favorisé l'augmentation des infractions.
Zou Yuchuan, membre du Comité national de la
Conférence consultative politique du Peuple chinois, a indiqué que
l'utilisation et la protection des terres ne figurent pas dans
les critères d'évaluation des officiels locaux, qui, en conséquence,
n'hésitent pas, au détriment de la préservation des terres, à
" accomplir des performances" pour obtenir des promotions dans leur
carrière politique.
Des experts ont proposé d'amender la loi actuelle
sur la gestion des terres, afin de restreindre le pouvoir des
gouvernements locaux dans l'approbation des projets d'utilisation de
terres, et d'instaurer un système efficace de responsabilité.