Dépêche
spéciale: Calmer la surchauffe de l'économie chinoise (1)
BEIJING, 1er octobre (XINHUA) -- La zone de
développement de Tianjin prospère grâce aux investissements étrangers,
mais lorsqu'elle a rejeté récemment un projet étranger d'installation
d'une usine de transformation de papier, elle a soulevé peu
d'opposition.
Ce projet figure parmi les 100 candidatures
d'entreprises refusées en moins d'un an par cette zone située dans la plus
grande ville portuaire de Chine du nord, en raison de problèmes
de pollution et d'une consommation énergétique élevée.
"Cela répond aux efforts du gouvernement central de
développer l'économie en économisant de l'énergie et en protégeant
l'environnement", a indiqué Li Yong, directeur du comité
d'administration de la zone.
Parallèlement, la ville de Wuxi dans l'est de la
Chine a refusé un projet de papeterie d'un montant de 1,8 milliard de
dollars. La zone industrielle de Songjiang de Shanghai a également rejeté
un projet polluant de 1,9 milliard de yuans. Et la zone industrielle
de Kunshan du Jiangsu a dépensé 500 millions de yuans pour éloigner
les entreprises polluantes de la ville au cours des trois dernières
années.
La stratégie du gouvernement pour attirer des fonds
étrangers a évolué. De "l'échange d'un marché contre des technologies" en
vigueur à la fin des années 1970, lorsque la Chine a entamé ses
réformes économiques et son ouverture vers l'extérieur, elle est
passée à l'introduction de fonds étrangers pour accélérer le
développement économique régional dans les années 1990 et à la mise
en oeuvre de projets technologiques peu polluants, a déclaré le professeur
Xu Fu de l'université de Nankai à Tianjin.
Des experts industriels ont précisé que la nouvelle
préoccupation à avoir pour permettre le développement durable de la
Chine n'était pas la croissance rapide, mais le coût provoqué par cette
croissance rapide.
Un développement trop rapide?
La Chine connaît un développement économique "rapide
et efficace" depuis dix ans.
Depuis 1990, l'économie chinoise se développe
rapidement avec une croissance annuelle moyenne d'environ 10%. Fin 2005,
la Chine a dépassé la Grande-Bretagne au rang de 4ème puissance économique
mondiale en termes de produit intérieur brut (PIB), derrière les
Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne. Durant ces 5 dernières
années, la Chine a contribué en moyenne annuelle à environ 13% de la
croissance économique mondiale.
Cependant, la Chine a payé le prix de la poursuite
aveugle d'une augmentation de son PIB --sa consommation énergétique
importante, et une pollution très grave qui menacent le
développement durable et provoque les critiques de la communauté
internationale.
L'un des effets secondaires de la croissance rapide
de la Chine est le sacrifice de l'environnement. Les mines de charbon
surgissent comme des pousses de bambou après une pluie
printanière pour répondre à la demande d'énergie croissante.
Ma Kai, ministre chargé de la commission d'Etat pour
le Développement et la Réforme, a dit: "nous continuerons de changer
le modèle de croissance du pays cette année, en réduisant davantage
la consommation énergétique et la pollution.".
Le président chinois Hu Jintao a également souligné:
"les gouvernements à tous les échelons doivent s'efforcer de mieux
contrôler la croissance économique et prévenir la surchauffe de
l'économie."
Une économie poussée par les investissements
L'économie chinoise maintient un développement qui
repose sur les investissements. Le premier semestre de cette année a
enregistré une croissance de 25,9% des investissements en capital
fixe pour atteindre 5 410 milliards de yuans, en dépit d'un
ralentissement de 3,9 points de pourcentage par rapport à la même
période de l'année dernière.
L'essor des investissements vient des liquidités
excessives et des nouveaux projets d'investissement, a remarqué Li
Xiaochao, porte-parole du bureau d'Etat des Statistiques.
Selon les statistiques officielles, les
investissements dans de nouveaux projets au cours du premier semestre de
l'année ont augmenté de 6,4%, contre 6,1% de janvier à mai.
"Les coûts peu élevés des investissements et des
ressources ont également incité des entreprises à accélérer leurs
investissements dans certains secteurs," a souligné Li.
Les investisseurs ont été également attirés vers les
secteurs à fort taux de profit comme le fer et l'acier.
Les fondements du développement économique ne sont
pas encore suffisamment solides, le taux de croissance du PIB demeure très
rapide, et les sacrifices consentis sont très élevés. Ma Kai a donc
souligné que le gouvernement continuera à contrôler l'investissement en
capital fixe.
Equilibrer le déficit commercial
Equilibrer la balance des paiements internationaux
est devenu l'une des priorités du gouvernement. Les dirigeants chinois se
sont engagés à redoubler d'efforts pour développer vigoureusement
les importations et les investissements chinois à l'étranger, tout en
maintenant une croissance rationnelle des exportations et en encourageant
les investissements étrangers.
Selon les statistiques des douanes, la Chine a
enregistré un excédent commercial de 136,817 milliards de dollars durant
les 7 premiers mois de l'année, soit une progression de 81% en
glissement annuel.
Ayant attiré plus d'investissements étrangers que
d'autres pays en développement depuis 15 années consécutives, la Chine
détient environ 1 330 milliards de dollars de réserves de devises.
La hausse de l'excédent commercial engendre de
fréquents différends commerciaux, tandis que l'important excédent des
paiements internationaux a augmenté la pression à la hausse sur
la monnaie chinoise (RMB).
Des experts ont indiqué que la grande quantité de
réserves de devises a obligé la banque centrale à émettre davantage de
RMB, provoquant une fluidité monétaire excessive sur le marché
financier intérieur. Ils proposent que le gouvernement se concentre
sur l'introduction d'un plus grand nombre de technologies de pointe, sur
le développement de méthodes de gestion modernes, et sur l'arrivée de
personnel étranger.
Selon les experts, le gouvernement chinois
continuera à encourager les entreprises chinoises à investir à
l'étranger.
L'investissement à l'étranger par les entreprises
chinoises en est à ses débuts, mais a connu une croissance rapide, a
indiqué l'adjoint au ministère du Commerce Chen Jian.
Les chiffres du ministère du Commerce montrent que
les investissements à l'étranger étaient de 16,1 milliards de dollars
en 2006, soit une augmentation de 31,6% sur une base annuelle. Rien
qu'au premier trimestre de cette année, les investissements chinois à
l'étranger ont atteint 4,27 milliards de dollars, en hausse de
22,7%.
M. Chen a prévu que les investissements à l'étranger
atteindraient 66 milliards de dollars durant le 11ème quinquennat
(2006-2010), et environ 30 milliards de dollars vers 2020. (à
suivre)
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Dépêche spéciale: Calmer la surchauffe de l'économie
chinoise (2)
Accroître la demande intérieure
Parmi les trois moteurs de l'économie --
exportations, investissements et demande intérieure -- la demande
intérieure est la priorité.
Selon le bureau d'Etat des Statistiques (BES), au
cours du premier semestre de cette année, l'investissement a diminué mais
la consommation a stimulé la croissance économique.
Le volume des ventes de détail au cours des six
premiers mois de l'année a augmenté de 15,4%, soit une hausse de 2,1
points de pourcentage sur une base annuelle, a dit Li Xiaochao,
fonctionnaire du BES.
"L'évolution de la demande intérieure depuis le
début de cette année est ce que nous attendons", a précisé M. Li. Il a
attribué cette évolution à la croissance rapide des revenus.
"La bonne performance du commerce chinois ces
dernières années et les subventions du gouvernement pour les foyers à bas
revenus, ainsi que les salaires minimum plus élevés des travailleurs
ruraux aident à accroître les revenus des habitants des villes et des
campagnes," a dit M. Li.
La croissance économique rapide de la Chine a permis
à près de 200 millions de personnes de sortir de la pauvreté au cours des
deux dernières décennies, mais le déséquilibre du développement
laisse encore des millions de pauvres dans la souffrance, notamment
à cause de l'augmentation des frais d'éducation, des coûts des soins
médicaux et des appartements.
C'est pourquoi les Chinois sont obligés d'économiser
davantage pour l'éducation de leurs enfants et les coûts des soins
médicaux.
"Cette année, nous n'allons plus demander de frais
de scolarité et d'autres frais pour les élèves des campagnes scolarisés," a
annoncé le Premier ministre chinois Wen Jiabao en mars dernier,
ajoutant que cette politique réduirait le poids financier de 150
millions de familles rurales dont les enfants vont à l'école
primaire ou secondaire.
Wen Jiabao a également annoncé un plan ambitieux de
mise en place d'un "système de garantie minimum" pour les habitants des
campagnes, qui n'ont traditionnellement aucun accès au système de
sécurité sociale.
D'autres projets importants de dépenses prévoient un
investissement du gouvernement central de 201,9 milliards de
yuans pour améliorer le réseau de sécurité sociale, et une subvention
du budget central de 10,1 milliards de yuans pour élargir la
couverture du système médical coopératif à 80% des régions rurales.
"Le gouvernement investit davantage dans
l'éducation, les traitements médicaux et les appartements, la population
va donc dépenser davantage, ce qui a pour conséquence une hausse des
ventes d'automobiles, de produits électroniques, d'appartements et de
mobiliers, " a souligné Li Xiaochao.
Croissance durable et rapide
"La Chine continuera à appliquer et perfectionner
les politiques de contrôle macro-économique, à s'en tenir à une
politique fiscale et monétaire prudente et à impulser un progrès
économique stable et rapide," a dit le ministre des Finances Jin
Renqing.
Cela signifie que "le gouvernement continuera à
contrôler les investissements dans les secteurs en surchauffe et à diriger
l'argent vers les secteurs qui touchent directement le quotidien de
la population. Le gouvernement utilisera des mécanismes de marché comme
l'adjustement des taux d'intérêt et le ratio de réserves obligatoires pour
renforcer les contrôles en 2007," selon Wang Xiaoguang, économiste à la
commission d'Etat pour le Développement et la Réforme.
Wang estime que le gouvernement essaye de réduire
l'écart entre les régions rurales et urbaines en encourageant
l'investissement dans les régions rurales. Cependant, il a dit que
l'investissement dans les régions rurales n'augmenterait pas rapidement à
court terme, et que le développement rural sera principalement
encouragé par l'industrialisation et l'urbanisation.
En dépit de l'utilisation de politiques
macro-économiques du gouvernement central pour contrôler la surchauffe de
l'économie, des experts chinois se sont mis d'accord pour que l'économie
globale poursuive une croissance durable et rapide dans les deux
prochaines années.
"C'est pourquoi la Chine crée un environnement
favorable pour la convocation du 17ème congrès national du Parti
communiste chinois (PCC) cette année et l'organisation des Jeux Olympiques
2008 l'année prochaine," a indiqué Lu Zhongyuan, expert à l'Institut
de recherche macroéconomique du centre de recherche et de développement du
conseil des Affaires d'Etat.
D'autres facteurs aideront à accélérer le
développement de l'économie chinoise, notamment l'amélioration des modes
de consommation, l'accélération de l'industrialisation et
l'urbanisation, les investissements non-gouvernementaux et la
croissance économique rapide dans le centre et l'ouest de la Chine.
Lu Zhongyuan prévoit que la croissance du PIB
chinois sera de 11% en 2007. A moyen et long terme, la croissance
économique ralentira avec une croissance du PIB prévue à 10-11% en 2008
avant de diminuer à moins de 10%.